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Tout voyage est une déception

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Publié le

22 octobre 2018

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« Toute drogue modifie vos appuis. L’appui que vous preniez sur vos sens, l’appui que vos sens prenaient sur le monde, l’appui que vous preniez sur votre impression générale d’être ». Michaux, Connaissance par les gouffres – « Les drogués sont des mystiques d’une époque matérialiste qui, n’ayant plus la force d’animer les choses et de les sublimer dans le sens du symbole, entreprennent sur elles un travail inverse de réduction et les usent et les rongent jusqu’à atteindre en elles un noyau de néant.» Drieu la Rochelle, Le Feu follet

 

L’addiction? Encore ? Encore cette histoire d’homme sans dieu et sans tempérament. Le capitalisme addictif ayant pour credo de toujours ingérer quelque chose pour ne pas être totalement vide. Garder une contenance. Laquelle ? Et pourquoi? Jusqu’où peut-on aller pour ne plus voir sa gueule/le réel et annihiler le reste de sensations? Tout voyage est une déception. La drogue se voulait promesse d’ouverture vers l’ailleurs jusqu’à nous sortir totalement de l’humanité. Le réel est chiant et c’est justement ce qu’il y a de beau dans le réel. Il est souvent important de sentir ce putain de vide qui entoure tout ce qu’on fait et dit. Le médiocre est souvent préférable au néant.

Burroughs parlait d’algèbre du besoin dans le Festin nu. Avant, la drogue semblait être au service de la création, main- tenant, juste au service de la fête triste version « on s’est bien amusés, je ne sais plus ce que j’ai fait, mais j’ai pris un Aspro le lendemain » ou de l’anesthésie, le « vouloir être bien ». Toxicon en grec désignant le poison dont on empoisonne la flèche. Et cette volonté de bien-être se traduit par « ne plus rien sentir », mourir en somme.

 

Lire aussi : Le beau bizarre ou les nouveaux moches

 

Nous pourrions faire des tomes et des tomes de livre au doux nom de Dépendance et identité. Nous vivons dans une époque profondément addict où tout est devenu tellement défaillant, jusqu’à l’élément essentiel: le langage. Cette dépendance se caractérise par l’accoutumance, l’excès, le désir compulsif, l’échec dans le contrôle, l’assujettissement et un mélange d’attirance et de répulsion. Il faut trouver un moyen de se perdre.

L’intoxication est un bon début. Les repères s’effaçant de plus en plus: tu es seul, je suis seule, l’identité devenant floue, les liens élastiques; la bouteille, le médoc ou n’importe quoi fera l’affaire pour créer un dernier lien, s’identifier, donner une forme à l’informe, exister, être là. Et toujours cette difficulté de prendre contact avec l’extérieur. Le monde reste ce fantôme avant qu’une substance lui donne corps. Je m’éprouve donc j’existe. Je n’éprouve rien donc j’utilise un substitut.

 

Le réel est chiant et c’est justement ce qu’il y a de beau dans le réel. Il est souvent important de sentir ce putain de vide qui entoure tout ce qu’on fait et dit. Le médiocre est souvent préférable au néant.

 

On passe d’un manque d’être à un manque à avoir: je dois trouver tel truc, la quête pour moins trembler. Je m’excite, je me calme. Je m’obstine vers le vide. Je suis un jeune chiot. De l’opium de l’époque coloniale à l’Heroin de Lou Reed, en passant par les portes de la perception, de la mescaline à l’éther, ils ont tous attendu le dérèglement de tous les sens et la modification de la conscience et bien qu’en restant dans l’histoire, ils ont prouvé leur idiotie et fait mouiller la prude.

Picasso disait même de l’opium qu’il avait la plus intelligente des odeurs. L’art n’est souvent plus un travail mais le fruit d’un « misérable miracle », disait encore Michaux. Le romantisme nous a leurrés quant au génie de l’individu, le plus souvent vide et caricatural. Qu’on me laisse mes maux, mes névroses, je veux être en pleine possession de mes moyens et voir jusqu’au bout que rien ne vaut la peine, sauf la vie. (Alain Souchon?) Acceptons d’être exalté par la gêne, le moment gagnera encore en importance.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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