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Bien malin qui peut prédire le résultat de la municipale de Nancy. Macronisé jusqu’à l’os, le maire sortant, Laurent Hénart, voit se constituer avec inquiétude une liste de droite plurielle. Qui peut créer la surprise ou favoriser la gauche, ce sera selon…
« Je peux vous garantir que la liste Unis pour Nancy est marquée à droite, avec la moitié de programme solidaire ». Dixit Franck Antoine, impliqué, dès l’origine, dans le mouvement des Gilets jaunes, et aujourd’hui membre du comité de pilotage de cette liste qui part à l’assaut de la mairie de Nancy. Il représente le collectif Y’en a marre (« un composé, expliquait-il sur Radio Lorraine enragée, de toutes les communautés de Nancy : black-blanc-beur, chinois, tout ce que vous voulez ») qui « milite essentiellement pour le développement durable, l’écologie et l’économie solidaire » ; « En cas de guerre, la mondialisation nous baisera. Il faut fabriquer et manger local, créer des fermes de centre-ville, mettre des arbres de subsistance dans la ville au lieu d’arbres d’ornement, etc. »
Et puis, avec Patricia Melet, membre de LR, à moins qu’elle n’en ait été exclue depuis que cet article a été écrit, il y a aussi Pierre de Saulieu, issu de Sens commun, et, jusqu’à l’été dernier, délégué aux écoles auprès du maire de Nancy, Laurent Hénart.
Franck Antoine ne se trompe pas : la liste conduite par Patricia Melet est bien de droite. Une droite plurielle en quelque sorte, tant les profils sont variés. Il y a Laurent Hennequin, chef du service de radiologie d’un CHR et délégué départemental de Meurthe-et-Moselle du Parti chrétien-démocrate (PCD) : en 2014, la liste Nancy Ville humaine, sur laquelle il figurait, avait recueilli 4 % des voix. Il y a Philippe Schneider, le responsable de la Lorraine royaliste. Il y a Pierre-Jean L’Huillier, de Debout la France. Il y a Massimo Nespolo, il professore Nespolo, un professeur de faculté qui plaide pour l’alimentation végétarienne et aime à citer cette phrase, qu’il dit issue d’un papyrus égyptien, mais on n’est pas obligé de le croire : « Un quart de ce qu’on mange nous maintient en vie, les trois autres quarts maintiennent en vie les médecins ».
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Et puis, avec Patricia Melet, membre de LR, à moins qu’elle n’en ait été exclue depuis que cet article a été écrit, il y a aussi Pierre de Saulieu, issu de Sens commun, et, jusqu’à l’été dernier, délégué aux écoles auprès du maire de Nancy, Laurent Hénart. Jusqu’à l’été parce qu’à la veille du 15 août, il a sauté. Depuis l’Italie où il se trouvait en villégiature, Hénart l’a viré : les réseaux sociaux ne connaissant pas les frontières, il avait découvert que Saulieu s’y trouvait lynché pour un tweet pro-famille. Un tweet anti-PMA. Il aurait pu le défendre, il a préféré lui tirer une balle. Au nom de la « haine de l’homophobie et de toutes les haines ». Avec l’aval de son adjointe, l’ex-député UMP et ex-porte-parole de LR Valérie Debord.
Au point d’être officiellement soutenu par La République en marche. « Il est hors de question que nous suivions cette dérive, commente Patricia Melet, c’est pourquoi nous proposons une autre alliance, celle du peuple de Nancy ».
Si Patricia Melet mène cette liste contre Laurent Hénart, qu’elle avait pourtant soutenu en 2014 lorsqu’il fut élu sous la triple étiquette UMP-UDI-MoDem – cherchez l’erreur – avec près de 53 % des voix contre le socialiste Mathieu Klein, c’est que monsieur le maire de cette ville de plus de 100 000 habitants s’est macronisé à vive allure. Au point d’être officiellement soutenu par La République en marche. « Il est hors de question que nous suivions cette dérive, commente Patricia Melet, c’est pourquoi nous proposons une autre alliance, celle du peuple de Nancy ».
« Vouloir se cantonner aux partis politiques est un combat d’arrière-garde. Désormais, ce sont les idées et les valeurs qui comptent ». Lesquelles ? « Patriotisme, humanisme, mais surtout le bien commun »
La « dérive » ne date pas du communiqué de soutien d’En Marche, en novembre, mais au moins du printemps précédent. Aux européennes déjà, Hénart, qui ne portait l’étiquette UMP que quand ça l’arrangeait, avait fait alliance avec LREM au nom du microscopique parti qu’il préside, le MRSL. Quoi c’est que ça ? Le Mouvement radical social-libéral, né fin 2017 d’une brève alliance entre le Parti radical de gauche, qui s’est tiré depuis, et le Parti radical tout court, celui que l’on appelle valoisien et qui fut longtemps présidé par André Rossinot, le prédécesseur de Laurent Hénart à la mairie de Nancy !
Bref, Laurent Hénart n’a jamais été de droite, mais, comme il a été élu face à la gauche, d’aucuns s’y étaient mépris. Pierre de Saulieu nous assure en tout cas qu’il est sûr d’une chose : « Vouloir se cantonner aux partis politiques est un combat d’arrière-garde. Désormais, ce sont les idées et les valeurs qui comptent ». Lesquelles ? « Patriotisme, humanisme, mais surtout le bien commun ». Et l’anti-macronisme, ainsi que nous le confie en un français chantant Massimo Nespolo, évoquant son cas personnel : « En 2012, j’étais désespéré. En 2017, ce désespoir s’est transformé en colère. En 2020, je sublime cela par l’action politique ».
