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« Elles vécurent heureuses » : si ce n’est toi, c’est donc ta sœur

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Publié le

18 juin 2024

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Johanna Cincinatis, dans son ouvrage provocateur, remet en cause les fondements du féminisme, rêvant d’un monde où les relations amicales féminines seraient enfin reconnues et valorisées. Une vision qui suscite débat. Ce livre est une critique d’un féminisme en quête de légitimation libérale.
© Alice Murillo ( La Dépêche )

La sororité, c’est la nouvelle tarte à la crème du néo-féminisme: si les femmes ne peuvent pas se blairer, c’est la faute des hommes. C’est la faute d’une culture patriarcale, qui les aurait placées depuis toujours en rivales. Pour aller contre, il faut désormais huiler les mécanismes du collectif dans un entre-soi réconfortant. Parce que la grande idée du bien commun a été pulvérisée par la révolution antichrétienne, il ne reste que de petits vivre-ensemble, que des îlots communautaires où les fragilisés se protègent, finalement… de l’adversité.

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C’est tout le propos de ce brûlot édité bravement par Stock et emballé par une certaine Johanna Cincinatis, qui se lamente d’emblée : « Une vie heureuse est encore censée s’organiser autour d’un binôme hétéronormé, qui donne lieu à une galaxie de projets en vase clos. »

Peut-être que si des siècles d’histoire, de sélection naturelle, de culture ont abouti à cette pierre philosophale de la société qu’est le couple « hétéro-normé », c’est qu’il y a une raison? Pas pour Johanna. Son fantasme ultime ? « Faire les courses à plusieurs dans les magasins de bricolage » et enfin « déclarer ses relations amicales à la Caisse d’allocation familiale». Comment est-on passé de Thelma et Louise à cette pornographie molle de la cordialité administrative? C’est que le féminisme nouvelle école ne souhaite même plus s’inscrire dans une salutaire dissidence… il veut son pré-carré dans le village global, sa légitimation par la société libérale. Même le logiciel marxiste est balancé aux orties.

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Et lorsque Cincinatis invoque son petit bagage universitaire convenu, lorsqu’elle aligne quelques exemples d’amitiés féminines qui auraient été occultées par l’Histoire, elle n’en fait rien. Pourtant, le concept même de sororité, mot inventé par Rabelais qui désigne en réalité une qualité ancienne du collectif, pas forcément résumable à une simple entraide féminine, mérite bien d’être interrogé. Mais non : Cincinatis préfère laisser, sans doute, la « pensée profonde » à ces vilains mâles qui se permettent de tout théoriser.



ELLES VÉCURENT HEUREUSES, L’AMITIÉ ENTRE FEMMES COMME IDÉAL DE VIE, JOHANNA CINCINATIS, Stock, 190 p., 19 €

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