Skip to content

Hong Kong : Pivot malheureux de la NBA

Par

Publié le

15 janvier 2020

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1578911079396{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Une règle non-écrite veut que les compagnies américaines opérant en Chine évitent de parler des trois T (Taïwan, Tibet et Tiananmen) : « Évitez le nid de frelons, vous pourrez faire du business en Chine, ramasser le jackpot, et tout ira bien ». Il convient désormais d’y ajouter le HK de Hong Kong. La preuve par la National Basket-ball Association (NBA).

 

 

 

Le 5 octobre, le manager de l’équipe de basket des Houston Rockets a réveillé les frelons asiatiques : « Fight for freedom, stand with Hong Kong », s’est ému Daryl Morey sur Twitter à propos de la répression chinoise dans l’ancienne colonie britannique. Le Consul général de Chine à Houston a aussitôt exigé réparation. De son côté, la CBA (Chinese Basketball Association) présidée par Yao Ming, a suspendu toute coopération avec les Rockets. La société de services internet Tencent, partenaire numérique exclusif de la NBA, a interrompu la diffusion en streaming de leurs matchs. De même, la chaîne CCTV 5 a annulé toute diffusion et le fabriquant de smartphones Vivo a cessé de les sponsoriser.

Joe Tsai, vice-président d’Alibaba et propriétaire de la franchise NBA des Brooklyn Nets, a qualifié le mouvement hongkongais de séparatiste. Sa conclusion est sans appel : « Hong Kong est un territoire chinois et cela n’est pas négociable ».

Les revendeurs Alibaba et JD.com, ainsi que les magasins Nike et NBA des grandes villes chinoises ont été contraints de retirer les sneakers et autres marchandises à l’effigie des Rockets, de même que les références à cette équipe ont été gommées des aires de jeux à thème NBA de Pékin et Shanghai. Joe Tsai, vice-président d’Alibaba et propriétaire de la franchise NBA des Brooklyn Nets, a qualifié le mouvement hongkongais de séparatiste. Sa conclusion est sans appel : « Hong Kong est un territoire chinois et cela n’est pas négociable ».

 

Lire aussi : Monsieur Wong de Hong-Kong

 

Depuis que le Shanghaïen Yao Ming a joué en 2010 dans l’équipe de NBA des Houston Rockets, la popularité du basket n’a cessé de croître en Chine : 300 millions de Chinois le pratiquent et 500 millions suivent les matchs de la NBA programmés par Tencent (soit plus qu’aux ÉtatsUnis). Valorisée à 2 milliards de dollars lors de sa création en 2008, la filiale chinoise de la NBA atteint aujourd’hui 4 milliards. David Stern, le président-fondateur de la ligue, avait annoncé la couleur : « Croyez -moi, la situation chinoise m’ennuie mais, au bout du compte, j’ai une responsabilité vis-à-vis de mes propriétaires, celle de gagner de l’argent, et je ne dois jamais l’oublier quels que soient mes sentiments personnels ». Aujourd’hui la tempête de protestations soulevée en Chine par ce tweet menace la pérennité des gains de la filiale NBA en Chine : « Morey doit des excuses au peuple chinois », a titré Le Quotidien du peuple, le journal officiel du parti communiste chinois, le 10 octobre.

« S’ils ne peuvent suivre les matchs en Chine, les fans sont prêts à contourner la censure internet, voire à quitter le pays », estiment les correspondants du New-York Times à Pékin, Paul Mozur et Amy Qin.

