Henry Fleming est un cul-terreux qui pense que la Guerre de Sécession lui permettra de vivre des aventures exaltantes. Il se trompe. La guerre est faite d’attente, de poussière, de corvées de patates et de peur, avec quelques morts en prime, comme ce type qui parlait de tactique, tout à l’heure, avec l’air de s’y connaître, ou celui-ci, avec qui on était en train de blaguer. Henry regarde les combats, tire comme il peut, se dit que le champ de bataille est dangereux, ne comprend rien aux ordres donnés, se réfugie dans la forêt, retourne au combat. Les soldats désertent, les gradés beuglent, les blessés sont hagards. Cuzor, qui avait dessiné l’excellent Cinq branches de coton noir sur un scénario d’Yves Sente, délaisse la Deuxième Guerre mondiale pour remonter à la grande guerre civile américaine.
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En adaptant Stephen Crane, il adopte les mêmes partis pris radicaux que le jeune auteur en 1894 : pas de vrai héros, pas de réflexion métaphysique ou morale, pas de ressorts narratifs au suspense calculé. Le lecteur est empoigné par l’histoire comme Fleming par les ordres, il avance dans le livre à hauteur d’homme, sans vues perspectives, sans surplomb, sans couleurs embellissant la mort, et chaque page se tourne comme Fleming découvre, émergeant de la fumée, un sudiste qui le vise ou un camarade qui brandit un drapeau.
Le lecteur est empoigné par l’histoire comme Fleming par les ordres, il avance dans le livre à hauteur d’homme, sans vues perspectives, sans surplomb, sans couleurs embellissant la mort
Le trait est réaliste, il n’y a pas une seule onomatopée mais on entend les explosions et les détonations tant le dessin est juste et la mise en scène / en pages intelligente ; on comprend la rage et la peur d’Henry surnageant dans cette grande bataille comme une brindille ballottée dans une rivière.

D’HENRY FLEMING
(d’après Stephen Crane), STEVE CUZOR, Dupuis,
152p., 26€





