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Richard Millet – Olivier Maulin : nettoyage de printemps

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Publié le

17 mai 2024

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La belle saison revient et il n’y a pas que les fleurs qui se multiplient, mais aussi les rafales contre l’élite médiatico-politique la plus misérable de tous les temps : la nôtre. Un bonheur qui nous est offert tant par Olivier Maulin que par Richard Millet, deux de nos meilleurs écrivains qui, chacun dans une veine distincte, se livrent en ce printemps à un jeu de massacre jubilatoire.
© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect
© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect

Suite du recueil de ses chroniques pour Minute (après Le Populisme ou la mort, publié en 2019), La République des Copains voit Olivier Maulin couvrir les années 2012 à 2015 (avec une chronique en 2016), c’est-à-dire le feuilleton de la campagne qui verra le triomphe de Flamby, la saga de la Manif pour tous qui n’entravera pas la promulgation du mariage post-sexuel, ou la crise migratoire de 2015 qui contribuera, avec les directives européennes et le matraquage médiatique à pousser la France toujours plus près de la sortie de l’Histoire. Héraut d’une espèce de poujadisme médiéval, Maulin fait œuvre d’écrivain avec cet exercice de chroniqueur établissant date après date la satire imparable de cette cinquième république crépusculaire, en révélant l’absurdité permanente, la trahison systématique des élites incultes qui la gouvernent, la galerie de figures grotesques que celles-ci déploient. L’écrivain serait-il excessif ? Même pas. Dans ce monde où le Droit piétine la morale, l’État la nation, le Marché la prospérité et l’Idéologie la sagesse, Maulin est une Antigone qui défend l’équilibre des siècles et l’intelligence des peuples contre les démences d’une époque à la fois primitive et dégénérée. Quand de mauvais chefs braquent le pays et, pour mieux en liquider les restes, déroulent des argumentaires lyriques et stupides, l’écrivain met tout à nu par des charges savantes dont la drôlerie nous venge un peu de la cruauté du constat.

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Écrire contre le journalisme

Peut-être le rôle des vrais écrivains de notre époque est-il d’écrire contre les journalistes. C’est à quoi s’attelle aussi, et « programmatiquement », pourrait-on dire, Richard Millet dans ses Nouveaux Lieux communs où, à la suite de Léon Bloy, l’écrivain « voué à l’opprobre, qui a tout perdu socialement, mais capable encore de nuire, au moins pour l’honneur », comme il se définit lui-même dans sa préface, réplique avec une espèce de fureur ironique, hilarante et tragique, à trois cents lieux communs d’époque résumant la force de pénétration insidieuse de l’idéologie dominante. De « Citoyen du monde » à « Merci de votre écoute » en passant par « Investir » ou « Mon homme est déconstruit », cette radiographie du sabir qui nous parle, qui nous rééduque secrètement pour mieux préparer notre évacuation dans le post-humain, rafraîchit la conscience à grandes coulées de napalme.

La dernière élite

Il y eut une époque où le journalisme a pu prétendre aiguiser l’esprit critique, où de grands écrivains en renforçaient, par leur talent, la vertu salubre, alors que l’endoctrinement était directement étatique ou l’œuvre d’un parti dévot. Aujourd’hui, et depuis au moins Philippe Muray, l’esprit libre, l’écrivain authentique, ne peut que se retourner contre la muraille de clichés débilitants que le gros du journalisme français maçonne jour après jour pour y enfermer la pensée de ses lecteurs, afin que ceux-ci s’accoutument au néant que les politiques leur préparent. Toutes les élites ont trahi, la seule qui reste à ce pays est constituée de quelques écrivains plus ou moins proscrits. Au fond, voilà qui suffit pour relever une nation.


NOUVEAUX LIEUX COMMUNS, EXÉGÈSE, EXORCISME, RICHARD MILLET, La Nouvelle Librairie, 240 p, 21,90 €
LA RÉPUBLIQUE DES COPAINS, OLIVIER MAULIN, Via Romana, 256 p., 22 €

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