[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1568211825644{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]
En 1946, la loi Marthe Richard abolissait le régime de la prostitution réglementée en France. Régulièrement, le sujet de la réouverture de ces « maisons de tolérance » revient sur le devant de la scène. Sur le terrain, pourtant, cette solution ne convainc pas.
Dans l’imaginaire collectif, les maisons closes ressemblent à ces salons feutrés du XIXe siècle où des hommes élégants, mariés à des femmes trop prudes, venaient chercher un peu de gaîté et d’exotisme. La réalité semble pourtant bien plus sordide. « Dans les maisons closes, les personnes qui se prostituent sont considérées comme des produits », explique Thierry des Lauriers, directeur général d’« Aux captifs, la libération », une association d’aide aux personnes en détresse. « Ce sont des entreprises qui font du marketing. Les patrons de ces maisons ont des exigences de rentabilité. Il ne s’agit ni plus ni moins de proxénètes qui ont le droit d’exercer ». Un avis partagé par Frédéric Boisard de la Fondation Scelles, qui lutte contre l’exploitation sexuelle : « En Allemagne, la réglementation a créé des habitudes de consommation désastreuses, notamment chez les jeunes. On va fêter le bac au bordel. On va dans ces salons comme on irait en boîte de nuit. Les dirigeants de ces maisons en profitent pour lancer des formules, avec des réductions ou des prestations de plus en plus extrêmes ». Et gare à celles qui refusent de se plier aux règles de la maison…
Il faut également préciser que pour travailler dans ces établissements, les filles doivent avoir des papiers.
Il faut également préciser que pour travailler dans ces établissements, les filles doivent avoir des papiers. « Or une grande partie des personnes qui se prostituent le font justement parce qu’elles n’ont pas de papiers et que c’est la seule activité qu’elles peuvent faire », dénonce Anaïs de Lenclos, porte-parole du Strass (Syndicat du Travail Sexuel). Le 16 août 2018, Vanesa Campos, prostituée au Bois de Boulogne, était abattue d’une balle dans le thorax. La réouverture des maisons closes n’aurait pas pu éviter cette mort. Elle n’avait pas de papiers. Quant à celles qui sont en règle, elles préfèrent travailler à leur propre compte, plutôt que de partager leurs revenus avec un employeur et être fichées auprès des autorités. Anaïs est escort. Elle a travaillé dans des maisons closes en Suisse. Là-bas, pas une seule Suissesse. Uniquement des étrangères.
Lire aussi : Trottoirs, bordels : même tarif ?
Ces maisons pourraient-elles cependant être une arme efficace contre les réseaux mafieux ? « Il suffit de voir ce qui se passe dans les pays qui ont mis en place ces réglementations pour comprendre que cela n’empêche pas les activités criminelles », explique Arthur Melon, secrétaire général de l’ACPE (Agir Contre la Prostitution des Enfants). « Ce n’est pas parce qu’il y a un Code du travail qu’il n’y a plus de travail au noir ». En effet, selon le dernier Rapport Mondial sur l’Exploitation Sexuelle de la Fondation Scelles, à Stugart, en Allemagne, pour un tiers de prostitution déclarée, on compte encore deux tiers de prostitution non déclarée et 12 % de prostitution de rue. Par ailleurs, « les pays qui ont légalisé la prostitution et le proxénétisme doivent faire face à une explosion de la traite », note Le Mouvement du Nid, une association qui apporte un soutien aux personnes prostituées. « Les trafiquants sont experts en l’art d’infiltrer les circuits légaux pour placer leurs recrues ». À Amsterdam, la ville essaie de racheter les vitrines et elle s’est aperçue que tous les propriétaires étaient des mafieux russes ou albanais. Ces derniers proposent des prix prohibitifs à la mairie qui se trouve dans l’incapacité de reprendre en main ces quartiers.
En 2016, l’État a pensé que pour lutter contre le système prostitutionnel, il fallait tarir la demande et faciliter l’arrêt de la prostitution.
En 2016, l’État a pensé que pour lutter contre le système prostitutionnel, il fallait tarir la demande et faciliter l’arrêt de la prostitution. Il a donc créé une infraction de recours à la prostitution d’autrui et mis en place des « parcours de sortie ». Pour Thierry des Lauriers, c’est sur ce dernier point qu’il faudrait concentrer tous les efforts. Or, depuis le vote de ce dispositif, seules 183 personnes ont pu bénéficier de ce dispositif d’accompagnement, selon des chiffres communiqués le 4 avril dernier par le Secrétariat d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes. Le gouvernement affiche un abolitionnisme intransigeant. Mais cela suffit-il ? Être contre la guerre, c’est bien, venir en aide aux victimes de la guerre, c’est encore mieux…
Marine Tertrais
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





