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Fleur de lys est un fromage québécois « à pâte molle à croûte fleurie d’un duvet blanc à beige avec des reflets jaune paille, fait de lait et de crème pasteurisés ». La fleur de lys est-elle devenue plus québecoise que française ? Je crois surtout qu’elle était devenue une marque d’excellence alimentaire. Je l’ai retrouvée sur des paquets de lentilles et dans le « papier d’argent » qui enrobe certaines plaques de chocolat, sur des conserves de coq au vin et du beurre premier choix. On ne parle même pas des vins. Bon joueur, j’avais exclu l’Anjou et ses armes de mes inventaires.
Certains pourraient penser que c’est déchoir. N’oublions pas qu’au musée Carnavalet on peut admirer un panonceau de l’administration des postes qui n’est autre que les armes de France, ce qui est quand même une manière de réclame (Restauration, cela dit). Les rois avaient semé et laissé semer les lys un peu partout, avec prodigalité, sans farouche politique de droits d’auteur, considérant sans doute que l’emblème pouvait bien vivre sa vie d’autant qu’il renvoyait à la Vierge Marie et aux iris des marais (excitants à faible dose), Vierge et fleurs appartenant eux aussi à tout le monde. La fleur de lys s’exhibait au fronton autant qu’elle était foulée aux pieds, sur les tapis ou les carrelages, sans qu’on frémisse.
Les provinces et les villes elles aussi ont renoncé à arborer la marque royale devenue infamante, et des logos verts et sinueux disent maintenant une irréelle France monochrome.
La Révolution a voulu faire bon ordre. La ville de Paris avait passé des contrats avec les entrepreneurs, comme à Saint-Paul Saint-Louis, dans le Marais, pour marteler les fleurs de lys. La restauration récente de la façade ne les a d’ailleurs pas restituées, même à faible dose. Les provinces et les villes elles aussi ont renoncé à arborer la marque royale devenue infamante, et des logos verts et sinueux disent maintenant une irréelle France monochrome.
Lire aussi : Un royalisme d’instinct
On rencontre donc plus souvent la fleur de lys dans les supermarchés que sur les édifices publics, qui en ont été soigneusement privés. La France, malgré deux cent trente ans de propagande, a continué de priser la fleur de lys comme symbole de qualité, de bonté et de francité, des chocolats les plus rares aux chaussettes vendues sur internet. Elle se raréfie quand même, et les inquiets répugnent désormais à exhiber la fleur ; ce n’est pas pour autant que les bonnets phrygiens ont fleuri sur les paquets de nouilles durables, ni les faisceaux de licteurs sur les rouleaux de papier toilette innovant. Moins alimentaire, moins débonnaire, la fleur de lys reste populaire (son émoticône existe) : elle a migré des lentilles aux murs et se trace à main levée sur les murailles honnêtes, officielles ou non, généralement satisfaites d’être arrachées au silence et promues citoyennes.
On rêve de voir semer ces fleurs en République, dont elles absorberaient les flux d’or qui corrompent la Cité.
Car la fleur de lys est dépolluante. L’iris des marais, qui peut même devenir envahissant, élimine les métaux du sol. On rêve de voir semer ces fleurs en République, dont elles absorberaient les flux d’or qui corrompent la Cité. Résumons-nous. Populaire, reconnue, pacifique, galvanisante, salubre, vivace, la fleur de lys est de droite.
Richard de Seze
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