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Valérie Delahaye : la mère agitée

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Publié le

25 avril 2018

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Mere agitee © Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

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Cuisinière truculente, installée à deux pas de Montparnasse, Valérie Delahaye a eu plusieurs vies avant de se lancer dans la restauration.

 

Sur le comptoir encombré, les rangées de livres résistent à la submersion des photos et souvenirs. On y trouve pêle-mêle Éric Brunet, un manuel de pâtisserie, Jacques Perret, Pierre Dac, Serge de Beketch et le Grand dictionnaire de Cuisine d’Alexandre Dumas, la bible de la patronne : « Si on le faisait lire à un diététicien, il irait se pendre. Mais il y a des idées! » Cette bibliothèque éclectique est à l’image du parcours de sa propriétaire. Après deux ans d’ennui mortel en Droit à la faculté de Caen où son père l’avait envoyée, Valérie Delahaye gagne finalement Paris pour intégrer une école de journalisme. Comme sa famille lui coupe alors les vivres, l’étudiante se fait jeune fille au pair chez Paul Wermus, journaliste à RTL. Et c’est ainsi qu’elle se retrouve, en 1977, à « trier les premières questions des Grosses Têtes ». Ce fut aussi l’occasion pour elle de travailler brièvement avec Philippe Bouvard à Antenne 2.

Comme sa famille lui coupe alors les vivres, l’étudiante se fait jeune fille au pair chez Paul Wermus, journaliste à RTL

En 1978, elle fait un passage au Figaro, qui vient de créer son magazine sous l’impulsion de Louis Pauwels. Mais quatre ans plus tard, la jeune journaliste se lance en politique. « À l’époque j’étais jeune giscardienne. J’ai fait sa campagne en 81. Ensuite j’ai travaillé avec une juppéette, Christine Chauvet ». Puis elle rejoint le FN. « Comme je connaissais Le Gallou, il m’a branché avec Marie-Caroline Le Pen. Mais je me suis dit que travailler avec la fille du chef, c’était impossible. Alors j’ai fait la campagne de Bruno Mégret, avec qui j’ai travaillé pendant deux ans pour la campagne de Jean-Marie en 1988 »Quand on l’interroge sur ces revirements, elle répond, très à l’aise : « Je n’ai pas l’impression d’avoir changé. Ce sont les giscardiens qui se sont gauchisés, et c’est le Front qui a changé ».

 

Le basculement hors de la politique va se produire après la scission de 1999, lorsqu’elle se retrouve plus ou moins abandonnée par Bruno Mégret. De retour chez ses parents, sa mère la pousse à aller visiter un restaurant à vendre à la sortie de Lisieux, Chez Rose. « Rose, la patronne, était royaliste. Elle avait un caractère de cochon et je me suis dit que, vu mon caractère, la clientèle ne serait pas dépaysée si je prenais sa succession ». Un oncle avisé la dissuade de se lancer dans cette entreprise périlleuse, pour autant, elle ne renonce pas à la restauration. Pendant ses années dans le milieu national, elle a beaucoup fréquenté un restaurant nommé Le Père Tranquille, sis alors rue du Maine. Elle demande à tout hasard au patron d’en reprendre la gérance. Quelques jours plus tard, à l’enterrement de Jacques Perret, des amis l’abordent : « Alors, comme ça tu reprends Le Père Tranquille au mois de janvier? ». Et c’est comme ça que sur « une parole en l’air » Valérie Delahaye entre en cuisine. Une plaisanterie de Serge de Beketch lui suggérera l’enseigne : « Avec Valérie, ce ne serait plus Le Père Tranquille mais La Mère Agitée »

 

Rose, la patronne, était royaliste. Elle avait un caractère de cochon et je me suis dit que, vu mon caractère, la clientèle ne serait pas dépaysée si je prenais sa succession

 

Sa cuisine traditionnelle, familiale et roborative est très vite appréciée par une clientèle éclectique. Qui se douterait par exemple qu’il existe un lieu où Benoît Hamon peut partager la même chaise que Bernard Lugan ; où des autocollants de la CGT rendent la politesse à ceux de l’Action Française ? Le slogan de la maison est « une cuisine authentique et laïque ». Mais pourquoi laïque ? « L’autre jour un client m’a demandé ce que ça voulait dire : j’ai répondu cochon tous les jours et poisson le vendredi. C’est ça la laïcité européenne! » La patronne a été décorée en 2006 du Mérite agricole pour « service rendus à la cuisine normande »: une récompense pour « sa manie de mettre de la crème dans tous ses plats ». A-t-elle des regrets d’avoir quitté l’escrime politique ? « Non, je m’escrime assez ici! » Au fond, la cuisine gastronomique l’épanouit plus que la tambouille politicarde. Il est presque midi. Une puissante odeur de chocolat émane des fourneaux. La salle frémit d’impatience. La politique du goût peut commencer.

 

 

 

 

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