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Patrice Franceschi : Un héros

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Publié le

20 septembre 2018

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À ceux qui se lamentent que leur siècle n’offre plus d’aventure, il offre la plus éclatante des leçons. Cet aventurier corse a combattu l’URSS en Afghanistan, avec les Kurdes en Irak, a cherché de l’or au Brésil, vécu mille vies. Aujourd’hui il attend de pied ferme les indépendantistes dans son village.

Le héros est né le 21 janvier 1974, si on l’en croit : il a 18 ans et fugue en Amérique du Sud. « Direction le port de Marseille, sans un sou en poche. Un seul but : embarquer sur un cargo ». Le 32e stratagème chinois l’a dit : « Rien dans les mains, rien dans les poches. Ruse des mauvais jours, ruse des ruses », et le jeune Franceschi l’applique. Chercheur d’or, forestier, manutentionnaire au Brésil, en Guyane, en Argentine, le précoce lecteur de Conrad, de Buzzati, de Kazantzakis, de Monfreid et d’Huxley inaugurait sa passion de l’aventure sous le signe de son totem, le loup maigre de la fable – qu’il connaît par coeur – contre le chien gras, par le collier attaché.

Avec sa tête de statue grecque, son corps d’homme mûr athlétique, tanné au soleil de tous les méridiens et de toutes les latitudes, Patrice Franceschi le guerrier ne dépare pourtant pas dans le salon de l’hôtel parisien qui jouxte les murs de son éditeur Grasset. Il a l’élégance de l’écrivain et le savoir-vivre du fils de général. Sans cesse balancé entre ses deux vocations, dont il a réussi à former une existence, on l’appela un jour « l’anti-BHL », ce dont il s’est accommodé parfaitement : « Je suis un écrivain engagé, par le glaive et par la plume ».

« La vie n’est intéressante que si l’on trouve les réponses aux trois questions suivantes : le monde, comment ça marche, la vie, qu’est-ce que c’est, et les autres, c’est qui ? »

 

Franceschi s’est battu douze ans aux côtés des Afghans, cinq ans auprès des?Kurdes de Syrie, chez qui il s’apprête?à retourner en ce début d’été. Fervent?avocat de ce peuple glorieux oublié des grandes manœuvres diplomatiques du Proche-Orient, il est allé jusqu’à l’Élysée plaider la cause de « cette utopie politique sans égale au Moyen-Orient, où se mêlent démocratie, égalité des sexes, laïcité et justice sociale ». La France, raconte-t-il, a été derrière les Kurdes depuis la bataille de Kobané en 2014, beaucoup de soldats français se sont battus avec eux, et alors que l’Occident est détesté en Orient, c’était l’occasion de trouver enfin un allié sûr dans la région. « Mais la France est devenue une nation faible, qui craint les Turcs ». La realpolitik aura-t-elle eu raison de sa cause perdue de soldat de fortune ? « Je ne suis pas un romantique, rétorque-t-il, non, plutôt un être romanesque. On peut toujours gagner : c’est une question de foi ». Malheur au vaincu, certes, il le sait, lui, le néo-stoïcien. « Mais la seule question qui vaille demeure : qu’est-ce nous faisons de notre temps ? Ma fécondité se jugera à ceci : à quel combat aurai-je attaché mon nom ? Et à quelle littérature ? » Inutile de préciser qu’à Philippe Sollers, Franceschi préfère Saint-Ex, Gary, Cendrars, Péguy, Orwell : tous ceux qui se sont battus. Et aussi, moins engagés, Hemingway, Malraux, Kessel : tous ceux qui ont fait ce qu’ils ont pu. « Pendant que d’autres étaient bien planqués aux États-Unis… »

Lire aussi : L’édito de Jacques de Guillebon : Saison 2

Au-delà de son « tropisme guerrier », Patrice Franceschi veut surtout vivre en homme libre. C’est-à-dire de ses livres, dans lesquels de Trois ans sur la dunette. La boudeuse autour du monde à Quatre du Congo en passant par Terre farouche. Au cœur de l’Amazonie, il raconte les cent mille aventures, explorations, en ULM, en trois-mâts, ou à pied qui ont tissé son existence. « La vie n’est intéressante que si l’on trouve les réponses aux trois questions suivantes : le monde, comment ça marche, la vie, qu’est-ce que c’est, et les autres, c’est qui ? »

L’homme ne vit pas que d’aventure, mais aussi de philosophie, qu’il a recommencé à étudier à 40 ans. Et la politique ? Il a publié l’an dernier, pendant la campagne présidentielle, un Combattre ! où il appelle les hommes politiques à renouer avec l’arété, l’excellence grecque : « Faire de grandes choses ensemble vaut mieux que le simple vivre ensemble ». L’Éthique du samouraï moderne à laquelle il travaille et qui devrait paraître l’an prochain se présente à son tour comme un « manuel de survie pour temps de désarroi ». Désarroi ? « La modernité délaisse le progrès humain au profit du progrès technologique et cela nit par créer un monde déstabilisé non pensé par le politique ». Contre tous les Munich quotidiens, retrouver une fermeté d’âme. Nous n’aurons que ce que nous méritons. « L’homme, hélas, qui est fait pour la liberté et la vérité leur préfère souvent la prospérité et la sécurité ». Que faire ? L’homme occidental devrait apprendre au moins à manier un fusil. Parole de héros.

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