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Algérie : une présidentielle pour terminer la révolution

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Publié le

11 décembre 2019

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L’Algérie a connu son 41e vendredi de contestation. La rue s’oppose toujours à la présidentielle du 12 décembre. Inversement, les autorités présentent ce scrutin comme la seule option à la crise qui secoue le pays depuis le 22 février.

 

 

Pour de nombreux observateurs, le mouvement de contestation algérien baptisé le hirak fait du surplace. Les revendications sans cesse répétées en faveur d’un changement de régime se heurtent aux tenants du pouvoir qui défendent une approche « légaliste » et « constitutionnelle ». Pas question de vacance totale du pouvoir ni de processus de transition, porteur selon eux de tous les périls. Malgré les appels au boycott des élections, les préparatifs logistiques et techniques des élections s’accélèrent sous l’impulsion du haut commandement militaire algérien.

Ali Benflis part grand favori.

Cinq candidats animent cette présidentielle, laquelle a officiellement débuté le 17 novembre. Mais les salles réservées aux candidats ne se remplissent pas, faute de militants et de sympathisants. Pour autant, les appareils de Talie el Houriat, du RND, du front Al-Moustaqbal et du mouvement Al-Bina, devraient accélérer leur mobilisation dans les derniers jours. Seul le candidat indépendant Abdelmadjid Tebboune peine à structurer sa campagne sur le terrain. Le départ de son directeur de campagne, l’ancien diplomate Abdallah Baali, et l’emprisonnement de l’un de ses financiers, Omar Alilat, ne sont pas pour arranger les choses. Ali Benflis part grand favori.

 

Lire aussi : Le Hirak dans l’impasse

 

Reste que les Algériens sont méfiants à l’égard de ces figures de l’ancien système qu’ils pensaient avoir décapité. Pour eux, les cinq candidats sans exception sont liés aux années du président déchu Abdelaziz Bouteflika. Ex-chef de gouvernement, ex-ministre ou ex-opposant officiel : leur simple présence est considérée par les opposants aux élections comme « une insulte au hirak ».

Or, le général Ahmed Gaïd Salah, chef des armées, a refusé dans un discours « tout préalable au lancement du dialogue politique ».

Pourquoi rejeter un tel scrutin ? La réponse tient aux mesures que les manifestants considèrent comme un préalable à toutes discussions avec le pouvoir. Elles ont été discutées entre le chef de l’État par interim Abdelkader Bensalah et le président de la Commission du dialogue national, Karim Younes, en juillet dernier. Bensalah avait accepté le principe du changement du gouvernement, de la libération des détenus et de l’ouverture des accès à la capitale le vendredi. C’est ce qu’avait déclaré à la presse Karim Younes sur le perron d’El-Mouradia (palais présidentiel).

 

Crainte d’un chaos

Or, le général Ahmed Gaïd Salah, chef des armées, a refusé dans un discours « tout préalable au lancement du dialogue politique ». Les deux parties s’observent depuis lors en chiens de faïence tandis que les marches du mardi et du vendredi se succèdent depuis le 17 novembre. Des défilés nocturnes se multiplient pour s’opposer aux élections du couple Bensalah-Bedoui et du véritable patron du pays, Gaïd Salah. Les manifestants réclament par ailleurs la libération des détenus, en particulier du commandant Lakhdar Bouregaa (87 ans), un ancien maquisard de la guerre d’indépendance, mais aussi les jeunes porteurs de l’emblème amazigh (minorité berbère de Kabylie). Le verrouillage de l’espace médiatique n’aide pas à nuancer les débats. Les pouvoirs publics sont en effet revenus à des pratiques staliniennes de censure dont pâtissent les journalistes, mais surtout les citoyens.

Les capitales occidentales mais aussi Pékin et Moscou privilégient la tenue rapide des élections présidentielles afin de doter le pays d’un président qui pourrait sortir l’Algérie de l’impasse institutionnelle.

« Cette fracture, puisque c’est de cela qu’il s’agit, serait porteuse de tous les périls pour la cohésion de la nation », estime Abdelaziz Rahabi l’ancien ministre de la communication démissionnaire sous Bouteflika, perçu par beaucoup comme l’homme pouvant contribuer à la sortie de crise car le fossé se creuse entre pro et anti-élections. Le hirak est traversé depuis plusieurs mois par des courants contradictoires et de plus en plus « nihilistes ». Les capitales occidentales mais aussi Pékin et Moscou privilégient la tenue rapide des élections présidentielles afin de doter le pays d’un président qui pourrait sortir l’Algérie de l’impasse institutionnelle. La position stratégique du pays, ses ressources énergétiques et son marché intérieur sont autant d’atouts qui plaident pour une stabilisation rapide de la situation politique. Dans beaucoup de délégations diplomatiques à Alger, on considère le hirak comme un problème et non une solution.

 

Une situation complexe

La tendance au « dégagisme » a en effet précipité le hirak dans le piège du « tout ou rien ». Le mandat de Bensalah, dont la santé est chancelante, a été prolongé depuis le 9 juillet mais ne pourra pas être reconduit en cas de nouvelle annulation du scrutin. Ce sera au nouveau président élu de lancer dès janvier 2020 les chantiers institutionnels qui doivent répondre aux requêtes du peuple exprimées depuis le 22 février. Quant aux responsables militaires, ils sont pressés de retourner en coulisses et de laisser les civils en première ligne.

L’ancien chef du gouvernement, Mouloud Hamrouche avait d’ailleurs répondu aux citoyens venus chez lui pour qu’il se porte candidat à la présidentielle : « même si j’étais élu, je ne pourrais rien faire »

Même si le taux de participation est acceptable selon les standards internationaux, le nouveau président sera perçu par le peuple, ou du moins une grande partie des Algériens, comme mal élu surtout s’il l’est dès le premier tour. L’ancien chef du gouvernement, Mouloud Hamrouche avait d’ailleurs répondu aux citoyens venus chez lui pour qu’il se porte candidat à la présidentielle : « même si j’étais élu, je ne pourrais rien faire ». Simple formule d’excuse ou triste prémonition ? Le taux de participation, plus que les résultats du 12 décembre, donnera un premier indice.

 

 

Kamel Mansari

 

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