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C’était le 16 mai. Avant les élections européennes. Avant aussi qu’il ne se fasse prendre par la patrouille. Ni vu ni connu, nous avions rendez-vous avec Steve Bannon. Quelque part. Maintenant on peut dire que c’était au Bristol où se trouvait aussi, ce jour-là, une ex-Première dame de France. Elle, on l’a croisée dans le hall ; lui, il nous a reçus dans sa suite. Longuement. Aucune question n’était taboue. On a cru le coincer sur la politique internationale, il est passé aux aveux avec une franchise désarmante : la Chine, voilà l’ennemi.
Partie 2 :
Vous êtes catholique, vous avez reçu une éducation catholique, vous êtes proche du cardinal Burke, que pensez-vous des appels du pape François à accueillir avec bienveillance les migrants ?
Le pape a deux fonctions. Je le respecte en tant que chef théologique et spirituel, le vicaire du Christ sur Terre. Mais en tant qu’administrateur de l’Église, il va la conduire à la faillite. À cause de sa façon de gérer les affaires de pédophilie et à cause de son discours sur les migrants. Les propos qu’il tient sur les migrants, ce n’est pas de la théologie, ce n’est pas du dogme, c’est son interprétation. Et il a tort. Il cause plus de problèmes qu’il n’en résout et il va mener à la destruction de l’Europe et à la destruction des États-Unis.
Quelle est à vos yeux la menace la plus importante pour la civilisation européenne ?
Le plus grand péril est la convergence de deux menaces. La première, et la plus forte, vient à la fois du pape François, de Macron, de Merkel, de Bruxelles, du parti de Davos, de toute cette élite qui a perdu foi en elle-même et a démissionné de sa mission de protéger les citoyens. Et en même temps, ils laissent un nouveau pouvoir impérialiste, la Chine, venir nous éviscérer, technologiquement et financièrement. Ils l’ont déjà laissée prendre le contrôle de la plupart des industries européennes.
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La Chine a exporté sa déflation et c’est pour cela qu’on ne peut pas augmenter les salaires en France, aux Etats-Unis ou au Japon. Maintenant, on en est au point où toutes les technologies seront construites en Chine et nous serons sous leur coupe. Les élites ont négocié avec les communistes chinois, qui sont les dictateurs athées les plus brutaux du monde, pires que Staline. La classe moyenne, ainsi que la classe populaire, doivent chasser cette élite qui décide de leur vie de tous les jours. Sinon l’Europe est condamnée et les États-Unis aussi.
Selon le New York Times, qui a assisté à certaines de vos réunions en Europe, la raison pour laquelle il est, selon vous, si important de mettre en place des gouvernements nationalistes ou populistes dans un grand nombre de pays est « de se préparer à un affrontement des grandes puissances avec l’axe des anciennes civilisations turque, perse et chinoise ». Vous confirmez ?
Quelle est la réalité ? Elle est que l’impérialisme chinois, lié à l’Empire perse, mais aussi à la Turquie, veut contrôler l’Eurasie. En économie, les ambitions de la Chine sont du jamais vu ! Ils ont ce projet gargantuesque de recréer la route de Marco Polo, et de la connecter, par l’Eurasie, jusqu’à l’Europe de l’Est, l’Afrique subsaharienne et l’Amérique centrale. Ils le font par la route, mais aussi par voie navale. Pour les vaincre, il faut que l’Occident judéo-chrétien s’allie sur le modèle du système westphalien, ainsi qu’avec les nations musulmanes du Moyen-Orient qui sont des alliés naturels dans cette confrontation avec la Chine. Si on réalise cela, en tant qu’alliés, nous aurons trois fois la puissance de la Chine, tant militairement qu’au niveau de l’économie et des technologies de l’information. Elle ne sera pas forcément militaire, mais ce sera une guerre – c’en est déjà une.
Le deuxième aspect, dont l’impact sur la France sera majeur, c’est leur politique Made in China 2025, la convergence de la robotique et de l’intelligence artificielle qui va faire de la Chine les dominants, pour toujours, dans la production de biens manufacturés. Les industries européennes n’y survivront pas. Dans ce cadre, la 5G joue un rôle technologique majeur, via Huawei. La 5G n’est pas une amélioration linéaire, la suite de la 3G et de la 4G. C’est un concept d’utilisation des données bien plus puissant que la 4G et c’est l’avenir de toutes les avancées technologiques, comme la voiture autonome ou dans le domaine médical, et de l’internet, car l’internet passera en 5G. Huawei, donc la Chine, contrôlera toutes vos données, et ces données sont une arme aussi puissante que le plutonium. C’est le nouveau paradigme en lien avec l’Iran et la Turquie.
On appelle les années 1930 les années sombres. De nouvelles années sombres arrivent. On voit les nuages noirs s’amonceler tous les jours. Les leaders souverainistes, populistes et nationalistes comme Le Pen, Salvini, Orban, Trump, Farage constituent la génération qui nous guidera hors de cette période sombre.
