C’est à sa façon un personnage d’un roman de Francis Scott Fitzgerald qui serait né en 1985 à New York plutôt qu’à Los Angeles en 1905. Son vrai nom est Elizabeth Woolridge Grant ; elle adoptera celui de Lana Del Rey à la fois en référence à Lana Turner (actrice incontournable du Hollywood des années 50) et à la Chevrolet Delray. Le décor est posé. Dès son premier succès avec le titre Video Games en 2011, un voile de mystère enveloppe Lana Del Rey.
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Quelques mois plus tard, une horde de fanatiques l’élit comme idole indépassable. Elle est insaisissable, lointaine ; une aura magique environne chaque refrain, chaque photographie, chaque apparition en public. À la fois passéiste et moderne, elle fonce dans sa carrière tout en regardant dans le rétroviseur, à la recherche de références à son univers intérieur bourré de symboles et de clins d’yeux à un monde englouti. Si les critiques ne sont pas toujours tendres, l’album est un énorme succès commercial. Nous aurions pu l’imaginer en feu follet warholien brûlant son quart d’heure de célébrité. C’était sans compter un don unique pour mener sa carrière qui n’a d’égal que son prodigieux talent artistique.
Réinvention permanente
À l’été 2014, Lana Del Rey, accompagnée de Dan Auerbach des Black Keys, revient avec l’album Ultraviolence. Le disque est une réussite totale, d’une envergure impressionnante. Plus noir et méchant que tout ce qu’elle a pu faire auparavant, sans single aguicheur. Sorcière déguisée en ange hollywoodien, le charme étrange de Lana Del Rey ne cesse d’agir sur les foules démunies et beaucoup se damneraient pour conduire à ses côtés une vieille Cadillac sur les routes infinies de l’Amérique oubliée. Si la chanteuse semble lointaine et vaporeuse, ses albums sortent avec une régularité rare pour une artiste de cette dimension. Moins d’un an après paraît donc Honeymoon qui annonce un retour à la pop baroque de ses débuts. C’est un disque étrange dans lequel on entre comme dans une fumerie d’opium. À l’inverse, avec Lust For Life en 2017, elle amorce un virage plus moderne que jamais, en collaborant avec The Weeknd et le rappeur ASAP Rocky sur trois titres, comme pour brouiller les pistes et imposer un retour commercial tonitruant. Mission réussie à l’arrivée.
Zénith nostalgique
À 34 ans, après une rencontre déterminante avec le producteur Jack Antonoff (le faiseur de tubes de Taylor Swift), Lana Del Rey impose au monde son chef-d’œuvre : Norman Fuckin’ Rockwell. Toute sa singularité est condensée dans ces quatorze titres qui mêlent les longues plages psychédéliques et un certain soft-rock orchestral revu et corrigé. Depuis, et avec trois albums qui ne montrent pas de signes de faiblesse, elle continue son ascension et sa conquête aux côtés du même producteur.
Si ce disque ne manque pas de qualités indéniables, celles-ci ne surprennent plus autant qu’avant
Avec son nouvel album, Did You Know That There’s a Tunnel Under Ocean Blvd, Lana Del Rey ajoute une autre pièce à son œuvre et parvient encore et toujours à nous envoûter. On pourra toutefois se demander si, à force de creuser cet éternel sillon, elle parviendra à embarquer encore et toujours son public avec elle. Parce que si ce disque ne manque pas de qualités indéniables, celles-ci ne surprennent plus autant qu’avant. Il reste pourtant impossible de détourner les yeux de cette sirène californienne qui nous fait oublier la laideur des trottoirs de Paris en rêvant à l’allure de Mulholland Drive à l’été 1953.

Polydor, 16,99 €





