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Mehdi Djaadi : Que sa joie demeure

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Publié le

17 février 2020

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Il est un attribut qui frappe chez Mehdi Djaadi ou plutôt Mehdi-Emmanuel Djaadi. Ce n’est ni sa grande taille, ni sa voix haute et claire, ce sont bien ses yeux. Ils fixent, accrochent et s’animent tandis que l’entretien se poursuit. Ils se font parfois durs et froids lorsqu’il évoque son passé. Puis il se met à parler du Christ. Et là, ils se font doux, brillants et clairs. Né dans la banlieue rouge désormais banlieue verte de Saint-Étienne, rien ne destinait cet enfant d’immigrés algériens, passé par l’école coranique et la délinquance, à ce destin de comédien catholique à la foi contagieuse.

 

« Je ne suis pas Français de souche mais Français de tripe », affirme-t-il en préambule. On le croit sur parole lorsqu’il évoque ce pays qu’il aime et qu’il a dans la peau. Pourtant rien ne le destinait à l’aimer de la sorte. École coranique, on l’a dit. Mais aussi le rap, la maison de correction, le deal et la grande délinquance. Mais le dessein de Dieu est parfois tout aussi impénétrable qu’une biennale de danse contemporaine.

 

 

 

 

Car, tandis que le Mehdi adolescent s’éloignait de l’islam, « une religion de l’arrangement ou le croyant “dealait” sans arrêt avec Allah », croissait en lui un désir profond de liberté et de recherche de sens. « Je cherchais Dieu sans arrêt », confie-t-il dans un souffle. Mais ce fut d’abord le rap. « J’ai voulu me venger de la France pour devenir libre », affirme-t-il avant d’aller plus loin : « Il y a trois tentations pour l’Arabe qui échoue : tu as le choix entre le repli religieux ou l’ascension sociale par le foot et le rap. Dans tous les cas c’est un nihilisme ». Et la troisième voie ? « Tu deviens un musulman de France style Médine ou Mouloud Achour », écarte-t-il en souriant.

Notamment, il se rendait régulièrement dans l’église évangélique d’à-côté. « Je venais pour les confronter et pour me moquer d’eux. Et puis, moi le musulman, j’ai entendu parler d’un Dieu qui nous aimait ».

Cet éloignement de l’islam coïncide aussi avec un enfoncement dans la délinquance. Mais aussi avec ses premiers questionnements. Notamment, il se rendait régulièrement dans l’église évangélique d’à-côté. « Je venais pour les confronter et pour me moquer d’eux. Et puis, moi le musulman, j’ai entendu parler d’un Dieu qui nous aimait ». Premier choc.

« Je venais de découvrir le Christ et me voilà embarqué dans un milieu aux antipodes de là d’où je viens et de ma foi neuve. Avec tout de même un point commun : un fort sentiment antichrétien »

Un choc qui l’amènera à fréquenter le temple de plus en plus régulièrement jusqu’au baptême à 21 ans. « Un moment inoubliable accompagné d’une joie et d’une paix profonde ». À partir de ce jour, il s’éloigne de sa communauté et emménage à Valence. Hébergé et protégé par le réseau protestant, Mehdi tente d’entretenir sa foi et de la faire grandir. C’est à ce moment-là aussi qu’il découvre le théâtre et commence une formation qui le mènera à l’école d’art dramatique de Lausanne. Gros choc culturel. L’entrée dans la communauté artistique suisse, avec sa cohorte de délires qu’on ne décrira pas, ne se passe pas sans heurt. « Je venais de découvrir le Christ et me voilà embarqué dans un milieu aux antipodes de là d’où je viens et de ma foi neuve. Avec tout de même un point commun : un fort sentiment antichrétien ». Le yin et le yang de la postmodernité en somme.

 

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Puis vient le temps de l’acédie. Mehdi ne se sent plus nourri par le Temple. Les doutes reviennent et l’assaillent. Et puis à l’été 2011, ce coup de téléphone de Jonathan, son pote de maison de correction : « Je vais en retraite à l’abbaye de Sept-Fons. Viens ».

« j’ai compris au fond de moi que j’avais enfin trouvé ce que j’ai cherché toute ma vie »

Et là, le choc spirituel, le vide de plénitude, la chaleur glaciale, la disparition éclatante. Ce moment qu’aucun oxymore ne saurait expliquer. Combien de temps cela a-t-il duré ? Trente secondes ? Trois minutes ? Trois heures ? Mehdi a été aveuglé par l’hostie. Comme plongé dedans, « j’ai compris au fond de moi que j’avais enfin trouvé ce que j’ai cherché toute ma vie ». Il sort de l’église, tombe sur le frère hôtelier et déclare : « je veux être catholique ».

« Au-delà de tout, je reste accroché à cette paix intérieure, cette joie profonde, cette certitude d’être dans le Christ et qu’Il est en moi »

Depuis ce jour, Mehdi-Emmanuel chemine sereinement. Sa carrière de comédien a décollé avec une nomination aux Césars. L’année de ses 33 ans, celle où d’autres témoignent jusqu’à se faire crucifier, il joue aujourd’hui son seul-en-scène à Paris intitulé « Coming-Out ». Un spectacle qui le voit raconter son parcours avec un humour et une profondeur qui le caractérisent. Sa vie n’est pourtant pas sans difficulté. Ses choix l’ont éloigné considérablement de sa famille et de ce qui l’avait construit jusqu’alors. « Au-delà de tout, je reste accroché à cette paix intérieure, cette joie profonde, cette certitude d’être dans le Christ et qu’Il est en moi ». L’école coranique lui a donné le goût d’en-haut. La délinquance celui de la comédie. Le rap a affiné sa créativité et le milieu artistique mondialisé son désir d’enracinement et de sens. À croire que tout mène à Dieu.

 

 

Marc Defay

 

 

 

 

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