Selon Philippe de Villiers, dont vous avez dû entendre parler, l’Union européenne est une créature des Etats-Unis d’Amérique. Son dernier ouvrage vise à démontrer que les Pères fondateurs de l’Europe, Jean Monnet, Robert Schuman, Walter Hallstein, furent payés par la CIA ou des officines qui lui étaient liées pour détruire les nations d’Europe. Qu’en pensez-vous ?
Je pense que c’est une erreur. Les États-Unis sont un produit de l’Europe. Nous sommes une création européenne sur un autre continent. On a pris ce qu’il y avait de mieux dans le judéo-christianisme et on l’a appliqué dans cet endroit sauvage. La combinaison entre les Français et les Anglais, qui étaient les premiers à être là, a produit une synthèse de ce que le judéo-christianisme peut faire de mieux. Une version plus perfectionnée, si vous me permettez, de l’Europe. En appliquant ces valeurs dans un contexte difficile, nous avons créé de la richesse pour le bénéfice de l’humanité tout entière.
Les communistes chinois sont les dictateurs athées les plus brutaux du monde, pires que Staline.
Pendant les deux guerres mondiales, nous avons dû revenir sur la terre de nos ancêtres pour y mettre fin. Ensuite, il y a eu consensus chez les Américains qu’il fallait faire quelque chose pour aider l’Europe à se remettre d’aplomb. Il n’y avait pas d’intention de bâtir un système qui briserait les nations dont nous venons. Nous savons que la France et l’Allemagne ne sont pas comme la Caroline du Nord et la Caroline du Sud. Ce sont des pays avec des différences culturelles, des langages différents, des tempos qui leur sont propres. La beauté et la richesse culturelle de l’Europe viennent de sa diversité.
Les Pères fondateurs de l’Europe ont travaillé main dans la main avec les Américains mais ce n’était pas pour détruire les Etats-nations, et certainement pas pour créer des Etats-Unis d’Europe. Le Marché commun était une façon de remettre sur pied les pays d’Europe après les destructions de la guerre et de faire barrage aux communistes athées qui avaient été nos alliés contre les fascistes. Je pense que c’était une bonne idée. Quand la Norvège a voté pour ne pas rejoindre l’Union européenne, j’ai aimé ce qu’ils ont dit. « On vous aime bien, mais nous sommes des partenaires de l’Otan. Et nous sommes dans le Marché commun, mais nous ne voulons pas que notre politique soit dictée par des bureaucrates à Bruxelles. » En tant que partenaires, nous avons vaincu l’Union soviétique. On a quand même un beau palmarès en tant qu’alliés !
Durant sa campagne présidentielle, Donald Trump avait dénoncé les barrières que met l’Union européenne à la pénétration commerciale américaine. Depuis, on a entendu Gordon Sondland, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne, exiger, sous peine de représailles, que l’Union européenne « réduise les obstacles à l’entrée des industries et des instituts de recherche américains dans des programmes tels qu’Horizon Europe et le Fonds européen de défense ». Rien que ça ! Vous comprenez qu’on puisse être méfiant lorsqu’on voit se pointer un Américain ?
Comme nous avons travaillé en tant que partenaires, la chose la plus importante est d’obtenir de la réciprocité, non ? Il s’agit de déterminer où se trouve l’équilibre… Comme le New York Times l’a remarqué il y a trois semaines, le point sur lequel Donald Trump s’appuie est la guerre économique que les Chinois mènent contre nos démocraties. Son but est de faire revenir en Occident l’industrie qui s’est installée en Chine. Si l’on n’y parvient pas, la France, l’Italie, l’Allemagne n’auront plus d’emplois à forts salaires.
Pour cela, il veut reconstruire l’Alena afin que les Chinois ne puissent pas avoir accès au Mexique. Il a négocié simultanément des accords bilatéraux avec la Corée, il a négocié une augmentation des dépenses militaires du Japon. Au final, ce sont des accords où tout le monde s’y retrouve. L’élément clé est que si les démocraties travaillent ensemble, chacun pourra retrouver, par exemple, une industrie automobile. Sinon, vous n’aurez plus d’industrie. Tout ira en Chine, l’Allemagne sera plongée dans un cauchemar économique, et la France aussi.
Le différend porte sur l’Otan. On est partenaires, donc on discute. Trump a compris que si l’Europe n’augmentait pas ses dépenses militaires, tout allait s’effondrer. C’est pour ça qu’il a parlé des 2 %, qui sont un concept venant des Européens. Il y aura un nouvel accord : on prendra, on donnera, des deux côtés. Trump a une méthode. Son style peut énerver, mais il est comme ça. Et si on regarde les résultats, ils sont là. Je sais que la tension à propos de l’Otan n’est pas très agréable, mais notre alliance est robuste. Elle n’est pas dictée par les Américains, elle doit être négociée pour aboutir à un partenariat plus égal.
