L’Égypte ancienne est une des sociétés les plus durables de l’histoire. Le dernier des rois d’Égypte, Ptolémée XV, le fils de Cléopâtre, est ainsi plus proche du présent que du premier pharaon. Cette civilisation qui court sur les trois mille ans avant notre ère a connu deux apogées, l’un lors de la période dite de l’Ancien Empire, au mitan du troisième millénaire, et une autre plus de mille ans plus tard, celle du Nouvel Empire, lors de la seconde moitié du deuxième millénaire. Cette ère a vu se dérouler la première bataille de l’histoire, c’est-à-dire la première bataille dont le récit nous soit parvenu.
On la date traditionnellement du 9 mai 1457 avant Jésus-Christ, l’éloignement dans le temps ne permettant pas un calcul précis. Le Nouvel Empire est établi depuis un siècle, à partir de la reprise du delta du Nil par les pharaons qui avaient auparavant été rejetés dans le sud de l’Égypte par une dynastie d’origine levantine, les Hyksôs. Cette re- conquête est suivie d’une phase d’expansion, à Canaan, une région de culture sémite qui s’étend sur les territoires actuels d’Israël, du Liban et de Syrie. Divisée politiquement et très riche du fait de sa position de carrefour commercial entre les grandes civilisations d’Égypte, de Mésopotamie et d’Anatolie, cette zone constitue une cible idéale. Au début du Nouvel Empire, la domination égyptienne n’y prend que la forme sporadique de raids, mais elle se resserre graduellement : les pharaons installent des garnisons et réclament des tributs.
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Cette tutelle alourdie excite la volonté d’indépendance des Cananéens, qui finissent par chasser les troupes égyptiennes. Ce soulèvement concorde avec le début du règne personnel d’un ambitieux souverain au pays du Nil, Thoutmôsis III. Ce dernier rassemble alors une armée comprise entre dix mille et vingt mille hommes, un chiffre particulièrement impressionnant pour l’époque, bien qu’il soit difficile d’établir son exactitude. Il remonte vers la cité de Megiddo, où est rassemblée l’armée coalisée. Megiddo, aujourd’hui dans le nord d’Israël, se situe en effet à un point stratégique, au croisement des grandes routes commerciales du Proche-Orient. Thoutmôsis, qui peut s’y rendre par trois chemins différents, choisit le plus court mais le plus risqué, à travers les montagnes, où une embus- cade peut avoir des effets dévastateurs. Il pense surprendre ses adversaires qui ne s’attendent pas à une telle audace.
De fait, il semble que le surgissement des troupes impériales dans la plaine de Megiddo prenne de court les Cananéens, qui déploient leur armée à la hâte. Les deux forces seraient alors équivalentes en nombre, avec dix mille fantassins et mille chariots chacune. Mais les Égyptiens ont des arcs plus sophistiqués et la mobilité supérieure de leurs chariots leur permet d’envelopper les troupes adverses. Combinés à l’effet de surprise, ces avantages donnent la victoire aux hommes de pharaon. Leurs adversaires fuient vers les murailles de la ville, mais, au lieu de les poursuivre et d’en finir, les Égyptiens préfèrent piller leur camp. La conséquence sera un siège de sept mois avant que la cité ne se rende enfin. Cette campagne n’est que la première de la petite vingtaine du règne de Thoutmôsis, qui offre finalement à l’Égypte antique le littoral levantin jusqu’à l’Euphrate, et avec ça le pic de sa puissance.





