[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1510649803547{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]
Prenons cette sculpture habitacle, Domestikator, apparu sur le parvis de Beaubourg pendant la Fiac 2017. Elle représente un homme stylisé forniquant avec un animal schématisé : « une sorte d’allégorie du viol de la nature par l’homme, qu’il faut lire au second degré », bref, elle dénonce le mal… par le mal. Le Louvre la refusa, arguant que le public pourrait bien la lire au premier degré. Elle migra donc vers Beaubourg, qualifiée cette fois de « couple en position de levrette ».
Cet « à géométrie variable » est typique de l’art dit contemporain, l’AC* qui cultive l’ambiguïté du représenté pour parer toute critique : lui reproche-t-on de célébrer la zoophilie ? Mais non, c’est un couple ! Le juge-t-on alors misogyne, aussi malvenu qu’inutile en pleine affaire Weinstein, grand Domestikator hollywoodien ? Il répondra : « qui vous dit qu’il s’agit d’un couple hétéro ? ». L’AC représente le Relativisme mis en spectacle. La Beauté ne l’embarrasse guère : Domestikator, au premier comme au second degré, est délibérément moche. L’AC travaille moins la « plastique » des formes que la plasticité du sens pour saisir toutes les opportunités d’occuper le terrain. Le Louvre lui conviendrait mieux que Beaubourg car il ne se tranche pas avec l’architecture géométrique du Centre : l’AC a besoin d’apparaître en rupture pour exister.
Lire aussi : The Square, somptueuse satire
Les œuvres y sont suffisamment vides pour se « recontextualiser » en permanence : en fonction du contexte leur discours change pour être toujours d’actualité : c’est pourquoi cet art n’en finit plus d’être contemporain ! Comme son père fondateur, le vieux Duchamp et son célèbre urinoir, centenaire cette année, mais encore tenu pour une innovation.
Un ready-made, qu’il soit porte-bouteille ou roue de bicyclette, ne représente rien, il se présente. Le ready-made est un objet de la vie courante « détourné », c’est-à- dire introduit dans un contexte différent, tel l’urinoir dans une expo artistique. Duchamp élève au rang d’art le principe du cheveu sur la soupe : la pratique du détournement explique que tout (depuis un pot de fleur jusqu’à l’exhibitionnisme) peut entrer au musée. Mais pas n’importe comment, il faut toujours un réseau, de collectionneurs, d’institutions, de médias, pour l‘imposer : tout y est interchangeable et discutable… sauf la domination. Ainsi Domestikator a court-circuité les règles de sélection en commissions, pour arriver devant Beaubourg au débotté et au bon vouloir d’une poignée de décideurs : l’AC, pas très démocratikator, représente la force de ces réseaux.
Les œuvres y sont suffisamment vides pour se « recontextualiser » en permanence : en fonction du contexte leur discours change pour être toujours d’actualité : c’est pourquoi cet art n’en finit plus d’être contemporain !
L’AC n’est plus, comme l’art non-duchampien, un intermédiaire qui permet, en délimitant un cadre, de mieux saisir la vie. L’AC se prétend la vie même, son slogan « l’art, c’est la vie » autorise la prédation d’objets ou d’êtres vivants. Ce qui nous vaut, parfois, des salles d’exposition avec un tas de bonbons où chacun peut se servir, (la vie c’est la fête, le partage…), mais aussi Wim Delvoye qui tatoue des cochons ; quand le collectionneur veut l’œuvre, on tue le cochon (en Chine, loin de BB) ; sa peau tannée est expédiée en Occident. Les animaux dans l’AC sont une représentation de l’homme, un double sur lequel expérimenter à loisir : on ne compte plus les poissons dans un mixeur, à la merci du visiteur, ou le « lancer » de chats et autre lapin fluo, les tripatouillages génétiques étant readymadisés.
Lire aussi : Snobisme & art contemporain
Ce n’est pas toujours légal mais couvert par la sacrosainte liberté d’expression. Souvent on commet ailleurs ce qui poserait problème ici, et on l’importe par vidéo, la mondialisation permet de contourner la loi, les règles, les freins, bref, « les tabous ». Certains ont déjà touché au tabou suprême, tel Pinoncelli, qui, en Amérique du Sud, travailla dans le vif du sujet, se tranchant la phalange d’un doigt pour protester contre l’enlèvement d’Ingrid Bettencourt. Ou encore Wim Delvoye tatouant, près d’un cochon, le corps de Tim Steiner qui a accepté, par contrat, d’être dépecé à sa mort. Sa peau humaine décorera un salon branché. L’Art dit contemporain, l’AC, nous présente l’homme devenu une marchandise comme une autre. Chéri par les spéculateurs, il représente le fondamentalisme marchand qui dévaste la planète
* Le sigle AC désigne le versant officiel, conceptualisant et voire financier de l’art contemporain…
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





