Depuis son arrivée sur le marché en 2016, TikTok s’est imposé comme le réseau social le plus utilisé par les plus jeunes. Il compte aujourd’hui plus d’un milliard d’utilisateurs actifs mensuels dans le monde, arrivant à la 7è place des réseaux sociaux les plus utilisés derrière les différents organes de Meta (Facebook, Instagram, etc).
Cette production de l’entreprise chinoise ByteDance, valorisée à plus de 100 milliards de dollars, avait pour projet initial de développer une plateforme où les utilisateurs pouvaient créer des vidéos d’1 à 180 secondes sur un fond musical. Le principe est similaire à celui de l’application Musical.ly, rachetée par l’entreprise chinoise en 2017.
L’application a connu un véritable boom avec la pandémie de Covid-19 et les confinements successifs imposés par nos responsables politiques. Les jeunes générations se retrouvaient cloitrées dans leurs chambres et, après les quelques cours « en distanciel », se sont jetées sur le moindre divertissement. Netflix et TikTok ont donc été les tueurs d’ennuis favoris. Fin 2020, TikTok enregistrait un boom d’un milliard de téléchargements par rapport à l’année précédente.
La toile s’est emballée. Les contenus se sont faits de plus en plus nombreux sur la plateforme, faisant émerger de véritables influenceurs tournant des vidéos dans leurs chambres.
La toile s’est emballée. Les contenus se sont faits de plus en plus nombreux sur la plateforme, faisant émerger de véritables influenceurs tournant des vidéos dans leurs chambres. Ces néo-influenceurs, forts de leurs centaines de milliers d’abonnés, se sont fait une place parmi les célébrités déjà installées comme les stars de télé-réalité ou les footballeurs.
Culture du buzz
Depuis sa création, TikTok a été le tremplin de nombreux buzz, souvent inexplicables, comme dernièrement cette musique catholique « Comment ne pas te louer ? » reprise des millions de fois sur la plateforme, allant même jusqu’à être chantée dans les boîtes de nuit et les soirées étudiantes.
Vous avez aussi sûrement entendus les expressions « quoicoubeh » et « apanyae » sans comprendre leur signification. Cela tombe bien, elles n’en ont pas. Ces expressions viennent tout droit de TikTok et relèvent de défis lancés par les utilisateurs de la plateforme. Ainsi, il faut répondre « quoicoubeh » à son interlocuteur lorsque celui-ci dit « quoi ? ». S’il dit « hein ? », on répondra « apanaye ». Si ces expressions n’ont aucun sens, elles permettent de se moquer de celui avec qui on échange. Malgré leur bêtise, les deux formules se font entendre dans toutes les cours de récréation des écoles et collèges de la métropole. Au point de contaminer aussi la rédaction de L’Incorrect.
Activisme politique et religieux
Les personnalités politiques ont compris l’influence que pouvait avoir TikTok, notamment chez les plus jeunes, et ont rapidement compris son intérêt électoral. Les premiers à avoir téléchargé TikTok en Europe sont Matteo Salvini, Elio Di Rupo et Agnès Buzin dès 2019. Ils ont très rapidement été rejoints par Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon en 2020. L’actuel président de la République française avait posté sa première vidéo en encourageant les bacheliers la veille du début des épreuves. Un habile coup de communication. En ce début d’année 2023, tous les responsables politiques sont actifs sur TikTok et ce peu importe leur place sur l’échiquier politique.
Évidemment, TikTok est devenu le support idéal pour réaliser des coups. C’est sur cette plateforme que des jeunes avaient coordonné le sabotage d’un meeting de Donald Trump via des vidéos qui incitaient les gens à s’inscrire gratuitement sans s’y rendre. Aujourd’hui, cette pratique est assez répandue. Éric Zemmour en avait fait les frais lors de la campagne présidentielle de 2022, obligeant les équipes du candidat à laisser les inscriptions ouvertes alors que les salles étaient combles.
C’est sur cette plateforme que des jeunes avaient coordonné le sabotage d’un meeting de Donald Trump via des vidéos qui incitaient les gens à s’inscrire gratuitement sans s’y rendre.
Les religieux y ont aussi vu une opportunité pour évangéliser les jeunes. Les prêtres et bonnes sœurs catholiques – la plupart du temps de gauche hélas – sont de plus en plus nombreux à être actifs sur la plateforme. Le père Mathieu Jasseron, fort de ses plus d’un million d’abonnés, publie régulièrement des vidéos dans lesquelles il évoque les Évangiles et présente les saints. Idem pour sœur Albertine qui compte un peu moins de 100 000 abonnés.
Plus inquiétant, on voit émerger une nouvelle vague d’influenceurs islamistes, qui prônent par exemple le port du voile, notamment à l’université et dans les établissements scolaires. C’est le cas de Léna Delporte, forte de ses 650 000 abonnés, qui s’affiche en voile dans ses vidéos et incite les adolescents à porter les signes religieux dans l’espace public.
La Chine met le holà
Si elle a vendu sa cochonnerie à la planète entière, ne croyez pas que la Chine autorise la chose chez elle. À juste titre, le pays a choisi de protéger ses adolescents en leur proposant un contenu très différent. Ainsi, l’informaticien américain Tristan Harris confiait au micro de CBS : « Sur leur version de TikTok, si vous avez moins de 14 ans, ils vous montrent des expériences scientifiques à reproduire chez vous, des visites de musées, des vidéos patriotiques ou éducatives. Et ils limitent l’utilisation à quarante minutes par jour. Ils ne diffusent pas cette version de TikTok au reste du monde. Ils savent que la technologie influence le développement des jeunes. Pour leur marché domestique, ils vendent une forme appauvrie tandis qu’ils exportent de l’opium au reste du monde. » Tout est dit.





