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Glinglin, fêté même pas à la Toussaint et patron de rien ni personne, n’a pas eu une putain de vie de merde qui lui vaut de n’être pas saint.
Glinglin, né n’importe où n’importe quand, disons à Clermont en 1945, grandit dans une famille catholique aimante et soudée. Baptisé très tôt, il fréquente l’église le dimanche où il sert la Messe jusqu’à 17 ans. Il reçoit une solide éducation délivrée par les hussards noirs de la République.
Dans son milieu bourgeois, Glinglin ne dépare pas et son chemin semble tout tracé, Glinglin sera banquier. En 1968, fraîchement diplômé d’une grande école parisienne qui l’a dévergondé, Glinglin devient pour dix ans maoïste et athée. Entre deux beuveries et caillassage de flics, fils d’ouvriers qu’il qualifie de SS, Glinglin goûte aux joies de l’amour libre et des MST. Il est révolté, contre le système, l’ordre ancien, la morale réactionnaire et le carcan de l’éducation, ce formatage des esprits. Suivant Rousseau, il veut retourner à son état primitif, tel qu’il aurait dû être avant la corruption par la société. Alors Glinglin se taille à Katmandou aux frais de papa et maman, représentants de la bourgeoisie réac qu’il honnit.
Donc Glinglin, à 30 piges passées, passe un nœud coulant par-dessus son costard, attrape sa mallette de banquier et bosse pour la première fois de sa vie. Fort de son confortable salaire, il acquiert un pavillon cossu en banlieue chic car, finalement, l’eau chaude, l’électricité, le téléphone et la télé ont leur utilité.
Pour retrouver son vrai moi, Glinglin se cartonne à l’afghane et au LSD pendant de longs mois. Puis, malade, il se retire dans un ashram tenu par un guru blanc en dreadlocks qui lui extorque 200 000 francs pour lui montrer la vérité. Papa et maman ne pouvant plus payer, Glinglin rentre à Clermont avec sa petite amie hollandaise.
Le Larzac lui semble surfait et la Hollandaise, enceinte, refuse d’avorter. Le guru, comme ces affreux cathos moisis, lui a dit que tuer est mauvais pour le karma. Donc Glinglin, à 30 piges passées, passe un nœud coulant par-dessus son costard, attrape sa mallette de banquier et bosse pour la première fois de sa vie. Fort de son confortable salaire, il acquiert un pavillon cossu en banlieue chic car, finalement, l’eau chaude, l’électricité, le téléphone et la télé ont leur utilité. Glinglin gravit tous les échelons jusqu’à devenir directeur de banque à 45 ans, âge de son second divorce. La Hollandaise est partie il y a longtemps, lasse de le voir sauter toutes ses subordonnées. Puis il abandonne sa première épouse et leurs deux enfants pour une plus jeune et moins chiante qui a fini par devenir laide et conne. Glinglin se réjouit de gagner aussi bien sa vie sur le dos des pauvres qu’il crible d’agios, car il lâche une blinde tous les mois en pensions alimentaires.
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À force de se baffrer au resto midi et soir, Glinglin subit un triple pontage à 60 ans. Cette intervention chirurgicale le pousse à s’interroger sur le sens de la vie, la sienne en particulier. C’est vrai que quand il était petit, il était heureux. Il aimait bien entendre parler de Dieu, quelqu’un qui l’aime pour rien, pour lui, gratuitement. Et le curé était gentil, il n’a jamais tenté de le tripoter dans la sacristie. Il décide d’aller voir un prêtre. Il en revient horrifié. Vatican II est horriblement intégriste. L’Église devrait aller de l’avant, autoriser le divorce, le mariage homosexuel, celui des prêtres et même des prêtres homosexuels, ordonner des femmes aussi, reconnaître qu’on a tous le même Dieu avec les juifs, les musulmans et les francs-maçons, et dire que l’Enfer n’existe pas et que tout le monde est sauvé. Et l’amour de la pauvreté, il l’emmerde autant que la doctrine sociale de l’Église. Et puis arrêter de culpabiliser les gens avec ces histoires de confession, pourquoi il demanderait pardon ? Ce n’est pas de sa faute, et puis il n’a rien fait de mal, c’est le monde qui a changé et l’Église doit changer aussi, na ! Il va très bien, lui Glinglin, avec ses deux divorces, tous ses bâtards qu’il n’a pas reconnus et après 50 ans sans être allé à la Messe. Pourquoi il n’a pas le droit de communier hein ? Il a le droit de jouir sans entrave et de consommer le mystère auquel il ne croit pas.
Il lève des minettes dans son Audi Q7 qui achèvent de vider son compte en banque avant que l’une d’elles, profitant de sa sénilité, lui mette la bague au doigt et lui fasse payer son ravalement de façade intégral.
Fort courroucé, Glinglin se détourne une dernière fois de Dieu au profit de stages de développement personnel et de coachs en happiness therapy à plusieurs milliers d’euros annuels. Il lève des minettes dans son Audi Q7 qui achèvent de vider son compte en banque avant que l’une d’elles, profitant de sa sénilité, lui mette la bague au doigt et lui fasse payer son ravalement de façade intégral.
L’apostat meurt en 2015 dans son lit, même pas empoisonné, après avoir profité de la vie et s’être bien reposé. Voilà pourquoi saint Glinglin est en vérité satané Glinglin et rôtit dans l’Enfer qu’il s’est choisi.
Élodie Pérolini
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