UN GROUPE FRANÇAIS QUI EN A
III, Last Train, Last Train Productions / PIAS, 12,99 €.
C’est du sérieux. Qu’on aime ou pas, il faut avouer que la production – puissante, musclée, lourde – de ce troisième album de Last Train impressionne (on aurait envie d’ajouter : pour un groupe français). À quoi l’on pense ? À du Nine Inch Nails accouplé aux Queens Of The Stone Age. Je me répète un peu, pardon, mais rarement on a entendu un disque de rock français si costaud. C’est une fierté, par-dessus tout, au-delà des désaccords. Difficile de ne pas prendre au sérieux un tel disque, même à l’international. Le single « The Plan » est énorme (le son de batterie, la voix, le pont à la RATM), mais au fond tout (ou presque) est ainsi : calibré pour vous mettre une bastos dans les oreilles en neuf cartouches d’un bon vieux 22 Long Rifle rock’n’roll. J’annonce ici pardonner au guitariste d’avoir dragué une fille que j’aimais : la musique apaise les mœurs, non ? Surtout la bonne. Le groupe, détonnant en live, a composé des chansons qui vont être proprement énormes en concert, aucun doute. Pour ce qui en ont encore un : rendez-vous à Rock-en Seine 2025. Emmanuel Domont
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LE DERNIER ROCKEUR FRANÇAIS
APOCALYPSE, Damien Saez, disponible sur culturecontreculture.fr
Mettant dos à dos l’industrie du disque et le streaming, Damien Saez a mis quatre ans à produire Apocalypse, tout en déclarant qu’il ne le sortirait qu’à une condition : que le financement participatif soit atteint. Voulant renouer avec le « théâtre sacralisé » (Artaud n’est jamais loin chez Saez), il en fixe le prix à 100 balles pour une séance unique de pay per view qu’il propose à ses fans pour accéder au Graal, un triple album censé renouer avec la majesté de Messine. Las, Apocalypse déçoit au premier abord tant il accumule certaines facilités d’écriture, lorgnant plus qu’à son tour sur une sorte de variété bien franchouille qui ne se serait jamais remise des années 90. Mais cette faiblesse, c’est aussi ce qui fait briller Saez, qui rabâche album après album la même hargne adolescente, jusqu’à la caricature, mais toujours avec une certaine virtuosité – voire l’incandescent « Anti-communautaire » où notre Peter Pan cinquantenaire flingue la « République des enculés », sa « propagande LGBT » et « son rap à bobos ». Un coming out réactionnaire ? Pas vraiment, au final Saez reste fidèle à ce qu’il a toujours été : un anarchiste véhément, toujours à rebours des modes, rappelant que le rock français n’a jamais voté, que le rock français n’est pas démocrate, qu’il est juste révolté et mal rasé. Marc Obregon
MEILLEUR SEUL ET VIEUX
THE SIDE OF THE ISLAND, Hamilton Leithauser, Leithauser & Leithauser / Glassnote music, 14,99 €
Hamilton Leithauser, ancien leader du groupe The Walkmen est un malin. Petit-maître indépendant et chic, sa carrière en solo témoigne de ses qualités dont il use avec peut-être plus de saveur que lorsqu’il officiait avec son groupe new-yorkais d’alors. Pour sa cinquième œuvre en studio, il parvient à retrouver la fraîcheur des premiers disques. Il y a toujours dans cette voix à mi-chemin entre l’euphorie et la plainte l’élan d’antan. Sorte de crooner angoissé à la voix écartelée, plein d’extravagances et d’une créativité foisonnante, Leithauser nous offre un album merveilleux pour celui qui accepte d’entrer dans son monde étrange. Certains rêvaient qu’il réforme The Walkmen, on les comprend certes, mais tout en se demandant si cela est si nécessaire, tant ses compositions solos nous conquièrent totalement. Évitons la comparaison avec le bon vin, mais oui, Hamilton Leithauser est plus exquis à mesure qu’il vieillit. Emmanuel Domont





