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Rétrospective : les dessous du maillot de bain

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Publié le

15 juillet 2026

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Symbole de liberté, objet de scandale, arme de séduction : le maillot de bain résume à lui seul une révolution féminine silencieuse à laquelle les créateurs français, bousculant les codes moraux et stylistiques, ont largement contribué.
© DR

Trouville, 1860. « La reine des plages » devient peu à peu un lieu de villégiature incontournable pour toute une société désireuse de goûter aux bains de mer. Mais sur la rive de l’Atlantique, à l’aube du xxe siècle, la pudeur est de mise. À l’abri des regards indiscrets, les dames se préparent dans des roulottes avant de sortir au plus près de la mer dans une tenue aux couleurs neutres qui « emmaillote » entièrement le corps (d’où l’expression « maillot de bain »), ne dévoilant rien du cou jusqu’aux chevilles.

Cette nouvelle mode de la baignade, vantée pour ses bienfaits sur la santé, attire de plus en plus de femmes. Peu à peu, les cabines longtemps collées à la mer remontent la plage et les corps se dénudent timidement, en commençant par les bras. Mais à l’heure où le nudisme est une pratique courante en Allemagne, les coups de soleil sont encore mal vus en France, et les baigneuses sont contraintes de suivre les préconisations d’hygiénistes avec le port de costume de bain en laine, parfois accompagné d’un corset. En 1907, l’invention d’un maillot plus adapté à la natation, moulant et sans manches, par la nageuse australienne Annette Kellermann est très mal accueillie : elle est arrêtée pour « indécence » à Boston après avoir porté sa création à la vue de tous. C’est pourtant à partir de cette période que les manches se raccourcissent, que les épaules se découvrent, que les jambes se dévoilent.

Et la France inventa le bikini

À partir des années 1920, la mode du bronzage initiée par Coco Chanel encourage les femmes à se découvrir et à porter les premiers « une-pièce ». Les décolletés qui fleurissent sur les plages entrent toutefois en contradiction avec les réglementations et arrêtés municipaux qui somment le beau sexe de demeurer pudique. Ce changement progressif entraîne parfois de sévères conflits : en 1927, des Bretons ont guetté des baigneurs à la sortie de la plage pour les fouetter à coups d’orties et de ronces. Au même moment, des curés consacrent leurs sermons à la condamnation de ces nouvelles pratiques estivales.

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Malgré ces réticences, c’est dans les années qui suivent que le Français Jacques Heim crée le tout premier deux-pièces, alors nommé Atome, en référence au plus petit élément constitutif jamais découvert. La voie était ouverte pour le célèbre bikini, et n’en déplaise aux sudistes, c’est bien un Lillois, Louis Réard, ingénieur automobile reconverti dans le textile, qui invente ce maillot de bain sulfureux, présenté à la piscine Molitor le 5 juillet 1946. Composé uniquement d’un mini soutien-gorge et d’une culotte reliée par deux petites cordes, il devait tenir dans une boîte d’allumettes. Quatre jours plus tôt, les Américains avaient procédé à un essai nucléaire dans l’atoll de Bikini, d’où le nom de ce tout nouveau maillot de bain : d’après son créateur, une femme en bikini ferait l’effet d’une bombe ! Ne trouvant aucun mannequin désireux de dévoiler son nombril et ses hanches pour la première fois dans l’histoire de la mode, Louis Réard le fit porter à Micheline Bernardini, une danseuse nue du Casino de Paris.

Femme libérée

Scandale ! Dès l’année suivante, le bikini est interdit en Espagne, en Italie, en Belgique, au Portugal et en France, mais seulement sur la façade Atlantique. Malgré cette prohibition, Brigitte Bardot n’hésite pas à s’afficher avec sur la plage du Carlton, lors du festival de Cannes de 1953. Aux États-Unis, c’est Ursula Andress qui, portant le « plus petit maillot du monde » dans James Bond 007 contre Dr No en 1962, contribue à populariser la pièce : d’après le Times, 65 % des plus jeunes ont adopté le bikini dès 1967. Les interdictions sont progressivement levées, et le bikini, devenu très populaire, côtoie un temps la mode non moins sulfureuse du monokini, une culotte avec bretelles laissant les seins découverts, inventée par un Autrichien. De cette époque date également la mode des seins nus, popularisée encore par BB et d’autres actrices et mannequins à Saint-Tropez – le phénomène ne se généralisera que dans la décennie suivante, avant un recul significatif ces vingt dernières années.

Dès lors, le maillot de bain, qu’il soit composé d’une pièce ou deux, s’adapte aux goûts et couleurs de chaque époque, du flower power des années 70 au trikini des années 90. L’Allemagne, elle, vit bien la contradiction : alors qu’elle autorise le nudisme depuis le xixe siècle, elle ne supprime l’interdiction du bikini qu’en 1970 ! En Europe, cette « libération » du corps de la femme entraîne de nouvelles pratiques liées au culte de l’apparence : régime, épilation et bronzage doivent permettre de cacher les imperfections de corps désormais dévoilés au grand jour. Tout juste inventé, Weight Watchers était promis à un grand avenir.

Alors Mesdames, quel maillot de bain choisir pour cet été ? Si l’on note un retour relatif de pièces couvrantes par effet de balancier, l’heure est surtout à l’individualisation des goûts : une femme, un maillot. Quant aux bombes, on vous laisse juges.

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