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Ancien du mythique groupe Jalons, Pierre Robin est spirituel, réac et stylé. Avec L’Esthétique contre-cool, il vient nous enseigner comment échapper à l’époque, sa vulgarité et sa fadeur. Une leçon de classe et de dissidence.
Que signifie être « contre-cool » ?
Je nourris une intense révolte intérieure – et inoffensive, hélas – contre le Paris super cool de Madame Hidalgo. Est contrecool ce que généralement l’opinion considère comme « pas cool du tout », qu’il s’agisse de personnalités de quartier et, bien sûr, d’idées politiques. Évidemment ça peut nous entraîner très loin dans le rejet de l’époque. En dernière analyse, je considère que la seule supériorité de ce présent sur tout un passé, ce sont certaines avancées technologiques. Et encore, du portable à l’ordinateur, sont-elles un considérable aliment à la crétinerie ambiante.
Cela fait à peu près trente ou quarante ans que j’essaie d’échapper à cette époque, tant j’ai vu à partir des années 80, disons, se lever une assez mauvaise ambiance sur ce pays, et singulièrement sur cette ville : Paris.
Votre ouvrage est-il un traité de résistance ?
Oui, évidemment. Cela fait à peu près trente ou quarante ans que j’essaie d’échapper à cette époque, tant j’ai vu à partir des années 80, disons, se lever une assez mauvaise ambiance sur ce pays, et singulièrement sur cette ville : Paris. Paris où je me vois vieillir pour le meilleur mais plus encore pour le pire. Ma résistance est bien évidemment dérisoire, bourrée qu’elle est de nostalgie et de chaussures anglaises usées, mais je me suis efforcé de construire un monde intérieur merveilleux, sinon attachant, nourri de souvenirs d’addictions et de détestations. Un monde où il n’y aurait ni foot ni tennis, ni rap ni Biolay, ni Marche rose ni Nuit blanche : je reconnais que je mets la barre un peu haut.
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Le Paris cool coule-t-il ?
Oui, Paris coule de l’avis général, y compris de l’avis de ceux qui se croient toujours cools. Paris, je ne vous apprendrai rien, est une ville de moins en moins française, de plus en plus sale et de plus en plus chère. Je ne peux donc respirer que dans un Paris parallèle très largement mort, où d’anciennes stars bien françaises serviraient de zombies, ou, dans le cas de Michèle Morgan, par exemple, de dames blanches. En 2019, c’est plus mergitur que fluctuat.
Il est amusant de noter qu’Édouard Philippe est devenu le mannequin de prestige de cette mode ridicule qui transforme le moindre ministre en serveur de bar branché.
Vous dites haïr les costumes serrés contre-couilles et les cravates fines qui sont devenus l’uniforme des présentateurs de télévision et des hommes politiques…
Cette tenue nous dit beaucoup sur l’« hanounisation » de tout, et, malheureusement, des costumes masculins. Il est amusant de noter qu’Édouard Philippe est devenu le mannequin de prestige de cette mode ridicule qui transforme le moindre ministre en serveur de bar branché. S’il fallait absolument choisir un Édouard comme Premier ministre, et ça ne vaut pas de ma part approbation politique, je préférerais encore Balladur qui a scrupuleusement observé les canons du bécébégisme british.
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Le grand désenchantement précède-t-il le grand remplacement culturel ?
Il m’apparaît évident que la pression migratoire joue. Il est manifeste qu’elle est évidente dans la sphère urbaine, et singulièrement parisienne, tant sur le plan musical que par la street wearisation de tout, laquelle affecte même l’ancienne bourgeoisie, ou du moins ses enfants. Vous verrez désormais plus de sweats à capuches que de pulls noués dans les rues de Neuilly. Ce nivellement par le bas a de quoi effectivement désenchanter et croyez bien que je suis « grave » désenchanté.
Oh, je dirais que le Paris que j’aime se nourrit à deux mamelles architecturales : l’haussmannisme du Second Empire et l’art-déco des années 20-30.
Comment définiriez-vous l’esthétique du Paris contre-cool ?
Oh, je dirais que le Paris que j’aime se nourrit à deux mamelles architecturales : l’haussmannisme du Second Empire et l’art-déco des années 20-30. Ces deux formes d’architecture étant particulièrement représentées dans les quartiers dits bourgeois de l’ouest parisien, elles ont nourri ma préférence. Le seizième est, par exemple, une sorte de musée art-déco à ciel ouvert.
