Skip to content

« Vive le Québec libre ! » : Vous souvenez-vous ?

Par

Publié le

24 juillet 2020

Partage

Il y a cinquante-trois ans jour pour jour, le général de Gaulle prononçait un de ses plus célèbres discours à Montréal. « Vive le Québec libre ! », voilà les mots qui secouèrent alors le monde et qui firent entrer dans l’histoire la cause d’un peuple canadien-français humilié depuis deux cents ans. Notre correspondante québécoise raconte l’événement comme il a été vécu par nos cousins d’outre-Atlantique.
dg

Chaque jour, on apprend que la France est rongée par une autre « incivilité » et que l’insécurité y règne, en ville comme à la campagne. L’État français donne une image d’impuissance au monde entier et semble incapable d’assumer cette souveraineté dont il s’est si longtemps fait l’égérie à la face du monde. Cette époque de superbe n’est pas si éloignée, et les Québécois prennent annuellement le plaisir de le rappeler à leurs cousins d’outre-Atlantique.

« Je me souviens », c’est la devise du Québec. Souvent, il arrive aux Québécois en se grattant la tête de se demander de quoi ils doivent se souvenir, mais il y a un jour qui est fixé dans leur mémoire. Vous souvenez-vous ? C’était le 24 juillet 1967, et ce jour-là cinq millions de Canadiens français avide de retrouver leur panache reçurent dans cette quête un magnifique coup de pouce de l’ancienne mère-patrie. Le Québec ne se permet pas encore de donner des leçons d’indépendance à la France, mais il aime lui rappeler, et se rappeler à lui-même par la même occasion, les deux bonnes doses de moraline et de motivex que lui avait injecté la terre des ancêtres !

D’abord, le Général prépara sa visite avec sa discrétion habituelle : « Il faut que la France, au cœur du Canada français, montre ce qu’elle est capable de faire ». Il avait observé ceux qui résistaient depuis 200 ans en Amérique et, le moment venu, traversa l’océan sur un croiseur au nom lui aussi discret, Le Colbert, pour « faire l’Histoire ». Au matin du 24 juillet 1967, de Gaulle part de Québec vers Montréal en empruntant le Chemin du Roy, cette route de 270km qu’avaient construite les pionniers au XVIIe siècle en l’espoir d’y voir un jour défiler le roi de France.

De Gaulle s’arrête dans plusieurs villes, prenant le pouls de ces Canadiens français qui parlent son langage, celui de l’autodétermination, de l’honneur et de la liberté.

Environ un demi-million de ces fils de Champlain et de la Vérendrye s’étaient mobilisés pour accompagner le Président le long de cette route, pavoisant les abords de drapeaux tricolores et fleurs-de-lysés, criant « Vive de Gaulle ! Vive la France ! » et chantant la Marseillaise. De Gaulle s’arrête dans plusieurs villes, prenant le pouls de ces Canadiens français qui parlent son langage, celui de l’autodétermination, de l’honneur et de la liberté. Mais le général retient encore sa fougue et c’est à Montréal que ça va « barder ».

Il fait face alors à 20 000 âmes qui réclament d’une seule voix « un discours ! Un discours ! » Le gouvernement, pressentant que la suite ne s’annonçait pas très catholique, voulut l’empêcher de parler. Les micros furent cachés, et le Général pourtant myope en repéra un du coin de l’œil ; puis, lors d’un discours qui consola la douleur de l’abandon, il déclama les quatre mots qui firent l’Histoire…

Lire aussi : Le Québec contaminé par Black Lives Matter

Le tonnerre terminé, il fut interpelé par Jean Drapeau, maire de Montréal, qui lui dit: « Vous savez, mon Général, que ‘Vive le Québec libre !’ est un slogan employé par les séparatistes au Québec. » ; et de Gaulle de répondre, avec une perle que les Français feraient bien de retenir : « Mais on s’en fout, Monsieur le Maire. »

On peut le détester, mais malgré tous ses haters, il emportera son panache ainsi que la gratitude des Canadiens français qui, soudainement, se transformèrent en Québécois aux yeux du monde. Le lendemain, la Chine inventa un idéogramme pour identifier ce peuple qui venait de naître. Dans un écho de l’histoire qui tonnait « Le Québec n’est pas seul ! Il n’est pas seul ! Il n’est pas seul ! », la France reconnut aux Québécois une nation, à défaut de pouvoir leur reconnaître un État. Ce n’est que quarante ans plus tard que le gouvernement canadien eut la bonté de décerner au Québec le statut officiel de nation distincte « au sein d’un Canada uni ».

Aujourd’hui, le Québec ne se porte pas trop mal ; révolu est le temps où les Québécois étaient snobés du fait de leur accent ! Ce sont eux qui désormais corrigent les Français, dénoncent leurs anglicismes et mènent les évolutions linguistiques à l’Académie.

La France ne doit pas oublier que d’autres nations se tournent toujours vers elle. Saurait-elle montrer à nouveau l’excellence dont elle est capable ?

Néanmoins, peut-être ressentent-ils un brin de nostalgie pour cette époque où la France se battait un contre cent… « Les grands pays le sont pour l’avoir voulu », vous souvenez-vous ? Les Québécois ne sont pas allés au bout de leur idée, mais en ce jour du 24 juillet 1967 ils tendirent leur volonté vers une certaine idée de la grandeur, la vôtre. La France ne doit pas oublier que d’autres nations se tournent toujours vers elle. Saurait-elle montrer à nouveau l’excellence dont elle est capable ?

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest