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Depuis l’effondrement de la pratique catholique dans les années 1960, l’intelligentsia française pensait en avoir fini avec le « problème religieux ». La quête de sens a été abandonnée aux voyantes, le bienêtre aux psychiatres et l’espoir aux politiques. Mais avec le djihadisme terroriste, le fanatisme religieux est venu déstabiliser notre rationalisme sécularisé.
La pensée religieuse « extrême » peut revêtir bien des formes. Toutes ces formes cependant ont un point commun : « leur cohérence presque inhumaine », comme le souligne Gérald Bronner, en relevant leur « rationalité mécanique, n’acceptant aucun compromis, appliquant jusqu’au terme de leur logique des prémisses que n’importe quel croyant pourrait admettre: veux-tu respecter la volonté divine? ».
Or, en religion comme en philosophie, tout est affaire de prémisses. Si celles-ci sont cruelles, si leurs partisans se plient à l’argument fallacieux d’une autorité divine écrasante ou malveillante, ils deviendront comme le fou de Chesterton qui a « tout perdu sauf la raison » et comme ces croyants névrosés et soumis à « un dieu pervers », tel que le dénonçait le théologien Maurice Bellet.
Pourquoi devient-on terroriste ?
Pour le sociologue, le partisan d’une doctrine extrémiste se reconnaît à trois caractéristiques: « Il défend inconditionnellement des idées faiblement transubjectives et sociopathiques ». C’est-à-dire qu’il applique radicalement des idées peu partageables parce que morbides, homicides et absurdes aux yeux de la plupart de ses pairs, avec la certitude doctrinale que « la fin justifie les moyens ». Mais, lui-même, pourquoi a-t-il été séduit par une doctrine absurde et méchante ?
"L’assaut de l’islam contre l’Europe ne se fait pas à coups de balistes ou de machines de siège. Ce ne sont donc pas les murs que nous devrions préserver mais nos intérieurs, le siège de notre conscience et de notre raison."
C'est la lutte finale. ??https://t.co/nHtpqyTa3B— L'Incorrect (@MagLincorrect) January 3, 2019
Le fameux « manque d’éducation » n’est pas une explication suffisante puisqu’il y a par exemple la même proportion de gens cultivés chez les « loups solitaires » que chez les loups de Wall Street – qui ne sont pas connus pour être plus philanthropes. Les explications sont en réalité multiples. L’étude des profils des terroristes révèle des schèmes récurrents, comme le montre l’enquête de David Thomson (Les revenants: partis faire le djihad, ils reviennent en France) sur le parcours des djihadistes partis en Syrie.
On comptait 1 100 Français en Syrie en 2012 (1/5 sont morts, 1/5 sont rentrés). Deux tiers d’entre eux sont issus d’une culture musulmane, l’autre tiers d’une culture chrétienne mais souvent issus de minorités étrangères.
La nouvelle religion des purs
On compte aussi des bouddhistes et des juifs, et, évidemment, des « Français de souche » – et pas toujours dans le bas de l’échelle des organisations islamistes. Pour Bartolomeo Conti, les convertis représentent au total 25 % des personnes radicalisées en France. Le chercheur observe par exemple que dans un groupe radicalisé (« La filière Cannes-Torcy »), les membres sont souvent issus de familles déstructurées et dysfonctionnelles, et ont aussi en commun des antécédents toxicomanes, des actes de délinquance et une culture religieuse très superficielle.
Le récit des djihadistes rassurera cependant le commun: leur vie de « combattant » est une effarante succession de désillusions, de burlesque et de tragédies.
D’autres cependant, comme le raconte Thomson dans Zoubeir, 20 ans, repenti du djihad, seront au contraire beaucoup plus lisses: familles stables, aucun antécédent judiciaire ni de dépendance particulière aux psychoactifs. Chez Zoubeir, un jeune homme de 18 ans bon élève, fin et intelligent, c’est à la fois l’ennui et la quête de sens qui le poussera à fréquenter d’abord des salafistes quiétistes, avant d’être « converti » au salafisme djihadiste, sur internet puis en direct.
Qui veut faire l’ange, fait la bête
Tous ces profils ont en commun une recherche (même ténue) de la vérité et du bien et sont séduits par l’aplomb de ces doctrinaires qui leur disent: « Vous êtes la meilleure des communautés, vous ordonnez le convenable, vous interdisez le blâmable » (Coran, verset 110, sourate 3). Parmi eux, certains auront fait l’expérience d’une « révélation personnelle » (processus qu’on retrouve aussi bien chez David Ike, le doctrinaire du complot reptilien, que chez Swedenborg, l’Aristote suédois et ésotériste).
