Le contrat, ferme, signé avec l’Indonésie ne concerne pour le moment que six appareils. L’acquisition de 36 Rafales supplémentaires n’est donc pas encore formellement définitive, même si elle s’avère très probable. Pour quelles raisons? Depuis 2010, la Tentara Nasional Indonesia (TNA), l’armée indonésienne s’est lancée dans la modernisation de ses capacités. En dix ans, les budgets de la TNA ont été multipliés par trois pour atteindre un total de 8,2 milliards de dollars en 2021. Première armée d’Asie du Sud-Est, la TNA fut longtemps tournée prioritairement vers la contre-guérilla (Papouasie occidentale, Sulawesi, etc). Les livres blancs 2015 (Global Maritime Fulcrum) et 2020 lui donnent une nouvelle inflexion maritime et spatiale. Cette politique de défense naît de la volonté de l’Indonésie, pays archipélagique, de mieux maîtriser son territoire, mais aussi ses approches maritimes souveraines. Une conséquence des menées de Pékin en mer de Chine méridionale : contestation de la ZEE des Îles Natuna, ou « arsenalisation » des Îles Spratley.
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Un avion conforme au besoin
C’est dans ce contexte que le Rafale parvient au mois de février en finale de l’appel d’offre face au F-15 EX « Eagle II ». Le gagnant doit participer au remplacement de la flotte, vieillissante, de l’armée de l’air indonésienne. Celle-ci se compose d’une centaine d’aéronefs d’origines variées et vieillissants: F-16 Falcon et F-5 (retirés du service) américains, Su-27 « Flanker » et Su-30 russes ou des Embraer « Super Tucano » brésiliens, dédiés à la contre-guérilla. Le F-15EX (Boeing) est une version modernisée du F-15. Chasseur lourd multirôle, le F-15EX est particulièrement rapide et très efficace en combat air-air. Il peut aussi effectuer des missions de bombardement. Il est doté de liaisons de données très performantes, et peut embarquer un maximum de 24 missiles air-air: c’est un vrai « camion à missiles ». Pour des missions de défense aérienne, il est largement conforme aux besoins de la TNA. Pourquoi donc n’a-t-il pas été retenu ?
Le Rafale est un chasseur omni-rôle à même de couvrir un spectre plus large de missions (renseignement, défense aérienne, appui-sol, bombardement, etc.). Dans cette optique, ses capacités en combat air-mer surpassent celles du F-15EX. Compte-tenu des nouveaux concepts d’emplois de la TNA, tournés vers les capacités maritimes, ce facteur a dû nécessairement peser. Enfin le Rafale dispose d’une signature radar largement plus faible que celle du F-15EX. Il est aussi plus manœuvrant.
Entre les appétits chinois et l’exclusivisme américain, la France peut être une puissance d’équilibre.
Partenariat rapproché
France et Indonésie coopèrent dans le domaine de la défense depuis 2011. En une décennie, Jakarta a passé pour 1,67 milliard d’euros de commande à la France : canons CAESAR (Nexter), avions A-400M (Airbus), etc. Ce partenariat stratégique est resserré en 2021. Celui-ci se veut « large et diversifié dans tous les domaines d’intérêt commun ». La coopération industrielle y est notamment évoquée. Ce qui pourrait éventuellement signifier que la vente de Rafales s’accompagnerait de compensations industrielles offset (transfert de technologies). La loi indonésienne n° 16 de 2012 sur le développement industriel rend d’ailleurs théoriquement obligatoire ce type de compensations. Ces achats seront probablement complétés par des sous-marins Scorpène et deux satellites d’observation (Thalès). Là encore, ces acquisitions épousent le format adopté par les livres blancs de défense indonésiens.
Entre les appétits chinois et l’exclusivisme américain, la France peut être une puissance d’équilibre. Un choix idéal pour l’Indonésie qui, à l’image des autres pays de l’ASEAN, tente de contenir la Chine sans s’aligner totalement avec les États-Unis. D’où la probable volonté de Jakarta de diluer sa dépendance capacitaire à ces derniers. Même si Washington ne devrait pas en rester là.





