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Louis Aliot en est convaincu : cette fois, ça va être la bonne. Le « système Alduy », poursuivi par un Pujol au bout du rouleau, va s’effondrer. Soixante ans que ça dure, les Perpignanais vont balayer ça, et il va enfin emporter la mairie. Peut-être. Peut-être pas. Car l’électorat a beaucoup changé durant tout ce temps…
A l’approche du scrutin, la pression est sur les épaules de Louis Aliot. Qu’il emporte la mairie de Perpignan le mois prochain et les élections municipales seront présentées comme un indéniable succès pour le Rassemblement national, occultant le score national que réalisera le RN et qui sera forcément faible en raison de son incapacité à être présent dans toutes les villes de plus de 9 000 habitants, les seules qui seront comptabilisées. Hormis Toulon en 1995, jamais le parti lepéniste n’est parvenu à conquérir une ville de plus de 100 000 habitants. Or cette fois, il en est une qui peut « tomber », et c’est Perpignan.
Qu’importe qu’ici, les sondages se soient souvent trompés, qu’importe qu’ils fassent état d’intentions de vote dans des configurations qui ne passeront pas le soir du premier tour, la lecture qui en est faite est unanime : il peut gagner !
Sur quoi se base-t-on pour affirmer cela ? Comme d’habitude, sur les sondages, lesquels voient « l’avenir en grand » pour celui qui, sur ses affiches, promet « l’avenir en grand » pour Perpignan. Qu’importe qu’ici, les sondages se soient souvent trompés, qu’importe qu’ils fassent état d’intentions de vote dans des configurations qui ne passeront pas le soir du premier tour, la lecture qui en est faite est unanime : il peut gagner ! D’où une floraison d’articles alarmistes comme celui, au demeurant d’excellente facture, de Maxence Lambrecq sur le site de France Inter : « Municipales : voici pourquoi Perpignan risque de basculer au RN ».
En 2014, sa liste « Perpignan ensemble » avait recueilli 34,19 % des suffrages ! Il est donné huit points en dessous et pourtant, il « risque » de prendre la ville ? Mais par quel miracle ?
Que disent au juste les sondages ? Que ça ne fait pas un pli : Louis Aliot va sortir en tête du premier tour avec une avance confortable sur l’ensemble de ses rivaux, puis, au second tour, que ce soit en triangulaire ou en quadrangulaire, il l’emportera. La dernière mesure de la crue dans le cadre de cette « Alerte rouge », réalisée par l’Ifop pour La Semaine du Roussillon et Sud Radio, crédite la liste qu’il conduit de… 26 % des suffrages au premier tour. Seulement ? Oui, seulement. En 2014, sa liste « Perpignan ensemble » avait recueilli 34,19 % des suffrages ! Il est donné huit points en dessous et pourtant, il « risque » de prendre la ville ? Mais par quel miracle ?
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Par la grâce de l’émiettement de l’offre politique concurrente et de l’usure du pouvoir en place. Jean-Marc Pujol, le maire sortant (LR), continuateur de la dynastie Alduy qui a dirigé la ville de 1959 à 2009, avait obtenu 30 % des voix au premier tour de 2014 avant de l’emporter au second dans un duel avec Louis Aliot : il ne recueillerait plus l’assentiment que de 18 % des électeurs ! Dans une amusante infographie, le quotidien régional L’Indépendant trouve pourtant 45 % des suffrages pour le « bloc de droite ». Les 18 % de Pujol, plus ? Plus trois listes divers droite, plus la liste conduite par Romain Grau, ex-premier adjoint aux finances de Pujol, devenu député LREM de la première circonscription des Pyrénées-Orientales ! Pour le candidat du chef de l’Etat, qui serait donc un homme de droite : 14 %.
Car ça bouge dans tous les sens dans cette ville fortement ancrée à droite, au point que Le Monde a pu écrire, sous la plume d’Abel Mestre : « Le scénario paraissait improbable il y a encore quelques mois. Et si une liste de gauche, écologiste, gagnait à Perpignan ? »
Cette petite comptabilité et cet étonnant placement de Grau dans le « bloc de droite » ne sont pas qu’anecdotiques. Même si la liste de Louis Aliot n’est pas dûment estampillée RN, ce qui a fait couler beaucoup d’encre (comme s’il se trouvait un seul Perpignanais pour ignorer que l’ancien compagnon de Marine Le Pen et député de la 2e circonscription des « P.-O. » est un des plus importants cadres du parti lepéniste), tout pronostic concernant le second tour est à l’heure actuelle nul et non avenu, tant l’hypothèse d’une quadrangulaire est exclue et celle d’une triangulaire pas impossible mais pas non plus certaine.
