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Qui a tué la Vème République ? Les quatre erreurs de la droite gaulliste

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Publié le

25 mai 2021

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Chef d’œuvre d’équilibre constitutionnel, la Vème République est aujourd’hui dangereusement affaiblie sur le plan politique. Les successeurs du gaullisme, et donc la droite française, sont pour beaucoup dans la destruction de l’œuvre du général.
Chirac

Quatre grandes erreurs politiques, commises par le gaullisme, ont affaibli nos institutions. Les deux premières erreurs furent celles du général de Gaulle lui-même ; les deux autres des successeurs officiels du gaullisme.

La première erreur fut l’abandon des Harkis et la non-reconnaissance par la nation de leur courage et de leur engagement, par-delà la trahison de sa parole concernant l’Algérie française, trahison qui ne fut certes peut-être rien d’autre qu’une adaptation pragmatique et opportune à la nécessité du temps.

Cet abandon, d’ordre moral, alla tristement de pair avec la deuxième erreur, cette fois-ci idéologique et politique. Elle consista, de la part du général de Gaulle, à réserver le domaine de l’économie à la droite et laisser à la gauche, notamment à la gauche communiste ainsi qu’à la presse écrite, celui de la culture. Cette deuxième erreur a créé les conditions idéologiques d’un climat malsain dans le pays, à l’origine de ce qui, en France, a constitué la dictature intellectuelle de la gauche stalinienne puis progressiste, et qui a causé chez les hommes dits de droite la mauvaise conscience de ce qu’ils étaient. C’est ce qu’un professeur de philosophie devenu ministre a si heureusement appelé l’inconscient gauchiste des politiques de droite.

En affaiblissant le statut et la fonction de la magistrature suprême, en faisant du régime un simple régime présidentiel, le quinquennat a ruiné l’heureux et subtil équilibre constitutionnel entre la puissance de stabilité du pouvoir central et la souplesse de son adaptation aux variations de l’opinion populaire

La troisième erreur fut celle des héritiers officiels du gaullisme et frappa d’un coup décisif l’œuvre constitutionnelle du général : la substitution du quinquennat au septennat. Accompli par un Jacques Chirac machiavéliquement manipulé par la gauche jospiniste et par les libéraux centristes, le quinquennat fut la décision politique la plus malheureuse qui pût advenir dans le pays. Paradoxalement, c’est l’auteur du Coup d’État permanent qui, à travers la cohabitation, garantit naguère l’adaptation de la constitution à la versatilité de l’opinion. En affaiblissant le statut et la fonction de la magistrature suprême, en faisant du régime un simple régime présidentiel, le quinquennat a ruiné l’heureux et subtil équilibre constitutionnel entre la puissance de stabilité du pouvoir central et la souplesse de son adaptation aux variations de l’opinion populaire.

La quatrième erreur fut sans doute le coup de grâce qui acheva l’affaiblissement politique du régime : le refus des gaullistes, toujours manipulés par les centristes, de pratiquer ce qui était la nécessaire contrepartie du scrutin uninominal et majoritaire à deux tours, scrutin qui était lui-même le principe de la stabilité et de la puissance du pouvoir, à savoir l’alliance des partis avant et non pas après le deuxième tour de l’élection populaire. Le refus systématique de la droite gaulliste, corsetée par les centristes et culpabilisée par la gauche moralisatrice, de faire alliance avec le parti populaire de droite qu’est le Front national devenu le Rassemblement national eut une issue terrible pour les gaullistes officiels. En abandonnant le peuple souverainiste pour satisfaire l’élite libéralo-mondialo-centriste, les gaullistes se sont suicidés.

Lire aussi : Paul-Marie Coûteaux : « Il n’y a rien de gaulliste dans la politique mitterrandienne »

Ce suicide a débouché sur deux faits politiques actuels des plus singuliers. Le premier concerne la relégation paradoxale du gaullisme idéologique et populaire dans le parti qui fut l’héritier des antigaullistes. Le second est la synthèse macronienne, œuvre de l’élite bourgeoise libéralo-centriste, entre la droite étriquée, paralysée et tétanisée par des principes gauchistes, et la deuxième gauche rocardienne.

Le bilan politique de ces quatre erreurs gaullistes est terrible. Ce bilan est d’une part l’affaiblissement politique du chef d’œuvre constitutionnel que constitua, à son origine, la Vè République. Il est d’autre part l’impasse idéologique, celle qui caractérise, aujourd’hui, un macronisme sans vision qui met en danger à la fois la puissance de l’État et la pérennité de la nation.

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