Le basket ou la mort

 

Dès le 7 octobre, Mike Bass, directeur de la communication de la NBA s’était pourtant montré désolé sur le réseau social chinois Weibo : « Nous sommes désappointés par ces remarques inappropriées qui ont, sans aucun doute, blessé les sentiments de nos fans chinois ». Le lendemain, à Tokyo où l’équipe était en déplacement, le joueur vedette des Rockets, James Halden avait lui aussi battu sa coulpe : « Nous nous excusons, croyez-moi, nous aimons la Chine et nous aimons y jouer ». Une censure totale des matchs NBA apparaît cependant difficile à mettre en œuvre, la susceptibilité nationaliste se trouvant désormais concurrencée par l’appétit de consommation des produits, objets et spectacles, matériels ou numériques fournis par les firmes américaines, dont la NBA : « S’ils ne peuvent suivre les matchs en Chine, les fans sont prêts à contourner la censure internet, voire à quitter le pays », estiment les correspondants du New-York Times à Pékin, Paul Mozur et Amy Qin. Le 10 octobre, à Shanghai, des milliers de fans surexcités ont acclamé les équipes d’un match de la NBA. Toujours le 7 octobre, un blogueur chinois de 25 ans, Wang Haoda, était arrêté pour avoir clamé sur Weibo, en dépit du tweet du manager de l’équipe, son attachement aux Houston Rockets : « Je vis et mourrai avec mon équipe ». Un selfie le montrait l’œil droit barré du bandeau-symbole des manifestants hongkongais et brandissant un briquet allumé sous un drapeau chinois.

 

Lire aussi : L’éditorial monde de Hadrien Desuin : Hong-Kong happé par la Chine

 

Les Chinois passionnés de football ont le choix entre les championnats britannique, français, italien ou espagnol, mais ils ne disposent pas, pour le basket, de véritable alternative à la NBA. Les 20 équipes chinoises n’atteignent pas ce niveau de jeu et ne semblent pas prêtes à produire d’autres talents comparables à Yao Ming. La NBA est suivie par 42 millions de fans sur la plateforme Weibo, dont 8,5 millions pour les très populaires Golden State Warriors, contre à peine 1 million pour l’équipe chinoise la plus suivie. L’annulation décidée par Tencent n’aura duré qu’une semaine.

« Nous sommes meilleurs que cela, les droits de l’homme ne sont pas à vendre et la NBA ne devrait pas apporter son appui à la censure du parti communiste chinois »

S’excuser d’avoir présenté de telles excuses ?

 

Pour autant, la NBA n’a pas éteint l’incendie. Le feu a repris à l’intérieur de la maison. Pour le sénateur Rick Scott de Floride, la NBA s’est tout simplement déshonorée : « La NBA se prosterne devant Pékin pour protéger ses intérêts et désavoue ceux qui ont le courage de soutenir les Hongkongais ! Honteux ! » Les sénateurs Josh Hawley, républicain du Missouri, et Brian Schatz, démocrate d’Hawaï ont également condamné ces excuses : « Nous sommes meilleurs que cela, les droits de l’homme ne sont pas à vendre et la NBA ne devrait pas apporter son appui à la censure du parti communiste chinois ». Mitch McConnell, leader de la majorité républicaine au Sénat a également reproché à la NBA sa gestion de l’affaire : « Le peuple de Hong Kong a risqué bien plus que des dollars pour défendre sa liberté d’expression, son autonomie et les droits de l’homme ». Les sénateurs Josh Hawle et Bill Pascrell ont aussi reproché à la NBA de privilégier ses intérêts financiers au détriment des valeurs démocratiques.

 

Lire aussi : Jean-Guillaume Remise : « Il y a désormais une fierté du libéralisme politique existant à Hong-Kong »

 

Inquiet de l’impact économique du tweet et de l’image de marque du basket américain, le président de la NBA, Adam Silver a finalement tenté de recoller les morceaux : « Je comprends la réaction du gouvernement et des milieux d’affaires chinois, mais nous continuerons cependant à soutenir la liberté de parole de nos employés quelles qu’en soient les conséquences ». Il n’a pas convaincu le charismatique texan Beto O’Rourke, ex-candidat aux primaires démocrates : « Les seules excuses recevables de la NBA seraient de s’excuser d’avoir fait passer ses intérêts avant les droits de l’homme ».

Entre les intérêts politiques des élus et les calculs financiers de la NBA, les droits des Hongkongais n’ont pas fini d’agiter les consciences américaines.

 

François-Yves Damon

 

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest