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Reportage en Israël : voyage au bout de l’enfer

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Publié le

7 novembre 2023

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Alors que l’armée israélienne intensifiait ses bombardements sur le nord de la bande de Gaza en prévision d’un assaut au sol, nous avons pu retourner à Ashkelon, Sderot et Ofakim avant l’ordre d’évacuation, sur les pas des hordes du Hamas qui ont massacré des centaines d’innocents surpris en plein Shabbat. Entre haine et colère froide, les témoignages des survivants sont aussi un déchirant cri d’alarme.
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Un véritable carnage ! On pataugeait dans des mares de sang, devant des dizaines de parents en pleurs, qui débarquaient en brandissant photos et objets personnels, ignorant si leur gamin ou leur mère était aux urgences, à la morgue ou kidnappé, tandis qu’on faisait le tri entre les vivants et les morts, entassés derrière un bureau faute de casiers libres dans la chambre froide… » Celui qui se confie n’est pas n’importe qui. Président du département orthopédique du Barzilai hospital d’Ashkelon, au sud d’Israël, le professeur Debbi Ronen en a vu dans sa vie de doyen des chirurgiens. Surtout à 20 km de la ligne verte, d’où sont partis les roquettes et les commandos du Hamas, escortés par les tueurs du Jihad islamique, ce tragique 7 octobre 2023, 50 ans presque jour pour jour après l’anniversaire de la guerre du Kippour.

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Il a tenu à nous recevoir dans cette trauma room étrangement calme, cœur battant du service d’urgence où il a vécu l’enfer pour sauver les rescapés du massacre. « Plaies ouvertes, fractures, hémorragies… À midi, nous étions à court de fil de suture ! » À ses côtés, un jeune médecin-résident au département de chirurgie orthopédique. À eux deux, ils ont vu passer plusieurs dizaines de blessés en urgence absolue. « J’ai même dû quitter l’hôpital, soupire le Dr Tomen, pour aller lire le Kaddish [la prière des morts dans la tradition juive – ndlr] à un enfant de 5 ans dont les parents avaient été mitraillés dans leur maison. Welcome to hell ! Un événement pareil, ça vous transforme à jamais… »

Ce n’est pas le Dr Lubovsky, chef du département, qui dira le contraire. Pourtant, il n’en est pas non plus à sa première alerte. Il a dormi dix jours dans son bureau pour suivre ses patients et éviter les roquettes. « 1 500 fusées ont visé Ashkelon avant l’assaut du Hamas, rappelle-t-il. Quand le Grad a touché l’hôpital, un shrapnel est entré par ma fenêtre et s’est planté dans le mur… » Seul avec des blessés mal en point, le médecin n’avait même plus le temps de procéder aux évaluations. « Il fallait ouvrir les garrots “tourniquets” pour sauver les soldats avec des fractures ouvertes. Ça giclait jusqu’au plafond. Ces gars étaient des vrais héros. J’ai dû en soigner certains sans pain killer faute de produits. Ils ne bronchaient pas… »

L’odeur de la mort imprègne la maison des retraités pris en otages à Ofakim, sur la route du sud, par les commandos du Hamas. Les chahids du Jihad islamique les auraient exécutés. Une unité du contre-terrorisme du Yamam finira par les sauver et tuer les cinq terroristes.

Ébranlé par une telle barbarie, il reconnait que son passé militaire l’a aidé à gérer l’impensable : « J’ai passé cinq ans dans une unité d’élite de l’Armée de l’air. Nous étions First responders dans les tueries de masse ; mais nos drills à l’hôpital Adassa de Jérusalem sont réalisés après des attaques suicides à l’explosif avec une vingtaine de victimes… »

Un médecin israélien arabe devait nous dire sa vérité face caméra sur ce massacre qui entame forcément la confiance des Israéliens envers leurs voisins palestiniens. Mais les gros bras du service de sécurité de Barzilai hospital ont prétexté nous avoir vu prendre des photos à l’intérieur de l’établissement pour nous mettre dehors manu militari. L’attachée de presse, qui avait organisé les rencontres avec les autres médecins, s’est excusée mollement. Mieux vaut sans doute parler de ces jumeaux sous couveuse venus du kibboutz de Netiv HaAsara et qu’on a beaucoup vu sur les chaînes d’info…

Un médecin israélien arabe devait nous dire sa vérité face caméra sur ce massacre qui entame forcément la confiance des Israéliens envers leurs voisins palestiniens.

