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Alors que la France républicaine renvoie depuis des décennies la monarchie à un folklore désuet sans avenir, la flamme royaliste a su se renouveler en touchant un public de plus en plus diversifié, à l’image des mille et une provinces du royaume de France. Une réalité charnelle qui montre, en creux, toute l’abstraction du régime républicain.
Le royalisme ressortirait-il des catacombes ? Le voici qui surgit là où on ne l’attend pas forcément : des Gilets jaunes évoquent la monarchie sur les ronds-points de la « France périphérique » ; un Toulousain youtubeur à succès, Papacito, réclame un royalisme médiéval ; et ces jours-ci une cinéaste d’origine kabyle, Cheyenne-Marie Carron, sort un film (Le Fils d’un roi) où des élèves de ZEP se passionnent pour le royalisme social. Dans le même temps, Jean Raspail republie son célèbre Le Roi au-delà de la mer (en le renommant franchement Le Roi est mort, vive le Roi !) et appelle au réveil des royalistes. Raspail montre l’exemple en faisant allégeance au Prince Jean, tout nouveau comte de Paris : mais le temps est venu pour le Roi, prévient-il, de revendiquer et non plus de prétendre. De son côté l’Action française, réunie depuis peu avec la Restauration nationale, est de plus en plus active auprès d’une jeunesse ralliée à l’antilibéralisme et à l’écologie intégrale. Le mouvement historique saura-t-il répondre à ce renouveau et à de nouvelles attentes ?
La naissance et le baptême de la France avec Clovis et 1 500 ans de régime monarchique, jusqu’à la moitié du XIXe siècle (si l’on ne compte pas les deux Empires), n’ont pas totalement disparu de l’âme des Français.
À vrai dire, la monarchie n’a jamais été si lointaine qu’on ne le pense, depuis ce 21 janvier 1793 qui fit de Louis XVI un grand martyr de la France. L’éducation républicaine (une rééducation sous bien des aspects) est presque parvenue à nous faire oublier que le XIXe siècle fut aussi un siècle de rois : Louis XVIII et Charles X, les frères de Louis XVI, de 1814 à 1830 ; Louis-Philippe Ier de 1830 à 1848. Les parlementaires royalistes restèrent puissants à l’Assemblée, jusqu’au raté d’une nouvelle restauration avec Henri V, comte de Chambord, après la chute du Second empire en 1870, et encore au-delà. Au XXe siècle, le général de Gaulle a failli porter sur le trône le comte de Paris. La naissance et le baptême de la France avec Clovis et 1 500 ans de régime monarchique, jusqu’à la moitié du XIXe siècle (si l’on ne compte pas les deux Empires), n’ont pas totalement disparu de l’âme des Français. La République ne parviendra jamais à arracher tout à fait ses racines, si elle est parvenue à abattre le grand chêne de saint Louis. Il faudra encore beaucoup d’efforts « progressistes » pour faire advenir un homme hors-sol, le consommateur mutant rêvé par le néo-libéralisme. Il semblerait que des réfractaires n’entendent pas se résigner à un tel destin, au pays de la petite Jeanne et du colporteur Cathelineau.
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Dans les « médias de grands-chemins », la reductio fait toujours recette pour bâillonner les dits « réactionnaires »?: on ne va pas revenir au temps des cavernes, au Moyen Âge, ou encore à l’Ancien Régime. Qu’ils tiennent encore ce langage montre que le passé ne passe pas et que les éditocrates, les ploutocrates et les obscurantistes craignent aussi que le royalisme, la monarchie, le catholicisme, même, ne reviennent à l’avenir combler le néant moderne. Certes, se dire royaliste aujourd’hui c’est souvent passer pour ringard ou ridicule, mais de nouveau des oreilles se tendent. C’est qu’au temps de la grande confusion – mentale, anthropologique, économique et identitaire – certains semblent se souvenir qu’il fut un temps de grande clarté : pas celles des Lumières à l’origine de l’individualisme, mais celle d’une nation unie autour d’un drapeau blanc éclatant, constellé de l’or des lys, et à l’histoire glorieuse. On entend même sur les plateaux de télévision, désormais, que les « Ténèbres » du Moyen Âge féodal et monarchique sont abus de langage, voire pure fake news. Tandis que des politiciens qui se revendiquent « Jacobins » manifestent auprès de vrais obscurantistes islamistes…
De Gaulle fut un monarque de la reconstruction, après-guerre, puis un monarque sans fils, inéluctablement ; Mitterrand, lui, s’est sans doute vu et voulu comme le dernier de la race républicaine, montrant le vrai visage de la République, celui d’une Pyramide qui ne contient que du vide et d’une Grande Arche de la Défaite et de la Division.
Sans surprise, les Français montrent par l’abstention qu’ils en ont assez de l’électoralisme et d’une représentativité toujours plus technocratique, lointaine et désincarnée, de « l’agglo » à Paris et de Paris à Bruxelles. La Ve République, régime présidentiel, leur a donné deux faux monarques, de Gaulle et Mitterrand, et ne produit plus que des barons se disputant les restes de la France comme des chiens lors de la curée. De Gaulle fut un monarque de la reconstruction, après-guerre, puis un monarque sans fils, inéluctablement ; Mitterrand, lui, s’est sans doute vu et voulu comme le dernier de la race républicaine, montrant le vrai visage de la République, celui d’une Pyramide qui ne contient que du vide et d’une Grande Arche de la Défaite et de la Division.
Une parole nouvelle se libère, qui tient d’un royalisme d’instinct, spontané, ou même d’un royalisme d’imagination. Minoritaire mais de plus en plus visible, ce sentiment-là fera fleurir des lys nouveaux et pourquoi pas une monarchie d’un troisième type, ni absolue, ni parlementaire.
Si Charles Maurras a démontré qu’être monarchiste est une question de raison et d’intelligence, ne croyons pas non plus que les néo-royalistes des ronds-points et des réseaux sociaux soient tous exactement maurrassiens. Une parole nouvelle se libère, qui tient d’un royalisme d’instinct, spontané, ou même d’un royalisme d’imagination. Minoritaire mais de plus en plus visible, ce sentiment-là fera fleurir des lys nouveaux et pourquoi pas une monarchie d’un troisième type, ni absolue, ni parlementaire. Une monarchie qui puisera dans l’ordre médiéval – qu’on ne finit pas de redécouvrir – pour sortir définitivement des impasses à la fois centralisatrices et néo-libérales et, espérons-le, de la destruction de l’homme comme de la nature. En somme, le retour du roi comme un retour à la loi naturelle, comme un retour au réel. Le roi, c’est le réel augmenté.
Bertrand Lacarelle
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