Skip to content

Simone Weil, le refus des passions collectives

Par

Publié le

28 septembre 2023

Partage

Dans un texte appelant à supprimer les partis politiques, la philosophe Simone Weil (1909-1943) démontre que les structures partisanes, sources de passions collectives, sont une entrave dangereuse à la quête de la vérité.
simone weil

Les partis politiques concourent-ils au bien commun de la société ? La question peut paraître saugrenue tant nos esprits sont habitués à la compétition entre partis politiques, considérée comme la modalité habituelle d’expression du suffrage universel et la condition indispensable d’existence d’une authentique démocratie. Sans partis politiques, libres de concourir aux élections, pas de démocratie possible, dit-on !

Pourtant, Jean-Jacques Rousseau pensait le contraire, estimant que les partis politiques empêchent les citoyens de se mouvoir librement vers la volonté générale censée exprimer la vérité en politique. Pris dans l’engrenage d’un parti, le citoyen serait prisonnier de sa logique, de sa doctrine et de sa stratégie, perdant ainsi la liberté de décider souverainement en vue du bien public.

Lire aussi : L’Enracinement de Simone Weil

Une intuition que reprendra au XXe siècle la philosophe Simone Weil dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques (1940). Avec la radicalité qu’on lui connaît, elle estime qu’un parti politique est d’abord « une machine à fabriquer de la passion collective » qui éloigne le citoyen de l’exigence de vérité et de justice qui devrait l’animer. De fait, le passage de l’individuel au collectif pose question : telle personne exprimant un raisonnement subtil et nuancé dans le cadre de la vie privé devient aisément un militant caricatural reprenant des éléments de langage préformatés quand il se retrouve dans une structure de masse comme l’est un parti politique, qui simplifie à l’excès la pensée pour lui donner une force de frappe électorale susceptible de remporter les suffrages.

En revanche, Simone Weil se démarque de Rousseau en estimant que la quête de vérité est avant tout individuelle, le peuple dans son ensemble étant aussi sujet aux passions collectives qu’une fraction de celui-ci. « Rousseau pensait seule- ment que le plus souvent un vouloir commun à tout un peuple est en fait conforme à la justice ». Simone Weil ne partage pas l’enthousiasme du Genevois : « Le raisonnement de Rousseau tombe dès qu’il y a passion collective », l’enthousiasme des foules devant Hitler en est le meilleur exemple. Le peuple comme les partis politiques sont récusables s’ils ne suivent pas la vérité. En cela, Simone Weil est l’héritière de Platon qui voyait dans les foules un « gros animal » détournant l’homme du vrai bien.

La philosophe avance également deux autres arguments liés spécifiquement aux partis : « Un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres », d’une part. Et « l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite », d’autre part. Sur ces deux points, l’avenir lui donne malheureusement raison, même s’il faut reconnaître qu’en fonction des circonstances, des sujets et des cultures politiques, il peut exister une liberté plus ou moins étendue au sein d’un parti. Dès lors, «le totalitarisme est le péché originel des partis » et le club des Jacobins en serait le premier exemple.

Lire aussi : [Idées] La femme, la mort et le mythe

Mais par quoi les remplacer? Peut-on imaginer, comme le prétend Simone Weil, que chaque député décide souverainement sur chaque sujet et que les majorités se fassent et se défassent au gré des votes? Un tel dispositif, peu réaliste, donnerait au contraire libre cours à des lobbys cachés aux ambitions encore moins avouables que les partis politiques. Toute structure de pensée collective apparaît dès lors comme un mal nécessaire qu’il faut savoir utiliser comme un moyen et non comme une fin.

Dans un régime partisan, le président de la République apparaîtra toujours comme l’homme d’un parti et non l’homme de la nation dans son ensemble. C’est un vice consubstantiel à notre démocratie. Pour y remédier partiellement, il faudrait obliger le président une fois élu à démissionner définitivement de toute attache partisane pour devenir un serviteur de la nation dévoué tout entier au bien public. C’est peut-être un premier remède aux maux qu’évoque Simone Weil.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest