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Prison : état des lieux en quelques chiffres

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Publié le

7 avril 2025

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Pour penser avec sérieux le dossier prison, il faut partir des données brutes. Nombre de prisonniers, types d’établissements, part des étrangers, durée moyenne des peines : état des lieux en quelques chiffres.
© Hyas-unsplash

Commençons par le commencement. Au 1er février, d’après le ministère de la Justice, la France comptait 98 780 personnes écrouées, c’est-à-dire condamnées à une peine privative de libertés. 17 181 d’entre elles (17 %) exécutent cette peine en milieu ouvert, majoritairement sous surveillance électronique à domicile.

Toutes les autres exécutent leur peine en prison : ils sont donc 81 599 détenus, ce qui constitue un record absolu, à + 7 % par rapport à l’an dernier. Au temps long, il s’agit d’une véritable explosion : à titre de comparaison, la population écrouée en 2000 s’élevait à 51 903 individus. Parmi les 81 599 détenus actuels, 21 631 (26 %) sont en attente de jugement, et 53 613 (66 %) sont condamnés à une peine définitive.

Une surpopulation carcérale à 130 %

Hélas, cette envolée du nombre de condamnés n’a pas été suivie par la construction de suffisamment de places de prison. Ainsi, la France ne compte au total que 62 363 places de prison. Le taux de surpopulation carcérale s’élève donc à 131 %, et dépasse même les 200 % dans dix-huit établissements et quartiers pénitentiaires. Pour faire face à cette surpopulation, près de 4 490 détenus dorment sur un matelas à même le sol.

Ces 62 363 places sont réparties entre divers types d’établissements pénitentiaires (il y en a 188 en tout), selon la durée et la nature des peines prononcées. Il y a d’abord les maisons d’arrêt, au nombre de 88, qui accueillent les prévenus en détention provisoire et les condamnés à une peine ou au reliquat de peine n’excédant pas deux ans. Il s’agit logiquement du type d’établissement qui souffre le plus de la surpopulation carcérale, avec une densité de 159 % – alors même qu’une partie des détenus y sont présumés innocents, jusqu’à condamnation. Il y a ensuite les centres de détention, au nombre de 27, qui reçoivent des détenus condamnés à plus de deux ans de prison mais présentant de bonnes perspectives de réinsertion sociale. Il y a enfin les maisons centrales – elles ne sont que 6 – qui accueillent les détenus les plus lourdement condamnés.

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On peut ajouter à cette liste différentes sortes d’établissements spécialisés : les centres de semi-liberté (12), les établissements pénitentiaires spécialisés pour mineurs (6), les unités hospitalières spécialement aménagées (4) et les unités hospitalières sécurisées interrégionales (3). Des établissements de différentes sortes peuvent être regroupés au même endroit : on parle alors de centre pénitentiaire. La France compte une cinquantaine de ces centres hybrides.

Près de 20 000 étrangers, soit 24,5 % des détenus

Parmi l’ensemble des 81 599 détenus, outre que 96 % d’entre eux sont des hommes, près de 19 841 sont étrangers, soit 24,5 % de la population carcérale totale (alors qu’ils ne représentent que 11 % dans la population globale). Raison pour laquelle Gérald Darmanin propose de les renvoyer : sans eux, le problème de la surpopulation carcérale serait de fait résolu. Au temps long, le nombre de détenus étrangers, qui était aux alentours de 10 507 en 2002, a augmenté de 80 % en vingt-trois ans.

Dans le détail, 3 068 seraient des ressortissants de l’Union européenne, et 16 773 viendraient d’au-delà. Si l’on affine l’analyse par nationalités, ce sont sans surprise les Algériens qui arrivent en tête. Leur nombre a bondi de plus de 177 % en dix ans, passant de 1948 en 2014 à 4 229 en 2024, soit 20 % de l’ensemble des étrangers écroués, et près de 5 % du nombre total de détenus. Les Algériens sont deux fois plus nombreux que les individus de nationalité marocaine, et quatre fois plus que ceux de nationalité tunisienne.

70 % de peines de moins de 5 ans

Concernant le détail des peines, en 2023, environ 20 % des détenus seraient condamnés pour violences faites aux personnes, environ 25 % pour atteinte aux biens (vols et cambriolages), 15 % pour des infractions routières graves (car les petits délits routiers donnent lieu à des aménagements de peine), 15 % pour trafic ou usage de stupéfiants et 5-10 % pour d’autres crimes (fraudes, contraventions lourdes, etc.).

Pour la durée des peines, toujours en 2023, une immense majorité (70 %) écope de peines de moins de 5 ans d’emprisonnement (dont une majorité des peines courtes en maison d’arrêt). 20 % l’étaient pour des peines entre 5 et 10 ans. Seuls 10 % étaient condamnés pour plus de dix ans, dont une minorité à perpétuité (environ 500 personnes en 2023).

47 000 euros par an par prisonnier

Le budget de l’administration pénitentiaire pour 2024 était d’environ 3,9 milliards d’euros (hors investissements exceptionnels, comme le « plan 15 000 » nouvelles places, qui devrait aboutir en 2029, sachant qu’une cellule coût entre 150 000 et 200 000 €). De 1,7 milliard en 2005, le budget devrait dépasser les 4 milliards en 2025.

Un prisonnier coûterait environ 130 euros par jour en moyenne (le nombre de 105 €, habituellement avancé, est une moyenne des milieux ouvert et fermé), soit 47 450 € à l’année. Dans le détail, le montant est de 117 euros en maison d’arrêt, et grimpe à 252 euros dans les maisons centrales, en raison de l’attention mise sur la sécurité.

Fleury-Mérogis, la plus grande

C’est la plus grande prison de France. Située dans la commune de Fleury-Mérogis, dans l’Essonne, au sud de Paris, elle est également considérée comme la plus grande prison d’Europe. Construite entre 1964 et 1968 et après une extension en 2023, sa capacité totale est de 3 406 places mais on compte aujourd’hui 4 100 détenus. Elle est composée d’une maison d’arrêt pour hommes (3 750 détenus) et une maison d’arrêt pour femme (environ 350).


Le Larousse du placard

Yoyos : ficelles envoyées par les fenêtres des cellules afin de permettre aux détenus de s’échanger du matériel (téléphones, drogues, nourritures etc.)
Heps : c’est le terme qui signifie « prison » en arabe.
SPIP : acronyme de « Service pénitentiaire d’insertion et de probation ». C’est le service aide les anciens détenus à se réinsérer dans la société en les accompagnant dans la recherche d’un travail ou d’un logement.
Cantiner : acheter des produits du quotidien (nourritures, papiers toilettes, boissons, etc.) auprès de l’administration pénitentiaire pour améliorer les conditions de vie.
Ventiler : transférer un détenu d’une prison à une autre pour éviter la surpopulation. WG

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