On ne lui demandait pas d’être sapé comme jamais : on comprend les impératifs de la communication politique. Depuis bientôt un an, Volodymyr Zelensky, qui jadis jouait du piano sans les mains, et dansait en bas résille à la télé publique, est devenu un chef de guerre. Et un chef de guerre, ça ne porte pas de costard. C’est plutôt malin. L’habit fait le moine, les fringues de rando kaki font le chef des armées. Notre chef à nous a essayé une fois, une seule, de venir au boulot mal rasé, en sweat à capuche du CPA 10. Mais comme nous, «nous sommes en guerre» à chaque fois qu’il se passe un truc, nous avons vite flairé l’arnaque. Bref, un président ukrainien, depuis 2022, c’est un gars qui s’habille en contractor, et ça fait partie du personnage, comme la moustache de Bachar, la coiffure de Kim Jong-Un ou la poche à pisse de Joe Biden.
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Mais enfin, quand même. Le président ukrainien a reçu la Grand-Croix de la Légion d’Honneur. C’est tout à fait normal : la plupart des chefs d’Etat l’ont déjà, ex officio comme on dit, c’est-à-dire à cause de leur charge. On s’étonne même qu’il ne l’ait pas reçue plus tôt. En revanche, il était évidemment hors de question qu’il change de fringues pour être présentable. Ça n’aurait pas été terrible pour les caméras. Volodymyr Zelensky est donc venu comme il était, en pantalon cargo et Salomon, sur le tapis rouge des grandes occasions. Emmanuel Macron lui a passé l’écharpe rouge autour du cou. La scène, dérisoire, a achevé de décrédibiliser tout ce qui pouvait être un peu solennel dans cette affaire : soudain, la tenue de Zelensky a donné l’impression que Macron lui remettait un banal collier de fleurs, comme sur le tarmac de Papeete.
Cette mise en scène en carton est au cérémonial historique ce que le kebab est à la côte de bœuf
Vous me direz que c’est un détail, mais dans le protocole, tout est important. On n’a certes pas besoin des déguisements Decathlon de Zelensky pour se rabaisser, on y arrive très bien avec notre propre personnel politique. Mais là, c’est vraiment le dernier clou sur le cercueil. Grand remplacement culturel : cette mise en scène en carton est au cérémonial historique ce que le kebab est à la côte de boeuf. La légion Döner, en quelque sorte.





