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Édouard et ses croqueuses, rififi à la ferme

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Publié le

19 décembre 2019

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Il y a juste 10 ans, la grange de Teilhet (Puy-de-Dôme) se consumait d’un feu criminel tandis que son locataire était menacé de mort après avoir vu son troupeau décimé. L’enquête piétine toujours. Dix ans que personne n’avait osé reprendre l’exploitation. Jusqu’à ce jour de l’automne 2019 où un berger bonhomme et barbu a frappé à la porte. Nous avons rencontré Édouard, éleveur de chèvres, dans la rebaptisée « ferme des croqueuses de ronces ».

 

 

Le trentenaire passionné a jadis consacré une thèse au rythme biologique des mouches drosophiles. Un besoin de concret nourri à la lecture de Laudato Si’ lui fait franchir les montagnes, quitter l’université de Berne pour un BTS agricole à Angers, via un passage dans une communauté religieuse. Il sera pasteur, mais sans l’habit. Le hasard de sa vie d’apprenti chevrier met sur son chemin Jean-Hugues, la victime de l’incendie de Teilhet, replié dans l’ouest de la France. Édouard parcourt le chemin inverse pour rencontrer Michel, propriétaire de la ferme sinistrée.

Face à la chaîne des Puys, Édouard fera brouter des chèvres dites « Massif central », d’une antique et rustique lignée caprine menacée de disparition après les 30 Glorieuses croqueuses de particularismes, qui les ont remplacées par des races de meilleures laitières, plus à même de passer le cap de l’industrialisation de la production.

Le septuagénaire, qui poursuivait péniblement sa tâche d’éleveur de limousines, lui cède alors son domaine, ainsi préservé de ceux qui souhaitaient le morceler pour s’en tailler de plus vastes. Face à la chaîne des Puys, Édouard fera brouter des chèvres dites « Massif central », d’une antique et rustique lignée caprine menacée de disparition après les 30 Glorieuses croqueuses de particularismes, qui les ont remplacées par des races de meilleures laitières, plus à même de passer le cap de l’industrialisation de la production.

 

Lire aussi : Les communes, dernier lieu de sociabilité humaine

 

Y aura-t-il de la chèvre à Noël ?

 

Comme souvent, c’est à une poignée de doux dingues que les amateurs de crottin doivent leur sauvegarde. Ainsi Édouard a-t-il pu acquérir son premier cheptel auprès d’éleveurs passionnés et s’assurer que les mâles garants de son renouvellement ne seraient pas boucs issus d’inséminations artificielles. Édouard compte d’ailleurs effectuer la sélection de ses bêtes à l’ancienne, par l’observation individuelle, en vue d’obtenir un troupeau plus résistant aux parasites et aux intempéries. Un troupeau non traité, peut-être porteur de maladies, mais qui saura vivre avec.

 

Pour le moment, Édouard s’attache à la restauration de ses futures pâtures. Ni traitées, ni labourées depuis belle lurette, ses terres pourront être labellisées bio plus rapidement que prévu. Pour atteindre les 500 litres de production par tête et par saison, l’alimentation sera complétée par quelques céréales et protéagineux, tous produits in situ et consommés dans des proportions qui ne blesseront pas le fragile système digestif des ruminants.

D’AMAP en ventes directes, la précieuse production d’Édouard pourra même arriver jusqu’à Paris. Un pari qu’on lui souhaite réussi.

Du côté de la fromagerie, même esprit mi-puriste mi-réaliste : les ferments destinés aux fromages lactiques proviendront directement du petit-lait recueilli sur la traite. La présure nécessaire à la fabrication des yaourts, plus délicate à extraire puisque provenant directement de l’estomac du chevreau, sera, elle, industrielle : Édouard ne peut pas encore se permettre de « rater son caillé ». Mais il promet à sa future clientèle une large gamme fromagère, avec pour spécialité « l’épicéa », pâte molle aux parfums boisés. D’AMAP en ventes directes, la précieuse production d’Édouard pourra même arriver jusqu’à Paris. Un pari qu’on lui souhaite réussi.

 

Marie Dumoulin

 

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