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Les jeunes, c’est toujours si pressé. La fleur de l’âge affermit l’audace, qui les entraîne à faire comme les grands. Au risque de dévorer le talent. Dans sa vingtaine, Elsa Dreisig a remporté les prix les plus prestigieux. L’admiration générale l’a hissée au sommet de la nouvelle génération lyrique. Sur les scènes parisiennes, son caractère affirmé a servi à merveille des rôles aussi éloignés que Zerline (Don Juan) et Elvire (Les Puritains).
Pourtant, dans son deuxième disque, la maturité apparaît encore en deçà de l’ambition. Non que la voix manque de finesse ou d’exubérance, au contraire, les moyens sont fabuleux : l’émission homogène, la diction élégante, le phrasé fluide. Et ce timbre au charme fou, un océan de lumière avec une veine affectueuse.
La mélodie est à l’opéra ce que le poème est au drame : contre l’étendue des conflits, la profondeur ciselée des passions.
C’est que les morceaux de ce récital éclectique sont moins une affaire de plénitude vocale que de subtilité psychologique. La mélodie est à l’opéra ce que le poème est au drame : contre l’étendue des conflits, la profondeur ciselée des passions. Entre les soleils mouillés et les rouges couchants, ce sont les après-midi langoureuses qui conviennent le mieux à la soprano franco-danoise, plus à l’aise dans la nostalgie de l’opus 38 de Rachmaninoff, que dans l’inquiétude des six mélodies choisies de Duparc ou la métaphysique des quatre derniers lieder de Strauss. Même l’excellent piano de Jonathan Ware peine à creuser la sérénité tragique de l’ultime voyage. À défaut de ravir l’esprit, ce Morgen (« demain ») sera une promenade aérée dans des forêts grises. La caresse d’une voix délicieuse est déjà l’annonce d’un lendemain radieux.
Paolo Kowalski
MORGEN – Mélodies d’Henri Duparc, Richard Strauss, Serge Rachmaninoff Elsa Dreisig, soprano – Jonathan Ware, piano Warner Classics / Erato – 17 € (Elsa Dreisig chantera à l’Opéra de Paris dans Rigoletto de Verdi du 2 juin au 12 juillet, billets sur operadeparis.fr)
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