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Université : Les écuries d’Augias

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Publié le

16 février 2021

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Le hashtag #EtudiantsFantômes a explosé sur Twitter pendant plusieurs jours. Témoin de la détresse de dizaines de milliers d’étudiants précarisés, effrayés par l’avenir et dans l’impossibilité de gagner leur vie. Conséquence directe de l’épidémie de Covid, les universités sont fermées
Université

Autre conséquence directe, les bars, restaurants et autres sources de boulots étudiants sont taris. En plus de la menace d’un décrochage universitaire, les futures élites de la nation sont confrontées au loyer impayé et aux difficultés financières. Comble de l’ironie, les annonces du ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal promettant l’ouverture prochaine des TD se sont télescopées avec la menace d’un troisième confinement. Oui, l’épidémie a aggravé l’état des universités.

Oui, l’épidémie de Covid crée une paupérisation sociale, économique et psychologique. Mais est-ce la seule explication ? Le Covid a-t-il été l’instrument ou le révélateur ? La bourrasque ou la pichenette donnée à un cadavre ambulant ? Il suffit pour cela de prendre les chiffres donnés par l’Université Paris 8 : « Environ 30 % des étudiants inscrits en première année de licence à l’université se retrouvent en difficulté dès les premières semaines qui suivent la rentrée, ce qui engendre de leur part un décrochage progressif ». Une situation qui serait provoquée par une multiplicité de facteurs parmi lesquels certes le Covid mais aussi « une mauvaise orientation, un projet mal défini, etc. » Et c’est bien là qu’est l’os. Plus qu’un sésame, l’accès à l’université est devenu un droit tout comme l’obtention du bac. On ne compte plus sur les réseaux sociaux les cris d’alarme de profs apitoyés voire effrayés par le niveau moyen des élèves français. Plus de 61,5 % des étudiants sortant de la filière générale ont poursuivi à l’université (hors IUT) à la rentrée 2015. Un chiffre qui augmente sensiblement d’année en année.

Des élèves mal orientés car poussés par un système égalitariste qui dédaigne les filières professionnelles alors qu’elles constitueraient une voie royale pour des jeunes qui seraient plus aptes à poser des parquets qu’à étudier la philosophie en licence

Le français élémentaire et l’orthographe sont en chute libre. Un article du Monde mettait en lumière une initiative de l’université de Nanterre qui proposait aux élèves ayant échoué à un test basique de connaissance du français des cours de rattrapages. Parmi les étudiants interrogés, Alexis, 17 ans qui « ne comprend pas trop ce qu’il fait là car il a obtenu 10 et 14 au bac de français ». Donc, on peut obtenir le bac de français et échouer à un test dont les questions demandent de savoir placer l’accent sur le a dans une phrase sujet/verbe/complément.

Des élèves mal orientés car poussés par un système égalitariste qui dédaigne les filières professionnelles alors qu’elles constitueraient une voie royale pour des jeunes qui seraient plus aptes à poser des parquets qu’à étudier la philosophie en licence. Rajoutez à cela des filières, au hasard sociologie, LEA ou arts plastiques, qui vous mèneront chez Pole Emploi option blog Mediapart pour occuper les temps libres et vous avez un bon aperçu des failles françaises.

Lire aussi : L’école des ânes

L’université a en fait tourné le dos à la méritocratie pour le nivellement par le bas. Et même là, l’obstacle est trop rude pour des dizaines de milliers d’étudiants qui se trouvent à perdre un an, ou deux, ou trois, à s’acharner à suivre un cursus qu’ils n’auraient jamais dû suivre, quitte à se trouver entraînés dans une spirale d’échecs dont la contestation sociale serait devenue une échappatoire momentanée.

Étudiants fantômes car hantant des universités à l’abandon, tel le premier manoir hanté d’un film d’horreur de série B : le pire dans tout cela étant qu’ils sont des milliers à se heurter à la violence de l’échec qu’ils n’auraient jamais connu si l’université n’avait pas été un vague droit biberonné à l’égalitarisme médiocre mais bien une orientation parmi d’autres. Mais ici-bas, il est devenu plus gratifiant de tripler sa L1 de socio que de devenir meilleur ouvrier de France.

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