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Quoique les totalitarismes aient chu, l’esprit décrit par Orwell n’a pas déserté nos contrées. On a juste changé de PC. Comme nous sommes tous le quidam des uns, nous sommes tous le « politiquement correct » des autres. Marcel Gauchet est un quidam pour Kim Kardashian et L’Incorrect paraîtra certainement très politiquement correct à l’androïde Gaspard Koenig.
En effet, un ultralibéral trouve très politiquement correct quelqu’un qui ne comprend pas que les robots vont sauver le monde, ou que la viande artificielle est l’avenir de la bouffe et sauvera les pauvres de la famine (l’ultralib mangera toujours son tournedos rossini). De l’audace que diable, nous dit-il, il faut changer de « logiciel » ! Le bio ? Mais c’est archi politiquement correct, puisque tout le monde est d’accord ! Carrefour comme Michel-Edouard Leclerc ! Dire que les tomates bios du potager ne sont pas meilleures que les tomates d’usines espagnoles, il n’y a que Marc Mennessier le jardinier du Figaro, journal hautement incorrect bien sûr, pour le dire. Propagande ou bêtise ? On ne sait.
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Intervient ici la mauvaise foi : le signe du Politiquement correct est qu’il est souvent de bonne foi, le fruit d’une lente maturation (bourrage de crâne) ou d’une foi de charbonnier (progressisme). Cela commence à l’école, cela se diffuse dans les magazines pour enfants, les dessins animés, la pub, les livres et les journaux. Au début, cela passe très bien : cela relève de l’évidence. Oui, le Bien c’est Bien, le Progrès c’est le Progrès, l’Amour c’est l’Amour. Tout le monde il a le droit d’être heureux. Le Politiquement correct, c’est le moment où toute réflexion est arrêtée, doit être arrêtée, dans la tautologie. Le Politiquement correct est le seul préjugé autorisé. Pour cela, il faut un État puissant, des Médias à la botte, et que cela rapporte. Le PC (Politiquement Correct) et le PG (Point Godwin) sont les deux armes lourdes du totalitarisme soft.
Munich ta mère !
Après la victoire contre le nazisme, en France, le PC s’autoproclama « parti de l’intelligence ». Les intellectuels et les artistes se ralliaient en masse, les « compagnons de route » se nommaient Jean-Paul Sartre ou Yves Montand. Dresserici la liste des compagnons de route du nouveau PC, le Politiquement Correct, dans les milieux intellectuels, le show-biz, le sport, tout ce qui fait l’entertainment (selon Franceso Masci) serait fastidieux (et ridicule en comparaison). L’Huma a été remplacée par Le Monde. Radio-France ressemble à Radio Moscou. Bien sûr, dans tout cela, on injecte un peu de « politiquement incorrect » pour faire croire au débat. Beaucoup trop pour certains Correctionnistes dépassés par la verve et le brio de quelques-uns. Il est à noter que si le Politiquement incorrect peut être agaçant–quand il est systématique ou lui aussi issu d’un préjugé –, il a le mérite d’être volontaire et utilisé comme arme de riposte, ou bouclier, contre le bombardement quotidien. Dérisoire, peut-être, mais salutaire en attendant l’effondrement du « Parti de l’Intelligence », après la chute du Mur (des cons).
Le Politiquement correct est le seul préjugé autorisé. Pour cela, il faut un État puissant, des Médias à la botte, et que cela rapporte
Plus inquiétant, et si l’on continue de filer les métaphores historiques, est le caractère munichois du Politiquement Correct. Nous savons bien que ce projet de faire de nous des citoyens du monde ultra-tolérants à tout, jusqu’à nous renier nous-mêmes, et mieux encore, de nous transformer en robots consommateurs, est lié à la grande mutation mondiale en cours. Les « flux migratoires » et le « changement climatique » s’accentuant, le mieux pour tout le monde, croit-on, est d’en finir avec les identités, de gommer toutes les différences, afin d’éviter les conflits liés aux races (ou « prétendues races », nous enjoint de dire le Journal officiel du 3 août 2017) et aux religions (bientôt « prétendues religions » ?). Cocktail munichois : idéalisme de gauche et totalitarisme ultra-libéral. Nous le savons d’avance, en France comme dans toute l’Europe, nous aurons à la fois la guerre et le déshonneur. « Ah les cons ! » disait l’autre : encore une fois, c’est un euphémisme. Finissons-en avec le déshonneur à la papa.
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