Puisque vous êtes accusé d’ingérence dans les affaires françaises, pouvez-vous vous ingérer un peu plus et nous dire comment les Français sont perçus aux Etats-Unis ? Il paraît que l’on nous voit comme un peuple arrogant ayant pris la fâcheuse habitude de donner des leçons au monde entier tout en étant incapable de résoudre ses propres problèmes (ce qui, de mon point de vue, est parfaitement exact !). C’est vrai ?
L’autre jour, alors que je venais de rencontrer des gens d’Alternativ für Deutschland on m’a demandé comment je pouvais travailler avec des gens aussi anti-américains, ou avec des Russes comme Douguine. Être patriote nécessite aussi de composer. Quand on parle d’anti-américanisme, on ne parle pas des « déplorables » de Trump, mais des arrogants mondialistes d’Hillary Clinton. Je comprends que si vous allez aux Etats-Unis et que vous entendez des mondialistes comme Clinton ou Obama, ça vous énerve. Mais ce que Trump représente, c’est un nationalisme qui n’est pas là pour vous dire quoi faire. Ce n’est pas sur cela que les Etats-Unis ont été fondés. C’est la même chose avec la France. Si on est aux Etats-Unis et qu’on voit Macron sur CNN, ça peut aussi nous énerver et on peut penser : « Soigne-toi toi-même avant de dire au monde comment le faire ». Mais si vous voyez les Gilets Jaunes ou le Rassemblement national, vous voyez de belles personnes.
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Les Américains adorent la culture française, quand vous parlez avec les Américains, ils vous disent qu’ils veulent tous partir en vacances en France, sur la Côte-d’Azur ou à Paris. Quand on pense à l’Allemagne, si on pense à Merkel et à la façon dont elle fait la leçon aux autres, ce n’est pas pareil que si on regarde le peuple allemand. De peuple à peuple, nous avons des affinités, mais si on regarde les élites… Nous aussi nous avons notre part de mondialistes ! Il y a quelque chose que j’admire chez Macron, c’est qu’il n’est pas hypocrite. Il croit réellement qu’il doit y avoir une élite qui gouverne tout le monde. En septembre 2017, quand il a tenu son discours sur sa vision de l’Europe à la Sorbonne, il était absolument sincère. Il veut réunir les économies, les politiques intérieures, et, aussi dingue que cela puisse paraître, il veut constituer une armée européenne. C’est un vrai croyant ! On peut en rire ou s’en effrayer, mais au moins il est sincère. Il y a une grande affinité entre nos deux pays, même si les mondialistes de part et d’autre de l’Atlantique nous énervent tous.
Ma dernière question. Je vous interviewe en jean, avec un iPhone, je vais le retranscrire sur un MacBook avec le logiciel Word de Microsoft et l’envoyer par mail pour qu’elle soit mise en pages avec InDesign développé par Adobe : on est nuls ou vous êtes trop forts ?
Rappelez-vous une chose : c’est vous qui avez conduit la révolution industrielle, pas nous. C’est après que vous vous êtes égarés. Ce n’est pas que vous n’ayez pas la meilleure éducation, c’est le système que vous avez laissé les étatistes instaurer qui a ruiné tout l’esprit d’entreprendre des grandes nations européennes. Alors tous vos entrepreneurs talentueux partent aux Etats-Unis parce que nous leur donnons leur chance.
Quand je viens en Europe, je suis toujours étonné. En France, en Allemagne, en Italie, on voit quantité de jeunes gens incroyables. Éduqués. Talentueux. Travailleurs. Imaginatifs. Or non seulement le système ne les encourage pas, mais il les décourage. Votre système ne permet pas de capitaliser sur le talent.
Vous avez des talents économiques, artistiques, etc., mais, dès qu’ils sont matures, dès qu’ils ont 22 ans, vous les mettez dans une case. Une fois que vous cesserez de faire cela, vous libérerez vos talents. Aux États-Unis, tous ceux qui ont accompli de grandes choses ont d’abord connu de lourds échecs. Tous ! Ils ont tous détesté ça mais ils sont tous passés par là. Prenez Steve Jobs. Il a été viré de sa propre entreprise parce qu’il avait échoué ! Il est revenu. Et c’est seulement quand il est revenu qu’Apple est vraiment devenu un succès mondial. Notre système nous apprend à ne pas avoir peur de l’échec car l’échec est inévitable. C’est pour ça que Marine Le Pen est un symbole si important. Pas uniquement en France, mais dans le monde. Elle a perdu en 2017 contre un jeune, le monde entier l’a vu, et elle s’est relevée et a fait un retour spectaculaire. Cette façon de se reprendre, c’est toute la leçon. C’est l’esprit de l’entreprenariat.
Propos recueillis par Bruno Larebière
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