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La mondialisation est malheureuse, fors pour quelques citoyens hors-sol. Quand le cinéma se penche sur cette maladie de l’âme, cela donne de remarquables réussites politiques. La preuve.
Que le libéralisme en tant que pensée à la fois politique, culturelle et anthropologique soit responsable de la situation mondiale, catastrophique à toutes les échelles, pour la majorité des humains, ou que cette responsabilité incombe plutôt à ceux qui ont ouvert les portes à sa version radicalisée, le débat est en cours. En tout cas : villes mondiales reliées entre elles, à la fois complémentaires et en concurrence, métropoles, mégapoles, archipel métropolitain mondial, skyline pour les gagnants du malheur des autres, shrinking cities pour les perdants, tout cela devait produire un ruissellement du haut vers le bas et une « mondialisation heureuse ».
le bonheur n’est pas dans le pré carré de l’oligarchie mondiale
Chacun le sait aujourd’hui : le bonheur n’est pas dans le pré carré de l’oligarchie mondiale – les fumeuses « élites » du politiquement correct qui voient des « déplorables » ou des « sans-dents » partout, distinguent la population entre ceux qui ne sont rien et les autres, tout en accusant, comble du cynisme, leurs opposants d’être « clivants » – qui contrôle de plus en plus nos vies depuis les centres de commandement économiques, financiers, médiatiques et culturels que sont ces villes. Il est frappant de voir l’évolution du regard du cinéma sur ces villes.
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L’archipel des villes mondiales se fait un ciné bad trip
Un bad trip, avec deux excellents films. Que de la bonne, dirait-on à Chanteloup-les-Vignes si l’on avait conscience dans les cités de l’existence des civilisations et de la culture. Ces deux films, Alice et le maire de Nicolas Pariser, réalisateur débutant né en 1974, et Un jour de pluie à New-York de Woody Allen, réalisateur star né en 1935, malgré la distance générationnelle, disent beaucoup de l’état de la mondialisation urbaine si l’on en rapproche les discours. Dans le premier, le projet mégalomaniaque et électoraliste « Lyon 1 500 ans » tombe à l’eau bien que porté par un bobo mondialisé et milliardaire français qui veut créer une nouvelle citoyenneté, mondiale évidemment, en inventant une sorte de pays hors-sol unissant les dix principales métropoles du monde. En virant le peuple de l’histoire, en somme. La critique de l’univers mental des bobos faite par Nicolas Pariser est féroce.
Il en va de même de celle menée par Woody Allen. Un jour de pluie à New-York ressemble à un film habituel du réalisateur, avec courses croisées entre personnages, amours faussées et déçues, révélation de jeunes actrices, plans exceptionnels sur Manhattan, importance de l’art et de la culture classiques comme nécessité pour qui veut s’ouvrir au présent, et dérive urbaine. Du Woody Allen, un peu comme l’on pouvait le penser à propos de Minuit à Paris, les deux films ayant bien des points communs, à commencer par la nostalgie.
La mondialisation ou la vie ? Nous choisirons la vie.
Cette même nostalgie, un mot que nous n’avons certainement pas fini d’entendre au sein de la critique de la mondialisation, qui fait le lien avec Alice et le maire. Ces deux films dont on croit qu’ils n’ont rien en commun, portent pourtant en eux cette nostalgie, d’un monde contre-mondialisé pour Pariser, du monde d’avant, d’un Manhattan de la beauté, pour Woody Allen – une nostalgie qui est la forme artistique de la révolution politique aujourd’hui et qui a pour nom conservatisme. La mondialisation ou la vie ? Nous choisirons la vie.
Matthieu Baumier
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