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« The Total State » : le Léviathan progressiste disséqué

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Publié le

30 avril 2026

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Pourquoi sent-on que la liberté recule partout en Occident, alors que les institutions libérales censées la protéger deviennent de plus en plus puissantes ? C’est la question qu’aborde Auron MacIntyre, philosophe politique et animateur sur la plateforme américaine The Blaze, dans « The Total State ».
© The Total State

Pourquoi sent-on que la liberté recule partout en Occident, alors que les institutions libérales censées la protéger deviennent de plus en plus puissantes ? C’est la question qu’aborde Auron MacIntyre, philosophe politique et animateur sur la plateforme américaine The Blaze, dans The Total State. Cet ouvrage aborde frontalement la question du régime politique, pour montrer en quoi nos institutions doivent être réformées pour sortir de la crise civilisationnelle dans laquelle nous sommes enlisés.

La thèse, audacieuse, entend démontrer que les constitutions des démocraties libérales, quoiqu’elles n’aient pas changé, ont été détournées de l’intérieur, dès lors que les pouvoirs qui devaient se contrôler mutuellement se sont mis à travailler de concert au même projet idéologique. MacIntyre pointe du doigt une élite dont la condition d’entrée est désormais de communier à une idéologie qui prétend défendre le progrès, la raison et la science contre la tradition, la foi et la contrainte. Cette « théocratie athée » fonctionne à la manière d’un réseau décentralisé d’institutions qui produisent un consensus élitaire, non par coercition, mais par peur de sortir du rang. Ce dispositif institutionnel, concentré dans les institutions de savoir et de culture, n’a plus besoin des élections pour opérer une révolution. Quand de nouvelles idées naissent dans les universités de l’Ivy League, le New York Times et The Economist les répètent, et elles font tache d’huile dans l’ensemble des médias occidentaux. Elles sont ensuite reprises dans des rapports produits par l’administration publique, puis enseignées dans l’éducation nationale, le tout sans la moindre intention malveillante ou conspiration. Voyons-y plutôt le produit d’institutions centralisées à outrance, et d’une classe « savante » qui s’abreuve à une unique source… au risque d’errer si elle venait à se corrompre.

Lire aussi : « The Polarization Myth » : le consensus conservateur

Aux yeux de MacIntyre, une droite qui ne comprend pas cette dynamique fondamentale n’a tout simplement aucune chance de gagner. De la même manière, dénoncer les « doubles standards » des progressistes envers les différents groupes identitaires ne mène nulle part, si l’on croit encore en leur bonne foi. Il l’écrit en toutes lettres : « Les progressistes pensent que leurs partisans peuvent et doivent avoir des droits qui dépassent ceux de leurs adversaires. » Si l’on peut trouver le constat rude par moments, une droite qui cesserait de crier à l’injustice et de s’apitoyer sur son sort apparaît certainement plus à même de gagner le combat culturel. Loin d’être fataliste face au Léviathan progressiste, Auron MacIntyre prophétise plutôt sa chute imminente. Comme la tour de Babel s’effondre inévitablement, une gouvernance de plus en plus centralisée finit par se fossiliser et se déconnecter des réalités organiques qu’elle aspire à diriger de loin. Dans une optique typiquement américaine, il voit le salut dans une forme de sursaut tocquevillien et burkéen, ancré dans les familles, les églises et les gouvernements locaux, ces little platoons servant d’îlots de résistance à l’omnipotence de l’État, des médias et des universités. Comme souvent dans les essais du genre, le volet prescriptif est moins étoffé que la critique, mais The Total State n’en demeure pas moins une lecture indispensable pour comprendre l’état d’esprit de la droite américaine alors qu’elle tente de procéder à cette reconquête institutionnelle.


THE TOTAL STATE: HOW LIBERAL DEMOCRACIES BECOME TYRANNIES, AURON MACINTYRE, REGNERY, 224 P., 16 €

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