Patricia Melet l’a dit à la presse locale : « On s’inquiétait que LR ne présente pas de liste à Nancy. Ce que le parti ne fera pas. Le président de la fédération départementale des Républicains Eric Pensalfini a dit qu’il ne voyait pas d’inconvénient à notre liste. Elle sera vraiment de droite ! Je suis LR, de droite, conservatrice, la vraie droite ! »
Le duel annoncé entre Laurent Hénart et Mathieu Klein, qui entend prendre sa revanche, pourrait-il être troublé par la liste Unis pour Nancy, qui va forcément piocher des électeurs chez ceux du maire sortant ? Et la municipale nancéenne pourrait-elle se transformer en référendum pour ou contre Macron ? Pas sûr que ce soit de l’intérêt des trublions : au second tour de 2017, Emmanuel Macron a obtenu à Nancy le score faramineux de 81,35 % des suffrages ! Sur la base des résultats du premier tour, c’est bien l’électorat de droite qu’il faut aller chercher, celui qui avait placé François Fillon en deuxième position avec 22,80 % des voix (un peu moins pour Mélenchon et la moitié seulement pour Marine Le Pen, talonnée par Benoît Hamon !). Patricia Melet l’a dit à la presse locale : « On s’inquiétait que LR ne présente pas de liste à Nancy. Ce que le parti ne fera pas. Le président de la fédération départementale des Républicains Eric Pensalfini a dit qu’il ne voyait pas d’inconvénient à notre liste. Elle sera vraiment de droite ! Je suis LR, de droite, conservatrice, la vraie droite ! »
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Alors Unis pour Nancy décline, déroule, propage un programme sereinement de droite. D’une droite traditionnelle, c’est-à-dire sociale. « Sans l’entraide, nous ne sommes rien », nous répète Massimo Nespolo, insistant lui aussi sur le « bien commun ». Et, assure il professore, qui est le coordinateur de la campagne, « nous serons uniquement au service des Nancéens ». Sous-entendu : pas question de se servir, une fois de plus, de Nancy comme tremplin pour assouvir de plus hautes ambitions, comme l’avaient fait André Rossinot, plusieurs fois ministre, et Laurent Hénart, secrétaire d’État sous Raffarin, et qui, à 51 ans, a tout son avenir ministériel devant lui…
Le programme d’Unis pour Nancy montre qu’ils ne partent pas en campagne seulement pour témoigner, mais en ayant travaillé chaque dossier (Voir le programme sur www.unispournancy.fr) et avec la ferme volonté d’accéder aux affaires. Assistés d’experts, comme celui qui a élaboré le volet des transports. Lequel s’articule autour du rejet du nouveau projet de tram, également contesté par les écologistes, au profit de trolleybus bi-articulés de grande dimension comme il en existe à Berne, en Suisse, ou à Linz, en Autriche. Un sujet majeur pour les Nancéens après le fiasco de l’actuel tramway sur pneus de Bombardier, qui a dû être retiré du catalogue de la société canadienne et doit l’être des rues de Nancy.
Parce qu’attraper le suspect grâce aux caméras, c’est bien, être là pour l’empêcher d’agir, c’est mieux.
Et puis chaque jour qui passe vient rappeler l’enjeu crucial, vital parfois, de la sécurité. « C’est bien gentil d’avoir des caméras mais si personne n’est là pour regarder les images, cela ne sert à rien ! », s’indigne Massimo Nespolo, qui réclame aussi « une meilleure coordination entre les municipaux et les nationaux » et « plus d’hommes sur le terrain ». Parce qu’attraper le suspect grâce aux caméras, c’est bien, être là pour l’empêcher d’agir, c’est mieux. Mi-janvier, par exemple, un homme a été égorgé. On a pensé à un islamiste. Erreur : ce n’était qu’un léger différend entre toxicomanes. Avec deux particularités tout de même : le crime a eu lieu devant la Maison des addictions, et le tueur (présumé, hein), âgé de 40 ans, avait déjà été condamné pas moins de trente-sept fois depuis 1997 ! Principalement pour trafic de stupéfiants mais aussi sept fois… pour violence avec arme !
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Et le Rassemblement national, au fait ? Le conseiller régional du Grand-Est Grégoire Eury s’est déclaré, rendant nul et non avenu l’accord qui avait été trouvé entre Unis pour Nancy et le responsable local du RN. « Enfin, s’il arrive à constituer sa liste… Pour le moment, il n’a donné aucun nom et il en faut cinquante-cinq », raille-t-on du côté d’Unis pour Nancy, où l’on reste tout de même ouvert à toute discussion, surtout avec un Nancéen qui est réputé avoir des idées proches de celles de Philippe de Villiers, « mais à condition que ce ne soit pas “Unis pour Marine” on sait comment fonctionne ce parti… ».
Avec le maire sortant et son challenger socialiste, s’achemine t-on vers un second tour à cinq listes ? À quatre « seulement », ça deviendrait très intéressant…
Patricia Melet vise le second tour, soit plus de 10 % des suffrages. Grégoire Eury aussi. Après les habituels déchirements et forts du vent national, les écologistes y vont également. Avec le maire sortant et son challenger socialiste, s’achemine t-on vers un second tour à cinq listes ? À quatre « seulement », ça deviendrait très intéressant…
Blanche Sanlehenne
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