Car ça bouge dans tous les sens dans cette ville fortement ancrée à droite, au point que Le Monde a pu écrire, sous la plume d’Abel Mestre : « Le scénario paraissait improbable il y a encore quelques mois. Et si une liste de gauche, écologiste, gagnait à Perpignan ? » Tu t’es vu quand t’as bu ? serait-on tenté de lui répondre, avant de s’apercevoir qu’en effet, hormis Aliot qui semble solidement arrimé à la première place, tous les autres candidats se situent dans un mouchoir de poche et que le premier tour sera crucial pour déterminer qui sera en droit d’exiger de ses concurrents qu’ils se rallient à son panache « antifasciste » pour le laisser affronter, seul, l’ancien secrétaire général du Front national.
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Or entre Pujol, Grau et les deux candidats de gauche, c’est parti pour se jouer à rien. À celui qui commettra le faux pas qui lui sera fatal ou à celui qui bénéficiera d’un effet de mode national. À 15,01 %, t’es en finale ! À 14,99 %, tu pleures ta mère… Or à gauche, on grappille des voix. Tout particulièrement la vice-présidente de la région Occitanie Agnès Langevine, à la tête d’une liste Europe Ecologie alliée au Parti socialiste et bénéficiant du soutien d’une partie de La France insoumise. Au dernier pointage, elle était à 14,5 %. Avec sur ses talons, un point derrière, Caroline Forgues, au nom, elle aussi, des Insoumis, du Parti communiste, et, bien sûr, à la tête d’une « liste citoyenne ».
Prendre Perpignan à l’issue d’un affrontement victorieux avec le « national-populisme » ne rebattrait-il pas les cartes du scénario… de la présidentielle de 2022 ?
Vous voyez venir le truc ? Louis Aliot, lui, le voit très bien : « Je m’attends à un duel, a-t-il déclaré. Tout ce beau monde se réunira pour sauver le système. » En éléments de langage politiques usuels, Pujol, Grau et Langevine ont d’ailleurs déjà dit que, dans l’entre-deux-tours, ils « prendront leurs responsabilités ». Comme l’avait fait la liste socialo-communiste en 2014 en se retirant au profit de Jean-Marc Pujol pour faire barrage à Aliot, alors qu’elle se trouvait en capacité de se maintenir. Yannick Jadot, dopé par les sondages et par le score obtenu par la liste écolo qu’il conduisait aux élections européennes, voit très bien le truc lui aussi. Prendre Perpignan à l’issue d’un affrontement victorieux avec le « national-populisme » ne rebattrait-il pas les cartes du scénario… de la présidentielle de 2022 ?
À la même époque, Hélène Bekmezian écrivait dans Le Monde : « Commerces abandonnés, immeubles au bord de l’effondrement et sentiment d’insécurité (sic) sont devenus une préoccupation majeure [dans la cité catalane], et du pain bénit pour le Front national »
Mais voilà : Perpignan est une ville de droite et rares sont ceux qui croient sérieusement à son basculement. « Ce sera très difficile de gagner face au RN », estime le chercheur Nicolas Lebourg, excellent connaisseur de l’« extrême droite », qui se trouve être un régional de l’étape. En 2014, avec le politologue Jérôme Fourquet et le géographe Sylvain Manternach, Nicolas Lebourg avait publié une passionnante étude éditée par la Fondation Jean-Jaurès, dont le titre laissait peu de doutes sur la possibilité qu’un jour, la préfecture des Pyrénées-Orientales soit conquise par Louis Aliot : Perpignan, une ville avant le Front national. À la même époque, Hélène Bekmezian écrivait dans Le Monde : « Commerces abandonnés, immeubles au bord de l’effondrement et sentiment d’insécurité (sic) sont devenus une préoccupation majeure [dans la cité catalane], et du pain bénit pour le Front national »
« Avec 15 % de chômeurs, un taux record de pauvreté (30 % des habitants sous le seuil de pauvreté !), des quartiers entiers, comme le Bas-Vernet, vivant au rythme des règlements de compte entre trafiquants, l’immigration qui explose ou encore la gabegie et le clientélisme, l’absence de ligne à grande vitesse pour gagner Montpellier ou Toulouse et j’en passe, comme l’image déplorable qu’à Perpignan alors qu’elle pourrait être aussi courue que les cités renommées de la Côte d’Azur, vous ne croyez pas qu’ils en ont assez ? », poursuit le même.
En six ans, hormis que le FN est devenu RN et que Louis Aliot est le seul à résister dans un paysage politique local en décomposition avancée, rien n’a changé. Alors, pour sa quatrième candidature à la mairie, il mène une liste « d’union locale ». Comme l’a fait Robert Ménard à Béziers, un Ménard qu’il donne volontiers comme modèle, qui est son ami et qui le soutient. S’il peut réussir, pense-t-il, ce n’est qu’en réunissant des personnes « de sensibilités différentes, à condition qu’elles soient ouvertes, tolérantes, démocrates et républicaines ». Pour un peu, il ajouterait « citoyennes » Blague à part, cette fois, c’est sûr, il dispose des réseaux qu’il a pris le temps de cultiver. « Les milieux économiques et même culturels ont compris que Louis Aliot est la planche de salut de la ville et que sinon, Perpignan ne se relèvera jamais », confie l’un de ses proches.
Alors que, selon L’Express, qui en a fait sa couverture, on assiste à « la fin du plafond de verre » qui empêchait jusqu’alors Marine Le Pen d’accéder au pouvoir, Louis Aliot entend bien en faire la démonstration dès cette année.
Et le Perpignanais moyen, il pense la même chose ? « Avec 15 % de chômeurs, un taux record de pauvreté (30 % des habitants sous le seuil de pauvreté !), des quartiers entiers, comme le Bas-Vernet, vivant au rythme des règlements de compte entre trafiquants, l’immigration qui explose ou encore la gabegie et le clientélisme, l’absence de ligne à grande vitesse pour gagner Montpellier ou Toulouse et j’en passe, comme l’image déplorable qu’à Perpignan alors qu’elle pourrait être aussi courue que les cités renommées de la Côte d’Azur, vous ne croyez pas qu’ils en ont assez ? », poursuit le même.
Alors que, selon L’Express, qui en a fait sa couverture, on assiste à « la fin du plafond de verre » qui empêchait jusqu’alors Marine Le Pen d’accéder au pouvoir, Louis Aliot entend bien en faire la démonstration dès cette année. Malgré deux inconnues majeures, au pays de la « fraude à la chaussette » : l’ampleur de la triche électorale… et la simple possibilité de pouvoir encore accéder au pouvoir par la voie des urnes.
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Dans son étude post-électorale de 2014, Nicolas Lebourg notait en effet « l’influence du clivage ethnique » sur le second tour : « Comme dans de nombreuses villes, on constate une remobilisation dans les quartiers à forte proportion de prénoms arabo-musulmans, quartiers qui s’étaient beaucoup abstenus au premier tour. Alors que, en moyenne sur la ville, la participation ne progressait que de 5,8 points, elle gagnait entre 9 et 10 points dans les strates de bureaux comportant le plus fort taux de prénoms originaires des mondes arabo-musulmans. »
Et de souligner que Louis Aliot était « arrivé en tête dans les deux seuls bureaux comptant moins de 2 % de prénoms arabo-musulmans » et qu’il s’était « également imposé dans quatre bureaux ne comptant que de 2 à 7 % de prénoms arabo-musulmans ». En reste-t-il au moins un ?
Jean-Marc Pujol, réélu face à Aliot, « avait obtenu son deuxième meilleur score dans le bureau n° 10, correspondant au quartier gitan de Saint-Jacques (72,4 % des voix), son troisième meilleur score (67,3 %) étant également atteint dans un bureau à forte présence gitane […]. À ce soutien massif de la communauté gitane est venu s’ajouter le soutien de l’électorat lié aux mondes arabo-musulmans, qui démographiquement pèse bien davantage ». Et de souligner que Louis Aliot était « arrivé en tête dans les deux seuls bureaux comptant moins de 2 % de prénoms arabo-musulmans » et qu’il s’était « également imposé dans quatre bureaux ne comptant que de 2 à 7 % de prénoms arabo-musulmans ». En reste-t-il au moins un ?
Bruno Larebière
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