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Alain Charles & Mos Majorum : Le mâle-être

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Publié le

19 novembre 2019

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Discussion d’homme à homme autour de la naissance du masculinisme et de tous les nouveaux courants qui en découlent. Alain Charles et Mos Majorum nous livrent leur vision de la virilité et leurs réactions face aux discours féministes.

 

 

Commençons par le commencement : qu’est-ce que le « masculinisme » ? Le miroir inversé du féminisme ? Un virilisme à prétention idéologique ?

Alain Charles : Le masculinisme est une formulation qui sous-entend l’existence d’un corpus idéologique cohérent et articulé autour d’organisations bien identifiées. Or, ce que j’appellerais plutôt l’« androsphère » est une constellation de podcasts et de blogs personnels répliquant, avec les moyens du bord, à un féminisme d’État qui multiplie les agressions symboliques contre les hommes. Il ne s’agit donc pas d’une idéologie, comme le féminisme, entée sur une mystique avec des porte-parole, des militants et un « historique de luttes sociales ». Le « virilisme » est effectivement une tendance de l’androsphère dont les représentants sont souvent des « coachs pour hommes » qui s’attachent à développer le potentiel de ceux qui les suivent, plutôt que d’apporter une grille d’analyse de la société actuelle et des rapports hommes/ femmes.

 

Mos Majorum : Le « masculinisme » est un mot fourre-tout. Les féministes y regroupent dans un pot-pourri des gens aux idées très différentes, dont le seul point commun est de ne pas se soumettre béatement à l’hégémonie féministe. Il y a plusieurs courants qui méritent des noms propres : l’égalitarisme (parfois appelé hominisme), les MRA (Men’s Rights Activitsts), les MGTOW (Men Going Their Own Way), les virilistes et les antiféministes. On ne peut pas parler de miroir inversé du féminisme, au moins parce qu’il n’y a pas de revendication. Aussi parce que le féminisme est idéologique avant tout.

L’androsphère subit beaucoup de provocations de la part des féministes sur les réseaux sociaux. On peut remarquer, par exemple, que les références aux organes génitaux sont fréquemment utilisées pour insulter les contradicteurs (un podcast visant à « déconstruire » la virilité a pour titre « les couilles sur la table ») et des slogans comme « vous nous cassez les ovaires » ou « lâchez-nous le clito » sont légions dans les manifestations.

Diriez-vous que le masculinisme est un mouvement misogyne comme certaines « féministes » peuvent être désormais misandres ?

A.Charles : Je serais médium si je pouvais sonder chaque cerveau « masculiniste » pour y trouver ou non de la misogynie. Ce que je constate, par contre, c’est beaucoup de retenue et de pudeur chez les acteurs de l’androsphère. Ce qui contraste avec l’agressivité des groupes féministes que les tendances les plus extrémistes semblent polariser. L’androsphère subit beaucoup de provocations de la part des féministes sur les réseaux sociaux. On peut remarquer, par exemple, que les références aux organes génitaux sont fréquemment utilisées pour insulter les contradicteurs (un podcast visant à « déconstruire » la virilité a pour titre « les couilles sur la table ») et des slogans comme « vous nous cassez les ovaires » ou « lâchez-nous le clito » sont légions dans les manifestations.

 

Lire aussi : Connais-toi toi-même

 

Quid des MGTOW qui prônent l’apartheid sexuel ou des incels ? Phénomènes marginaux ou symptômes des temps ?

A.Charles : Ce mot très dur d’apartheid ne correspond ni à l’état d’esprit des MGTOW, ni à celui des incels. Les MGTOW ne souhaitent plus s’investir dans des relations hommes-femmes instituées, au sein d’une société qui déprécie les valeurs masculines et légifère contre les hommes. Il n’y a chez eux aucune volonté de réglementer la société pour imposer un « développement séparé » ; il s’agit plutôt d’un choix personnel de désengagement qui les éloigne des normes sociales établies avec le mariage et les enfants comme fondamentaux. Cette forme de « grève » est plutôt bien vécue par les MGTOW qui sont très souvent des hommes d’un bon niveau socio-professionnel, convoités par les femmes, comme l’a démontré l’universitaire Helen Smith dans son livre Men on Strike.

