Il pourrait être tailleur à Savile Row ou dandy suranné des beaux quartiers, mais il est illustrateur, père de famille et habite Lyon. Romée de Saint Céran a fait du vêtement un art discret, une ascèse joyeuse, un contre-pied élégant à la société du costume gris. Pour ce consultant devenu dessinateur, l’art sartorial n’est pas une coquetterie : c’est un code, un langage, une manière d’habiter son corps.
« J’ai grandi dans une famille où le costume n’était pas du chinois », confie-t-il avec le sourire. C’est dans les couloirs gris de ce que les Anglo-saxons appellent « consulting », contraint à la chemise et au soulier, qu’il fait du style une liberté. « C’était une obligation, alors j’en ai fait un jeu », dit-il. Comme on passe du cubi au grand cru, le goût s’affine sans retour possible. Et l’élégance devient discipline, presque un sacerdoce.
L’art sartorial, c’est l’inverse de la mode : non pas l’extravagance, mais l’à-propos. Un costume trop voyant à un mariage, et l’on perd la partie. « Si on remarque que tu t’es habillé, c’est que tu as perdu », cite-t-il, reprenant un mot de la vieille aristocratie anglaise. Le bon goût est une discrétion savante. Il ne s’impose pas, il s’insinue.
Son propos est clair : on ne s’habille pas pour, on s’habille avec. Avec le monde, avec le contexte, avec la saison. Une cravate n’est pas une provocation, c’est un ajustement. « Le sartorial, c’est connaître les règles pour mieux jouer avec. » Loin du cosplay anachronique ou du fétichisme de la jaquette, Romée assume une élégance vivante. Il conjugue l’esprit du tweed avec la M65 de la guerre du Vietnam, le chino kaki avec le polo de rugby vintage. « On emprunte à la chasse, au sport, au militaire. »
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Romée dessine, aussi. Sous le pseudonyme Croquis sartoriaux sur Instagram, il croque cette tribu d’hommes qui s’habillent pour mieux rire d’eux-mêmes. « L’élégance masculine, c’est une futilité qui dit beaucoup. Une vanité assumée. » Il parle du rapport au monde, aux autres, à la filiation.
Faut-il du sur-mesure pour être bien habillé ? Pas forcément. Romée est un flâneur de Vinted, un chineur érudit qui reconnaît un tailleur napolitain à sa boutonnière. « Tu peux acheter un costume à 8 000 euros pour 20 balles. » Le beau est une culture, pas un prix.
Sartorial donc, mais pas intégriste. Il moque gentiment les gardiens du temple, ces talibans du revers milanais ou du nœud Windsor, pour qui l’élégance devient posture. « On ne s’habille pas pour les femmes. Elles n’y comprennent rien. On s’habille pour les deux-trois potes qui vont repérer la couleur du cuir ou la coupe du pantalon. » Une sorte de jeu de piste entre initiés.
Dans un monde qui consacre laideur et négligence comme signes de liberté, Romée de Saint Céran taille à contre-mode. Non par nostalgie, mais par exigence. L’élégance n’est pas une lubie de droite : elle est un effort. Un signal, discret mais clair, que le monde mérite un peu mieux qu’un sweat trop grand.





