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L’Action française, notre plus ancien mouvement politique, fait sa mue et tient le cap.
Il fut un temps où L’Action française se résumait à un journal, qui n’avait jamais été rentable même du temps de Maurras. Le journal avait changé de nom et était devenu L’Action française 2000, bondissant dans le XXIe siècle comme un chevreuil arthritique. Le mouvement s’enorgueillissait d’avoir eu Proust et Lacan comme lecteurs, haut fait trop littéraire. Bref, le mouvement végétait. Oubliées, les années 90 et la Génération Maurras, qui avait essaimé dans les ministères et les rédactions. Les anciens se rencontraient et saluaient l’apparition des petites revues rebelles, qui orbitaient loin du poussiéreux vaisseau amiral.
Puis vint le Printemps français. À la faveur des manifestations contre le mariage pour tous et sous l’égide du futur secrétaire général du mouvement, François Bel Ker, l’Action française fit le pari de mettre son étiquette sous le boisseau et de servir une cause commune, sans poursuivre, momentanément, l’épuisante tâche de changer sa désastreuse image. Manœuvre féconde. Le mouvement, depuis, ne cesse de grandir, de se conforter, de prendre pied dans les villes étudiantes et les grandes écoles et de discuter avec les écoles de pensée conservatrices, qu’il s’agisse de Limite (Gaultier Bès participe à l’un des colloques d’AF) ou d’Éléments.
Ils viennent de tous bords, issus de familles politisées ou non, riches ou pauvres, très peu de tradition royaliste.
Plus besoin d’invoquer Proust et Lacan, les jeunes veulent entendre parler de Maurras. Heureuse coïncidence, ce dernier sort du purgatoire éditorial où il avait été relégué car rééditions, biographies et études s’enchaînent : ceux qui cherchent à sortir de l’étouffant consensus politique ont désormais à leur disposition un chemin balisé qui les mène au 10, rue Croix-des-Petits-Champs, où les portraits de Daudet et Maurras surmontent les piles du Bien commun, le nouveau mensuel du mouvement (dont les militants écrivent dans d’autres journaux et revues), entre-temps devenu « Restauration nationale, mouvement d’Action Française », fin 2018.
Le local repeint à neuf accueille les conférences du Cercle de Flore : Rémi Brague, Jean Sévillia, Renaud Camus, Michel Grunewald… Et les éditions de Flore, lancées en 2019, comptent déjà cinq titres : manuel d’écologie militante écrit à plusieurs mains par les cadres du mouvement (qui ont lancé des nettoyages de plages ou de forêts dont on parle moins que de leurs prétendus exploits violents) ou réédition, préfacée par Frédéric Rouvillois, d’une contre-utopie royaliste du XXe siècle.
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Désormais les curieux affluent, bientôt transformés en militants que même le mariage ne détourne plus de la vieille maison : les « jeunes pros » constituent des groupes en parallèle des étudiants. Comme eux ils viennent de tous bords, issus de familles politisées ou non, riches ou pauvres, très peu de tradition royaliste. Seul le ventre mou de l’immonde bête libérale n’accouche d’aucune recrue : les descendants de giscardiens et de socialistes solfériniens répugnent aux idées nettes, aux grandes architectures politiques et aux combats pour la France. Ils s’effondrent sur eux-mêmes pendant que des propositions différentes fleurissent, portées par la même désaffection vis-à-vis de la politique traditionnelle. Macron et camelots, même combats !
Dans les faits, l’oligarchie macronienne liquide Latécoère pendant que les militants d’Action française en occupent le siège au nom de l’intérêt national. Trente ans auparavant, ils occupaient le Panthéon.
Du moins dans la dynamique. Dans les faits, les militants de la « Restauration nationale, mouvement d’Action française » occupèrent les ronds-points avec les Gilets jaunes et leur prêtèrent même leurs voix comme porte-parole. Dans les faits, l’oligarchie macronienne liquide Latécoère pendant que les militants d’Action française en occupent le siège au nom de l’intérêt national. Trente ans auparavant, ils occupaient le Panthéon. La police sert de trait d’union aux deux hauts faits. Et aux prochains camps Maxime Real del Sarte, la plus ancienne université d’été du plus ancien mouvement politique français, les embastillés d’hier pourront serrer la main à ceux d’aujourd’hui, tous écoutant les conférences de ceux qui, alors, prenaient des notes. À défaut de la nation, le mouvement est déjà restauré.
Richard de Seze
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