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L’Algérie, la Tunisie mais aussi l’Irak et le Liban : l’année 2019 a été le réceptacle d’un énième printemps arabe, que l’on a appelé cette fois-ci le « hirak », c’est-à-dire le « mouvement ». Cette rue arabe, qui sortait jadis pour la Palestine, défile depuis des années pour accéder à la démocratie et dépasser le système de clientèle communautaire. Mobilisés sur les réseaux sociaux et refusant de se donner un chef, les libéraux arabes semblent toutefois dans une nouvelle impasse.
Comme en 2011, les monarchies s’en sortent plutôt bien. Jordanie, Maroc et émirats du golfe persique peuvent s’appuyer sur la solidité d’une légitimité historique et religieuse pour assurer une forme de pluralité et de stabilité politique. Mais les nations mosaïques qui n’ont pas su stopper l’engrenage de la guerre civile et de ses ingérences en Syrie, Libye et Yémen ont perdu le privilège de débattre et manifester.
Manifester pour manifester ou pour demander aux élites de dégager, très bien. Mais que faire si le pouvoir garde la confiance des forces de l’ordre et de l’armée ? Le général Gaïd Salah en Algérie ou le président Michel Aoun au Liban savent que s’ils tiennent bon, le mouvement populaire va se radicaliser avant de s’essouffler dans le marasme économique et la crainte du chaos. À Alger, le spectre de la guerre civile et du séparatisme kabyle rôde. À Beyrouth, les cauchemars de la guerre et des attentats entre communautés n’ont pas été oubliés. À Bagdad, les ruines parlent d’elles-mêmes. Si le pouvoir s’effondre comme en 2011, le mouvement populaire vit une première phase, la plus enivrante puisqu’on chasse les caciques du régime et que l’on est saisi par le vertige de la table rase. La démission de Bouteflika a été vécue comme tel. La seconde est plus délicate. Il s’agit de remettre de l’ordre et de gouverner une foule toujours puissante et remuante. Plus l’espoir est grand, plus le retour au réel est pénible.
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Le premier tour de la présidentielle algérienne qui se tiendra ce 12 décembre devait permettre au pays de sortir de la crise institutionnelle et d’entamer cette seconde phase. Parmi les cinq candidats autorisés à concourir se trouve Ali Benflis, ancien ministre et déjà deux fois candidat malheureux à la présidence. Il représente une porte de sortie honorable pour l’armée, clé de voûte du système algérien. Mais âgé de 75 ans, Benflis pourra-t-il assurer une transition politique, un peu comme Liamine Zéroual le fit en 1994 en pleine guerre civile ? Sera-t-il suffisamment fort pour écarter Abdelmadjid Tebboune, autre cacique du régime, et faire entrer l’Algérie dans une démocratie, qui ne soit, ni un tremplin de l’islamisme politique comme en Libye, ni un carnaval parlementaire comme en Tunisie ? L’armée va-t-elle maintenir sa tutelle et prolonger, avec un autre pantin, la démocrature qui fut celle des années Bouteflika ? La France et l’Europe regardent le monde arabe sans pouvoir apporter de réponses. Devant nos dernières interventions dans la région, c’est sans doute la meilleure chose à faire.
Hadrien Desuin
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