L’entrée dans le conflit de la France est plus que difficile. Dès 1636, le royaume de Louis XIII est envahi par sa frontière nord depuis les Pays-Bas espagnols. Les troupes adverses foncent sur Paris, ne sont arrêtées que sur la Somme. Dans les années qui suivent, le front se stabilise mais la capitale reste menacée.
Le 19, sous les remparts de Rocroi, vingt-deux mille Français font face à vingt-sept mille Espagnols
À la fin de l’année 1642, Richelieu meurt, et Louis XIII est gravement malade.Les Espagnols en profitent pour repasser à l’offensive. Au printemps 1643, ils assiègent dans les Ardennes la forteresse de Rocroi, un des verrous de Paris. Pour libérer la ville, s’avance face à eux l’armée de Picardie, commandée par un prince du sang d’à peine vingt-et-un ans, Louis de Bourbon-Condé, duc d’Enghien. Le 17 mai, il apprend la mort du roi Louis XIII mais décide de ne pas avertir ses hommes.
Le 19, sous les remparts de Rocroi, vingt-deux mille Français font face à vingt-sept mille Espagnols. Le cœur de leur armée, ce sont les Tercios, de vastes formations d’infanteries lourdes formées de soldats professionnels et non de mercenaires, qui font trembler le Vieux continent depuis un siècle. Au contraire, la force de l’armée d’Enghien est constituée par les chevau-légers, des unités de cavalerie particulièrement mobiles. Louis dirige lui-même ces hommes, à droite de son dispositif. Il les lance sur la gauche espagnole, et finit par l’annihiler. Cependant, sur l’aile gauche, la cavalerie du duc de La Ferté-Senneterre se lance dans une hasardeuse charge au galop et arrive désorganisée et épuisée face à la droite espagnole, qui la repousse et pique ensuite vers le centre français.
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L’heure est décisive. Victorieux dans son secteur, Enghien devrait revenir sur ses pas pour aider son centre bousculé. Il choisit néanmoins une manœuvre particulièrement audacieuse, qui lui vaudra d’être comparé à César et Alexandre dans toutes les cours d’Europe : contourner l’armée espagnole par l’arrière pour fondre sur son aile droite. Cette dernière est totalement prise au dépourvu et écrasée entre Enghien et le centre français. Ne reste alors que le centre espagnol, constitué des Tercios viejo, les vieux Tercios, élite parmi l’élite des armées d’Europe. Entourés de toute part, ils résistent à trois charges du fougueux prince du sang. Ce dernier doit attendre des renforts et retourner contre eux tous les canons espagnols pour enfin les réduire à néant.
Si la guerre de Trente Ans dure jusqu’en 1648, elle vient de connaître son tournant. Les Habsbourg sont définitivement privés de l’initiative, et surtout, leur troupe ont perdu cette aura d’invincibilité qui les entourait depuis Charles Quint. La France s’affirme, au moins jusqu’à la guerre de Sept Ans au milieu du siècle suivant, comme la première puissance au monde. Le règne de Louis XIV peut commencer.





