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La coupe du monde est pleine

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Au lendemain de la victoire de l’équipe de France, de nombreuses voix s’élèvent qui déplorent à raison les violences dont plusieurs villes ont été le théâtre le soir de la finale. Quel regard porter sur ces événements, que le syndicaliste policier Rocco Contento qualifie de gravissimes ?

 

Comme le fait remarquer Laurent Obertone, les échauffourées, les jets de pierres, les incendies, les pillages et autres actes de saccage sont tristement devenus le lot commun de la plupart des rassemblements de grande ampleur, comme chaque fête nationale ou réveillon, à tout le moins dans les grandes villes françaises (à l’exception notable des manifestations contre la loi Taubira). Il va sans dire que ces actes sont très largement le fait de bandes de jeunes, toujours les mêmes, murmure-t-on tout bas, cette racaille malfaisante issue des quartiers sensibles et toujours prompte à venir cracher sur la France. Même s’ils étaient peu nombreux en début de soirée, les quelques drapeaux algériens effrontément arborés n’auront pas manqué de contrarier les supporters massés sur les Champs-Elysées. Tout a déjà été dit sur la scandaleuse impunité dont jouit depuis des dizaines d’années cette partie de la jeunesse française et la lamentable démission de l’Etat face à des voyous qui ne respectent plus que leur propre loi.

 

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Il n’empêche qu’attribuer la totalité des méfaits de la soirée du 15 juillet à ceux qui n’ont pour la France que mépris ou haine, semble un peu hâtif : ce serait vouloir apposer à ces événements une grille d’analyse binaire souvent inapte à décrire la réalité. Il n’aura échappé à aucun observateur que les manifestations de grande agitation et d’impétuosité n’étaient pas dimanche l’apanage des jeunes des cités loin s’en faut, et concernaient en réalité une partie bien plus large de la jeunesse. Combien de jeunes gens tête nue chevauchant un scooter à deux ou trois et faisant fi du code de la route ? Combien de passagers assis sur la portière de leur voiture circulant à toute vitesse, ou encore debout sur le toit au beau milieu de la chaussée ? Combien de jeunes accrochés à un réverbère ou imprudemment grimpés en haut une statue ? Combien de garçons en train de traverser un carrefour en hurlant, torse nu et manifestement alcoolisés ? Il est indéniable qu’un grand nombre de Français s’est livré dimanche soir à des actes sur la voie publique qui auraient été verbalisés n’importe quel autre jour, donc répréhensibles. Si ce genre de débordements est assurément moins grave que les actes de vandalisme ou d’agression physique, n’en constitue-t-il pas moins un terreau favorable pour ces derniers, dans le contexte de
surenchère de violence qu’engendrent inévitablement les mouvements de foule ? Autrement dit, ne peut-on pas établir de corrélation entre le niveau de frénésie atteint par la plupart des jeunes, et celui de violence atteint par sa frange la plus déchaînée ? On pourrait même aller jusqu’à formuler l’hypothèse d’un ajustement réciproque de l’un sur l’autre : les jeunes percevraient intuitivement le seuil de débordement en deçà duquel ils ne courent pas grand risque d’être interpellés, puisque des plus agités qu’eux prendront nécessairement le relais ; et vice-versa les voyous considèrent ce niveau comme le seuil minimal à partir duquel les festivités peuvent commencer. Par conséquent, si la jeunesse lambda se livre déjà à des débordements, les actes commis par la jeunesse anti-française n’en seront que plus violents, plus spectaculaires.

 

Ces actes sont très largement le fait de bandes de jeunes, toujours les mêmes, murmure-t-on tout bas, cette racaille malfaisante issue des quartiers sensibles et toujours prompte à venir cracher sur la France

 

Dans ce cas, la question des émeutes en marge de la Coupe du monde ne peut se traiter seulement sous l’angle des habituelles difficultés posées par les voyous, et c’est celui plus général d’une exacerbation inhabituelle des comportements incivils chez les jeunes Français qu’il faut explorer. Deux pistes d’explication peuvent être opposées. La première, fort bien décrite par Anne-Sophie Chazaud 3 , est celle du caractère exceptionnel de la fête de dimanche : depuis les victoires de football de 1998 et 2000, les grandes émotions collectives n’ont été engendrées que par des événements dramatiques, en l’occurrence les attentats islamistes. La victoire des Bleus avant-hier était pour des jeunes dans la vingtaine, la première occasion de partager une immense réjouissance nationale. Ce caractère inédit peut expliquer en partie l’ampleur de la liesse et de l’agitation qui se sont emparés d’eux. Un autre facteur qui peut être avancé est à relier au phénomène de féminisation croissante de la société. Les débordements auxquels de nombreux jeunes hommes se sont laissé aller semblent relever d’une poussée débridée de masculinité. Ce genre d’événement agirait finalement comme un exutoire pour des jeunes gens en mal d’expression de leur virilité, brimés dans la vie de tous les jours par les remontrances incessantes de leurs congénères acquises à la cause féministe. Une forme d’expression de l’agressivité masculine étant exceptionnellement tolérée dimanche soir, ils s’en seraient donné à cœur joie, et sans trop de limite.

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