 

M.Majorum : À moins que je me trompe, ce sont les féministes qui poussent à la ségrégation sexuelle. Ce sont elles qui demandent des réunions non-mixtes, des espaces de discussion entre femmes, des safe-spaces, etc. Les MGTOW valorisent leur indépendance et leur liberté. L’incel est quant à lui un symptôme du mal-être d’une masculinité en manque de modèle masculin et qui cherche à se rassurer visà-vis du regard que les femmes portent sur lui. De ce que j’en sais, les incels sont souvent issus de familles monoparentales ou recomposées. Ils aspirent à une famille traditionnelle, mais font l’amère expérience de la libéralisation sexuelle dont ils sont les perdants. C’est le supplice de Tantale, on leur montre des couples heureux à chaque publicité mais ils n’y accèdent jamais.

Lorsque vous vivez dans une société sans repère, secouée par de multiples mouvements radicaux qui en déstabilisent les fonts baptismaux, vous avez tendance à revisiter des modèles qui ont fonctionné. Aussi n’est-il pas étonnant de rencontrer dans l’androsphère de nombreuses références aux hoplites, aux légionnaires ou aux icônes masculines du cinéma américain des fifties.

Comment expliquez-vous le fait que certains hommes semblent à la recherche d’un âge perdu ? Notre société serait-elle castratrice ?

A.Charles : Lorsque vous vivez dans une société sans repère, secouée par de multiples mouvements radicaux qui en déstabilisent les fonts baptismaux, vous avez tendance à revisiter des modèles qui ont fonctionné. Aussi n’est-il pas étonnant de rencontrer dans l’androsphère de nombreuses références aux hoplites, aux légionnaires ou aux icônes masculines du cinéma américain des fifties. Ces figures d’hommes solides cristallisent moins de nostalgie qu’elles n’identifient un idéal à atteindre.

 

M.Majorum : Ce qui caractérise l’homme c’est son aspiration à être actif, à construire ou à agir. Or la société moderne valorise la passivité, le calme, la tranquillité, la docilité, la résignation… De ce décalage naît fatalement une forme de frustration. J’ai récemment réalisé, en discutant avec des instituteurs, à quel point le système scolaire était inadapté pour les garçons. Il semblerait qu’il soit de plus en plus conçu par et pour des femmes. S’ensuit notamment un décrochage scolaire masculin comme le décrit Jean-Louis Auduc dans École, la fracture sexuée.

La crise de la masculinité est inhérente au déclin de l’Occident, en ce que ce déclin entraîne l’abaissement de la valeur (statut, rôle économique, pouvoir social) des hommes occidentaux par rapport à celle des hommes d’autres civilisations, « ascendantes ».

À quel type d’hommes vous adressez-vous prioritairement ?

A.Charles : Aux « mâles hétéros blancs » qui subissent une crise civilisationnelle doublée d’une crise de la masculinité. La crise de la masculinité est inhérente au déclin de l’Occident, en ce que ce déclin entraîne l’abaissement de la valeur (statut, rôle économique, pouvoir social) des hommes occidentaux par rapport à celle des hommes d’autres civilisations, « ascendantes ». Mon action vise à redonner confiance à tous ceux qui s’inquiètent du délitement actuel de la société. Je suis principalement lu et écouté par de jeunes actifs auxquels je propose des grilles d’analyse sociologique et des conseils en développement personnel.

