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Le Québec contaminé par Black Lives Matter

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Publié le

22 juillet 2020

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Le mouvement Black Lives Matter a traversé les Grands Lacs et essaimé au Québec, où de nombreuses manifestations ont eu lieu après la mort de George Floyd. A la fin du mois de juin, une étape supplémentaire a été atteinte avec le lancement d’une pétition pour débaptiser une station de métro qui portait le nom d’un des pères du nationalisme québécois. Notre correspondante sur place raconte.
QLM

L’influence américaine s’est toujours fait sentir du côté du Québec étant donné la proximité géographique des États-Unis, et les manifestations qui ont suivi la mort de George Floyd n’ont pas fait exception à cette règle en se répandant de notre côté de la frontière. Il eût été mieux de les éviter, puisque l’histoire du Québec n’est pas celle des États-Unis, mais étant donné que les Québécois (et surtout les Montréalais) sont si américanisés et s’entichent de son influence, la chose était inéluctable. Soudainement, ils étaient persuadés de leur culpabilité, fût-elle inconsciente : ils formaient un peuple indéniablement raciste. Il faut préciser cependant que les Québécois n’ont pas l’extrémisme dans l’âme : ils sont dépourvus d’audace révolutionnaire depuis 1838, ainsi il n’est pas (ou n’est plus) dans leur ADN de déboulonner des statues des figures colonialistes de leur histoire.

Par contre, les Québécois aiment bien se chicaner à propos nom d’une station de métro.

La station de métro « Lionel-Groulx » à Montréal a été ces dernières semaines au centre d’une violente polémique, depuis qu’une pétition a été lancée pour que son nom soit changé. Il est vrai que l’abbé Lionel Groulx (1878-1967), un des pères de la nation québécoise, chantre du nationalisme canadien-français et grand adversaire politique des Canadiens anglais, a tout pour déplaire aujourd’hui en la métropole progressiste.

Homme blanc, religieux, traditionaliste, également écrivain d’un des plus célèbres romans de la littérature canadienne-française, L’Appel de la race, il est une cible facile

Homme blanc, religieux, traditionaliste, également écrivain d’un des plus célèbres romans de la littérature canadienne-française, L’Appel de la race, il est une cible facile. La pétition, apparue dans le cadre du mouvement Black Lives Matter, réclame que la station, située dans un quartier majoritairement noir, soit renommée d’après le grand musicien de jazz noir, Oscar Peterson (1925-2007), qui « incarne l’image de la grande métropole vibrante, multiculturelle et ouverte sur le monde que la ville veut projeter ». Le musicien (dont le talent prodigieux est incontestable) déménagea aux États-Unis dès 1949 et termina sa vie à Toronto ; encore reste-t-il pertinemment à confirmer si Peterson s’identifiait lui-même non seulement en tant que Canadian ou Montrealer, mais aussi en tant que Québécois.

La pétition s’inscrit dans une longue histoire (la gauche, fidèle à elle-même, a fait dans le recyclage). Elle rappelle celle de 2008, qui cherchait également à faire renommer la station au profit du nom de Peterson puisque Groulx « était un raciste ». En 1996 aussi, l’organisation juive B’nai Brith s’était acharnée contre lui à cause de son antisémitisme – insignifiant vis-à-vis de l’héritage qu’il légua –, voulant aussi rebaptiser la station de métro. Même si Naveed Hussain, l’auteur de l’actuelle requête, ne cherche pas pour autant à « minimiser l’impact qu’a eu Lionel Groulx », on se demande pourquoi il ne suggérerait pas plutôt qu’un nouveau monument ou même une nouvelle station de métro soit nommé en l’honneur de Peterson. Que les conservateurs se rassurent : il est fort improbable que le changement de nom ait lieu, d’abord parce que la station de métro est nommée d’après l’avenue Lionel-Groulx située non loin de là, et parce que la Société des Transports de Montréal avait imposé un moratoire sur les changements de noms en 2006.

Lire aussi : La fin d’Orania, le dernier bastion blanc d’Afrique du Sud ?

Mais la faveur qu’accorde la pétition au remplacement n’y est pas « par hasard », et tout le mouvement soi-disant antiraciste qui l’encadre, dont les manifestations persistent encore dans la métropole, promeut la table rase. Les Québécois, étant moins obsédés que les Français par la transmission de la mémoire collective, ont la mémoire plus courte : ils oublient qu’il n’y a pas encore 100 ans, ils subissaient eux un véritable système discriminatoire, institutionnalisé par le colonisateur britannique et canadien anglais les empêchant d’accéder à certains emplois, de travailler dans leur langue (il fallait plutôt « speak white »), les reléguant soit au rôle du paysan attardé soit à celui d’ouvrier misérable.

L’homo quebecus est oublieux, mais il n’est pas dupe : peut-on nier que la mémoire collective passe indéniablement par la toponymie ? Effacer le nom de cette station de métro, c’est éliminer une autre part de leur histoire dans le langage courant, dans la conversation de tous les jours, dans le paysage accessible à Monsieur et Madame tout le monde, pour le réserver aux causeries des spécialistes.

Effacer le nom de cette station de métro, c’est éliminer une autre part de leur histoire dans le langage courant, dans la conversation de tous les jours, dans le paysage accessible à Monsieur et Madame tout le monde

Lionel Groulx en savait quelque chose : pour libérer les Canadiens français du complexe d’infériorité dans lequel ils avaient été confinés par un gouvernement véritablement discriminatoire, il lutta pour conserver une toponymie francophone que les Anglais avaient cherché à supprimer.

Comme le progrès ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît, qu’est-ce qui empêcherait d’autres bienpensants de réclamer qu’on renomme l’avenue Lionel-Groulx, située tout près du métro ? Le pont Jacques Cartier ? Le marché Jean-Talon ? La rue Napoléon ? La rue Louis XIV ? L’antiracisme en délire ne connaît pas de limites. Certes, cet épisode anecdotique passera, mais il est symptomatique d’un Québec, celui en particulier de la métropole montréalaise, véritable État dans l’État, qui ne cesse de trahir sa Terre et ses Morts.

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