Ça se passe à Londres du 9 au 11 juillet. Living Freedom organise un brain storming de trois jours pour les 18-30 ans sur le sujet des libertés fondamentales, avec conférences, débats, ateliers. Les intervenants sont de haute tenue. Le programme – séminaire et logement compris – coûte 50 livres sterling (60 €). Et les Frenchies sont bienvenus !
Depuis vingt ans, l’Académie des Idées (Academy of Ideas) s’occupe de booster le débat public avec, comme point d’orgue annuel, la Bataille des Idées (Battle of Ideas). Ce forum géant, orchestré chaque automne, présente une centaine de panels chargés d’explorer les controverses contemporaines. Ce festival déborde d’idées. En fin de journée, l’affaire se poursuit dans les superbes pubs aux parquets poisseux, les pintes s’entrechoquent et les conversations explosent le niveau sonore, dans la plus robuste tradition british.
La liberté d’expression étant dans une mauvaise passe, pour ne pas dire en soins intensifs, l’Académie des Idées a lancé Living Freedom, sa branche chargée de promouvoir toutes sortes de programmes à l’usage de jeunes anticonformistes désireux de penser par eux-mêmes. C’est dans ce cadre que s’inscrit cette session d’été. D’une trentaine de participants au départ, elle atteint maintenant un auditoire de 80 personnes. J’avais été jeter un œil à cette Summer School, en observatrice, en 2022. La qualité des intervenants combinée avec une atmosphère ultra-détendue, m’avait fait excellente impression. Une sincère ouverture d’esprit semblait animer les recrues venues de tous horizons, étudiants pour certains, engagés dans un début de carrière pour d’autres. Moyenne d’âge 23 ans. On voyait des piercings, des allures plus classiques, des looks provinciaux, des accents gutturaux qui trahissaient quelques nationalités étrangères, des loyautés intellectuelles diverses. Le pluralisme et l’amitié civique, objectifs déclarés du programme, semblaient atteints dès l’ouverture.
Cette pépinière de libres-penseurs est bienvenue à une époque où les campus universitaires pratiquent la censure à l’appel de bourrins du second cycle qui blackboulent tout propos singulier. On voit se propager l’idée selon laquelle les mots sont aussi dangereux que les coups. Ce qui justifie l’usage de la violence pour faire taire les opinions indésirables. On ne l’a que trop vu ces derniers temps…
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Certes, la liberté d’expression est protégée par un solide arsenal législatif : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, Premier amendement du Bill of Rights de 1791 aux Usa, Human Rights Act de 1998 au Royaume-Uni, Convention européenne des droits de l’homme de 1950, Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 à l’ONU, etc. Mais comme l’exprime le juge américain Billings Learned Hand, « la liberté réside dans les cœurs des hommes et des femmes ; quand elle n’y est plus, aucune constitution, aucune loi, aucune cour ne peut la sauver ; aucune constitution, aucune loi, aucune cour ne peut même rien pour elle ». Privée d’adhésion culturelle, la norme juridique vacille.
D’autant que les États se sont mis en tête de gendarmer l’échange de points de vue et ne se lassent plus de produire d’obscènes législations sur les « discours de haine ». Mieux, les États institutionnalisent la délation. On mandate des sycophantes rebaptisés « signaleurs de confiance » séléctionnés parmi des ONG de parti pris, toutes du même bord politique. Le règlement sur les services numériques (Digital Services Act) en vigueur depuis février 2024 dans l’UE organise la censure des contenus en ligne. La Déclaration sur l’intégrité de l’information relative aux changements climatiques, signée par 13 pays (France, Allemagne, Autriche…) sous la houlette de l’ONU, régente tous propos ayant trait aux thématiques écologistes. Critiquer les politiques vertes ruineuses est illégal. L’ONU utilise, pour désigner ceux qui contreviennent à la doxa, un lexique radical : ennemis, négationnistes… Le Fonds International pour les Médias d’Intérêt Public (IFPIM) régule la vérité. Cette association, hébergée à Paris, a été créée à l’initiative de Reporters sans Frontières (dont la mission est de défendre le pluralisme mais qui se scandalise de l’existence de médias de droite). Belgique et Allemagne sont devenus experts en cordon sanitaire. Au prétexte de contenir les élans populistes et de protéger la démocratie, on fausse le jeu. En double langage, neutraliser la dissidence se dit « démocratie combative » ou encore « pacte d’équité ». Ce vocabulaire ne dit rien de bon.
D’où l’urgence de sensibiliser la jeune classe aux libertés fondamentales, comme aux questions d’éthique. Parmi les intervenants de l’édition 2026 de Living Freedom, citons l’excellent sociologue Frank Furedi, infatigable défenseur de la liberté d’expression, agitateur bruxellois de première catégorie. En plus de mener le combat au cœur de la capitale bureaucratique européenne à la tête du think tank MCC (Mathias Cornivus Collegium Bruxelles), il traque les impostures intellectuelles contemporaines (présentisme, wokisme, palestinisme, décolonialisme) avec brio, essai après essai. Timandra Harkness est, elle, diplômée en mathématiques et philosophie, membre titulaire de la Royal Statistical Society. Elle réfléchit à la relation entre technologie et identité, à la violation de l’intimité, à l’impact des réseaux sociaux sur les relations humaines. Ses conférences sont passionnantes et pleines d’humour. Les autres conférenciers sont issus du milieu de l’art, du business, des médias, de l’université.
Les candidats à la summer school seront sélectionnés sur un document écrit dans lequel il leur est demandé de se présenter, d’exposer leur motivation et de rédiger quelques courts textes à partir d’un questionnaire. Selon vous, quel événement de l’actualité récente illustre les menaces sur la liberté individuelle ? Quel roman ou film recommanderiez-vous sur la question de la liberté ? Quel penseur est le plus pertinent sur ce thème ? Quel doit être le rôle de l’État dans la protection des libertés ? Candidatures closes le mardi 26 mai à 8 heures du matin. Réponse le 2 juin.