Amir (nom d’emprunt) nous avouera être un enfant de la paix. Diplômé de l’université de Karachi (Pakistan), il est venu officier en Israël suite aux accords d’Oslo. Il habite l’hôpital après avoir été expulsé de sa maison qui jouxte Gaza. Ses collègues l’apprécient et ses patients respectent ce praticien jovial et dévoué qui n’a pas hésité à partager des photos sur Facebook avec ses collègues juifs. Depuis, il est menacé de mort par le Hamas qui a mis un contrat sur sa tête : s’il retourne à Ramallah où vit sa famille, il sera exécuté pour « collaboration avec l’ennemi sioniste ». « Sans passeport israélien, je n’ai nulle part où aller. Avec le drame du 7 octobre, ma situation ne risque pas de s’arranger… »

Laissant nos urgentistes d’Ashkelon à leurs patients, dans une ville morte qui comptait 150 000 habitants et en a perdu les deux tiers, nous prenons la route de Sdérot, qui borde la bande de Gaza. Nous sommes cette fois à deux kilomètres de la ligne verte, qui marque depuis 1949 l’entrée du sanctuaire palestinien où le Hamas règne désormais en maître.

Omri est un ancien officier des forces spéciales, habitué des coups tordus chez l’ennemi. L’assaut des Palestiniens l’a surpris. Ses frères d’armes ont remarqué la détermination de ces unités très bien renseignées et entrainées. Le Mossad voit la main de l’Iran derrière cette expédition.

En chemin, aux abords de Zikim, où une poignée d’hommes du Hamas ont assiégé par la mer la base de Bahad 4 mais ont échoué devant le kibboutz qui s’est défendu, nous découvrons un champ de manœuvre noyé dans la poussière levée par des escadrons de chars, des engins chenillés et des canons autoporteurs prêts à fondre sur Gaza.

Impossible de poursuivre vers le sud; on repique vers le kibboutz de Gvar’am où nous attend un volontaire que l’incursion du Hamas n’inquiète guère : « Vivre en kibboutz, s’exclame Gil, son M16 en bandoulière pendu dans le dos, c’est partager et fêter en famille dans une communauté unie où les enfants sont en liberté… J’y vis depuis 1977 et mes parents avant moi ; j’adore cette vie. Jamais un Palestinien ne m’en chassera ! L’armée nous protège et comme à Zikim, nous sommes prêts à nous défendre… Il est temps d’éliminer ces barbares à Gaza ! Et tant pis pour les victimes collatérales de l’autre côté ! À la guerre comme à la guerre : c’est aussi pour vous, les Européens, qu’on se bat ; si on ne les tue pas, ils vous tueront ! »

En chemin vers Sderot, l’affaire de la frontière éventrée sans résistance s’invite à chaque check-point. Difficile de la manquer quand on s’en rapproche, puisqu’elle est surmontée d’un épais mur de béton de 8 mètres de haut sur 65 km de long, tendu jusqu’à la mer avec des systèmes d’armes télécommandées aux abords côtiers. « Projet technologiquement avancé et innovant (qui) donnera aux citoyens israéliens un sentiment de sécurité », promettait le ministre de la Défense de l’époque Benny Gantz.

Ici, le sujet est très sensible. L’image de la suprématie de la start-up nation a pâli. Mais pas question d’égratigner l’unité nationale à la veille d’une bataille décisive… Un agent de sécurité du kibboutz s’étonne : « L’affront du Hamas, qui s’est invité en Israël en défonçant un grillage réputé infranchissable à coups de bulldozer et d’explosifs, laissant passer 400 soldats en plusieurs endroits qui ont envahi six bases militaires, sans aucune réaction des services de sécurité pendant plusieurs heures, pose question. » Des fautes ont été commises, insiste-t-il, rappelant que Golda Meir, accusée d’imprévoyance après la guerre du Kippour, avait démissionné en son temps. « Netanyahu serait bien inspiré d’en faire autant pour avoir cédé aux ultra-religieux des colonies qui le tiennent par les “corones”… »

Difficile de la manquer quand on s’en rapproche, puisqu’elle est surmontée d’un épais mur de béton de 8 mètres de haut sur 65 km de long, tendu jusqu’à la mer avec des systèmes d’armes télécommandées aux abords côtiers.

