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Dieu merci, Philippe Katerine n’est plus. Il ne s’agira donc pas ici de tirer sur une ambulance mais sur un corbillard en partance pour la nécropole des Inrockuptibles où gisent déjà les momies de Vincent Delerm et de la Grande Sophie. Petite starlette de la chanson non-sensique, Katerine a été propulsé en ligne de mire des attentions médiatiques à la fin des années 90, lorsque la France s’inquiétait encore de son exception culturelle et que la musique défendue par la coterie des journalistes de Télérama se devait d’être irrévérencieuse, mais pas trop quand même.
Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : il se trouve qu’avant l’explosion de YouTube, avant Jul et Roméo Elvis, il existait donc un certain Philippe Katerine dépositaire de cet esprit français qu’on croyait immortel et qui véhiculait une causticité non létale, Katerine qui parvenait à s’immiscer entre la petite dissidence zazoue des chanteuses à la Brigitte Fontaine et les rengaines sous anxiolytique de l’immonde Bénabar. S’il y avait une place, que dis-je, un boulevard, pour ce genre de comique troupier adoubé par l’intelligentsia, déjà, à l’époque, quelques critiques clairvoyants parlaient à raison de « musique pour ceux qui n’aiment pas la musique ».
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100 % PURE DOXA
Mort-vivant et seul témoin restant de cette ère antique, Katerine nous revient avec un album et trois clips fondus en un seul, véritable monument de médiocrité élevé à la gloire de cette subversion banale qui ne fait plus mouiller que les auditrices cacochymes. En duo avec Lomepal, « rappeur » invité par « Quotidien » tous les jours impairs, il nous balance un premier single, « 88 % des mecs sont pédés », sous forme de ritournelle qui se voudrait cocasse mais nous rappelle surtout à quel point l’impertinent auto-proclamé ne fait – et depuis toujours – que véhiculer servilement la doxa du moment (« Bouh ! Pas bien l’homophobie, faites tous votre coming out ! »). Deuxième case à cocher pour entrer au panthéon des chanteurs à texte avalisés par Christophe Barbier, le morceau « Blond » ou la dénonciation du « privilège de l’homme blanc », toujours sous couvert d’auto-critique et d’ironie, bien sûr, car Katerine sait pertinemment que jouer de son gros corps de bear sympathique est le meilleur rempart contre l’oppression. Pour finir, il drague ce qui constitue sans doute son public le plus précieux : les couples de quadras fraîchement affublés de gosses. En effet, le voilà qui se met en scène avec les siens, soucieux sans doute de rappeler aux parents du petit Matéo que ce qui le définit avant tout, c’est une rassurante préséance hétéronormée, mais si délicieusement décalée. Tout cela est déversé en flux continu au fil des trilles désagréables de sa petite voix aigrelette. Le tour de piste est fait. Bravo. Maintenant : empaillons l’otarie.
Marc Obregon
CONFESSIONS Philippe Katerine Cinq Sept 15,99 €

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