J’ai fini bien des années après par entrer chez Castel. Je n’en ai conçu aucune gloire. C’était trop tard, tout était fini dans les années 90, il fallait y aller dans les années 60.
Vous narrez vos soirées de jeunesse où vous vous contentiez de trainer aux abords des boîtes courues de l’époque (L’Aventure ou Castel) sans jamais pouvoir y entrer. Était-ce fréquent, alors, de rôder autour des boîtes ?
Bien sûr, et l’un des sels de mon existence de branché était le test d’entrée aux Bains Douches. Nous avions une chance sur deux d’être repoussés par le physionomiste. Mais si on entrait dans ce temple new wave, on pouvait s’offrir de petits plaisirs : danser sur des tubes ultra à la mode, ou encore, apercevoir, entourés de leur cour et nimbés de leur jeune et éphémère gloire, Elli et Jacno. L’Aventure était une boîte bcbg du XVIe arrondissement que tenait la chanteuse Dani, et devant laquelle se réunissait un conglomérat de jeunes fachos et de minets du quartier et d’ailleurs. Je rentrais toujours chez moi, n’étant pas habilité à entrer. J’ai fini bien des années après par entrer chez Castel. Je n’en ai conçu aucune gloire. C’était trop tard, tout était fini dans les années 90, il fallait y aller dans les années 60.
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Chez les femmes, la mode est aux grosses fesses. Kim Kardashian a remplacé BB. Cool, pas cool, ou contre-cool ?
Absolument pas cool, et encore moins contre-cool, tout simplement désolant. Je ne prends pas beaucoup de risques en définissant sobrement Kim Kardashian comme une Vénus hottentote ou une bibendum-woman, grosse baudruche gonflée à l’hélium de la vulgarité. Et encore je suis injuste avec la vulgarité. Que ce monstre soit devenu une icône de beauté est une preuve accablante à apporter au dossier d’instruction jamais clos du procès que tout honnête homme ou femme se doit de faire contre cette société. Je m’empresse de préciser que je n’ai pas de goût pour les femmes filiformes, mais même l’opulence se doit de s’inscrire dans une certaine filiation classique.
Pour autant, il est vrai que je n’ai jamais vu de clip aussi dramatique que celui de « Lazarus », où Bowie met en scène son agonie, sa mort et sa peur. Il brise le tabou de l’après-vie, s’il y en a une. Le roi est nu.
Le testament sonique de David Bowie (« Lazarus ») vous semble un sommet contre-cool. Pourquoi ?
David Bowie a pour moi été, dès l’an 1973 après Jésus-Christ, un grand révélateur. Je n’en suis que plus à l’aise pour dire que son disque testamentaire n’est pas mon préféré. Pour autant, il est vrai que je n’ai jamais vu de clip aussi dramatique que celui de « Lazarus », où Bowie met en scène son agonie, sa mort et sa peur. Il brise le tabou de l’après-vie, s’il y en a une. Le roi est nu.
Propos recueillis par Gabriel Robin
NOSTALGIE ACIDE.
Pierre Robin a été contemporain de James Dean pendant 3 mois. Il est né la même année que la DS et la Caravelle, ce qui lui a donné une certaine idée nostalgique de la France et de la modernité. Après une jeunesse engagée dans les marges droitières de son temps, il a traîné ses guêtres dans diverses officines, comme le groupe satirique Jalons qui enivra les années 80 et 90 de parodies de presse et de manifestations baroques. Déambulation dans un Paris froid et racé, L’Esthétique contrecool est richement illustré de photos de grands anciens ou d’immeubles bourgeois de la capitale qui semblent sortis d’une époque à jamais oubliée. Spleenétique, l’auteur nous transporte des banlieues vers les clubs à la mode des années 1970 et 1980, sans oublier de nous dispenser conseils d’élégance et considérations sur la musique populaire. Anachronique, rebelle, plein d’esprit?: le témoignage d’un vrai réprouvé.
G.R.
L’ESTHÉTIQUE CONTRE-COOL Pierre Robin (préface de Bertrand Burgalat) Rue Fromentin 150 p. – 22 €

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