Une fusée siffle au-dessus de nos têtes à l’entrée de Sdérot qui a perdu 90 % de ses 30000 habitants. Tout le monde court s’abriter dans un shelter planté sur le terre-plein central. Le caméraman d’une chaîne indienne est déjà là, empêtré dans ses câbles. La tension est palpable dans les rues désertes
de cette cité exposée aux tirs du Hamas et aux balles des snipers du Jihad islamique ; plusieurs carcasses de voitures calcinées rappellent l’assaut sanguinaire du 7 octobre. Deux bougies décorent le capot d’une berline devant la pharmacie, hommage aux victimes par les gens du quartier.

Un supermarché reste ouvert pour les résistants. Entre deux détonations du dôme de fer, le patron se lamente en sirotant un Coca. Ici, pas de sirène, les alertes parlent : « Code rouge, code rouge… » Traduction : on a 15 secondes pour trouver un abri sous peine d’être fauché par des éclats. Trois soldats en tenue de combat montent la garde. Un agent de protection surarmé leur fait face. Il attend les terroristes de pied ferme : « Vous feriez bien d’en faire autant… »

« On a tous des amis et des parents tués ou enlevés, déplore Omri, qui habite près de Netivot. J’étais aux funérailles d’un ami hier. Ça ne peut plus continuer. 203 otages se morfondent dans les tunnels de Gaza… » Le même jour, on apprend qu’une autre femme policière vient d’être identifiée parmi les victimes. « Elle tentait de venir au secours de civils attaqués par les terroristes qui ont surgi dans les maisons pour enlever les survivants et leurs gamins… »

Déjà 1500 gosses tués à Gaza. Une réponse justifiée? « J’ai servi dans les forces spéciales, avoue Omri, respecter les lois de la guerre et préserver les civils sont les fondements de notre doctrine. L’armée a d’ailleurs demandé aux civils de se rendre au sud avec des tracts largués sur le territoire et des appels à s’éloigner des zones de combat. » C’est oublier que la population subit les menaces du Hamas qui utilise les civils comme boucliers humains. « C’est la seule raison qui justifie l’opération terrestre. Israël pourrait réduire Gaza en cendres avec son aviation mais ce n’est pas dans nos valeurs… »

Encerclés par des centaines de chars de combat Merkeva équipés de cages anti drones, les kibboutzim de Gvar’am, sur la route de Beir Sheva, montent la garde H24 contre tout risque d’incursion d’un commando suicide

Contre toute attente, les hommes du Hamas n’ont pas hésité à fondre sur Ofakim, 20 km plus au sud. Netza nous accueille à l’entrée de la maison de ses voisins retraités, assiégée par cinq terroristes venus prendre ses occupants en otage. « Ils avaient des cartes et savaient où ils allaient. » Plusieurs centaines de balles ont été tirées depuis la rue, sans autre raison que semer la terreur. Nous entrons. Fenêtres éventrées, portes forcées, des rafales de fusils d’assaut déchirent les murs et le plafond.

La maison d’Aaren et David n’est pas équipée de safe house. Ils étaient bien renseignés ; le commando est entré et le siège durera 36 heures avant que les preneurs d’otages soient abattus par les forces spéciales, guidés par le fils de la maison, lui aussi policier. Un de ses collègues aura moins de chance. Il tombera sous leurs balles devant l’entrée du garage…

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De retour à Tel Aviv, nous retrouvons les familles d’otages au Musée d’Art, inquiètes de perdre leurs proches sous les bombes que Tsahal s’apprête à larguer sur la ville aux 1 000 galeries où se terrent les brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, et les escadrons du Jihad islamique palestinien, à l’origine de l’opération « Déluge d’Al Aqsa » du 7 octobre. Omri Miran est entre leurs mains. Son père porte son portrait en pendentif et appelle à l’aide, pour lui et pour les 202 autres détenus dont les plus jeunes n’ont pas trois mois… « On prie et on allume des cierges. Que peut-on faire d’autre ? Israël a tenté de créer la paix depuis 20 ans avec les Palestiniens. On voit aujourd’hui leur véritable nature. 1 400 morts, 220 otages, 100 disparus. 15 fois le drame du 11 novembre dans un pays de 9 millions d’habitants ! Je veux vous passer un message : on doit en finir avec ce mouvement terroriste qui tue pour contrôler le monde… Aujourd’hui les juifs, demain les chrétiens… Wake up France ! ».

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