Cette révélation intervient dans un moment de désolation (dépression, détresse) ou de perte de repères. Elle peut aussi intervenir de façon incongrue, comme chez ce délinquant du pays avignonnais portraituré par Paris Match, qui, après une nuit d’ivresse et de prise de drogue, se rêva en enfer, avant de se réveiller profondément terrorisé par l’idée de la damnation. Il ne trouva rien de mieux pour dominer ses passions et se réconcilier avec un dieu vengeur que de se muter en un salafiste inflexible et autoritaire, faisant régner la terreur dans son quartier.

Notamment chez les jeunes filles qui ne portaient pas ces « tenues décentes » qui avaient le mérite de lui servir de vertu par procuration. C’est aussi la volonté de puissance et la fascination du morbide qui touchent les candidats au djihad. En effet, au-delà de la promesse de rédemption et de sacrifice pour la collectivité (un djihadiste mort au combat croit pouvoir « racheter » 70 des siens), il y a des avantages très concrets à devenir un « pur parmi les impurs ».
Chacun aura son quart d’heure de gloire
Un jeune homme de 18 ans, anonyme et solitaire, deviendra du jour au lendemain parangon de vertu, fleur de la jeunesse, objet de la convoitise des jeunes filles romantiques, « fiers paladins » qui s’affichent en jogging, une kalachnikov dans une main et un Iphone dans l’autre, initiés par les « forts » et en mesure de renverser la table des puissants « occidentaux », ses maîtres indifférents d’hier.
Comme le rapportent Philippe Lobjois et Michel Olivier dans un ouvrage paru cette année (La guerre secrète: l’islam radical dans le monde du travail), la propagande d’Al Qaeda invite en effet les loups solitaires comme les groupes constitués à s’attaquer à l’économie occidentale, en maximisant les dégâts dans l’aviation par exemple, entraînant de lourdes répercussions en termes d’image et de sécurité.
Si Dieu est grand, alors tout est permis
Vous n’étiez pas grand-chose et votre capacité à servir vos intérêts était faible. Et vous vous découvrez tout à coup, entre deux vidéos de propagande terroriste et un prêche salafiste, une capacité de nuisance incommensurable. Qui vous vaudra en plus une ou plusieurs épouses, des mars, un fusil-mitrailleur, la reconnaissance qu’on doit aux héros, des rivières de miel et 70 vierges pour l’éternité.
En plus, vous sauverez, pour le prix de presser un bouton au milieu d’une foule de civils désarmés, vos 70 cousins, ces mollassons, qui payent leur traite et mangent à la table des kouffars au lieu d’aller faire des braquages ou des arnaques au crédit à la consommation pour se payer le billet d’avion.
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Le récit des djihadistes rassurera cependant le commun : leur vie de « combattant » est une effarante succession de désillusions, de burlesque et de tragédies, qui ne suffit cependant pas à leur ouvrir les yeux: difficile de renoncer à être pur au milieu des mécréants, héros au milieu des victimes, savant au milieu des ignorants, justicier chez les « pervers » et les artisans d’iniquités.
Arrière, enfant de Satan !
En 2016, parmi les 68 800 prisonniers détenus en France, 1 400 étaient considérés comme étant « en voie de radicalisation ». Parmi eux, Adel Kermiche, 18 ans. Pleurant la nuit, scrupuleux à l’excès (« il ne faut pas regarder la télévision », « il ne faut pas fumer », « il ne faut pas manquer l’une des cinq prières »), on le retrouvera en juillet 2016, égorgeant avec froideur et détermination le curé de l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, avant d’aller se jeter sous les balles des forces de l’ordre.
De toute évidence, on ne répondra pas à la quête de sens, au besoin d’affiliation et d’héroïsme avec des clips publicitaires ni avec la fadeur des campagnes de prévention.
Retenons la leçon de Dostoïevski dans Crime et châtiments: nous avons besoin de la raison, joyau du Créateur, du secours de saint Michel, et surtout de la grâce de Dieu, pour combattre les usurpateurs et détourner de l’embrigadement les faibles et les cyniques, avant qu’ils ne deviennent eux-mêmes bourreaux.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