 

M.Majorum : Sur Youtube, tout le monde peut m’écouter mais mon public a surtout moins de 40 ans. Certains ont été échaudés par un divorce ou une rupture. J’essaye en priorité d’aider des jeunes qui n’ont pas eu la chance d’avoir un père ou une famille stable. C’est une génération qui commence à comprendre l’hypocrisie du discours féministe puisque leur enfance a été sacrifiée sur l’autel des droits individuels post-68. Pour beaucoup ils comprennent que quelque chose ne tourne pas rond dans le discours féministe moderne mais n’ont pas conceptualisé la chose.

 

Lire aussi : Un mâle, des mots

 

Croyez-vous que Big Brother devrait aujourd’hui être rebaptisé Big Mother ?

A.Charles : À l’expression « Big Mother », j’aurais tendance à préférer « Big Other » qui qualifie bien la surveillance de l’IA, alimentée par « le tous contre tous ». Si l’on ajoute à ce politiquement correct le « comportement correct » où toute attitude masculine « commise » envers une femme dans l’espace public ou dans l’entreprise devient suspecte, alors on se dirige effectivement vers une société totalitaire, dont la milicienne auto-proclamée peut être votre voisine ou votre collègue de travail. L’expression « Big Mother » est cependant bien choisie pour évoquer les inspirations mythologiques du féminisme. Les références à la déesse Ishtar, à Lilith ou à Gaïa (la « Terre Mère »), récurrentes dans le discours féministe, sont souvent opposées aux dieux masculins des panthéons indo-européens et au « patriarcat catholique ».

 

M.Majorum : La réécriture du vocabulaire est une activité à plein temps des officines féministes. On nous abreuve d’anglicismes représentant les odieuses pratiques patriarcales : manspreading, manterrupting, mansplaining, male gaze, pink tax… Sans parler d’expressions créées ex nihilo : précarité menstruelle, violences économiques, objectification des femmes… Les « deux minutes de la haine » se déroulent désormais sur Twitter. Pourtant, comme dans 1984, les femmes féministes sont-elles si bien loties dans leur rôle de prêtresses de la bienpensance ? Je ne le crois pas. Le taux de dépression des femmes de plus de 45 ans est en hausse et je ne compte plus les témoignages dépités de femmes qui réalisent, trop tard, qu’elles ont sacrifié les plus belles années de leur vie à une idéologie qui les a rendues malheureuses.

Le patriarcat ? Il n’existe plus. Hommes et femmes sont égaux en droit depuis 50 ans. Toutes les politiques de quotas et de discrimination positive violent l’égalité de droit au profit de la sacro-sainte égalité de résultats.

Le féminisme et la théorie du genre seraient-ils des concepts cache-sexe pour attaquer frontalement le « patriarcat », et même, plus largement l’homme occidental ?

A.Charles : Les mouvements nihilistes ne se cachent plus pour attaquer les derniers vestiges de ce qu’ils appellent « le patriarcat » puisqu’ils le font explicitement depuis les ministères, les salles de rédaction ou les sièges d’associations subventionnées. On peut sans exagérer parler de « chasse à l’homme », en précisant bien sûr que la règle est de cibler exclusivement l’hétérosexuel occidental : les Femen ont ainsi été mises en quarantaine par les autres féministes pendant quelques années pour avoir dénoncé la condition des femmes dans l’Islam.

M.Majorum : Le patriarcat ? Il n’existe plus. Hommes et femmes sont égaux en droit depuis 50 ans. Toutes les politiques de quotas et de discrimination positive violent l’égalité de droit au profit de la sacro-sainte égalité de résultats. La théorie du genre est la conséquence du socio-constructivisme. C’est la clef de voûte de l’idéologie postmoderne. Tout est construction sociale, c’est le fantasme délirant d’une éducation capable de fabriquer le réel. Or il y a des différences entre hommes et femmes qui ne sont pas « socio-culturelles » : morphologiques et cérébrales notamment. Le « genre » fait sens dans la communauté LGBT, mais pas pour l’immense majorité de la population.

 

Propos recueillis par Gabriel Robin

 

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