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La droite italienne est en pleine recomposition: la disparition programmée de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, laisse la place à un duo de fer. Giorgia Meloni, dont le parti est en pleine ascension, est-elle une menace pour Matteo Salvini, ou bien l’un de ses meilleurs alliés ? Enquête au cœur de la droite italienne.
Elle est partout Giorgia : Le Monde, El pais, Time qui la classe parmi les vingt personnalités qui vont compter en 2020 dans le monde (l’an dernier c’était Matteo Salvini) et jusqu’à Avvenire, le quotidien de la conférence épiscopale italienne, tous lui ouvrent leurs colonnes, tandis qu’à longueur d’éditions Matteo Salvini est présenté, au mieux, comme l’incarnation d’un Belzebuth des temps modernes. Même Repubblica, le quotidien de référence de la gauche italienne, dont l’obsession anti-Salvini a remplacé avantageusement l’anti-berlusconisme des années 90 et 2000, consacre quasi quotidiennement des articles melliflus à la dirigeante du parti Fratelli d’Italia. Sur les ondes et plateaux de télévision, elle le dispute à l’omniprésent Matteo.
Cette romaine qui vient des faubourgs de la Garbatella, quartier populaire de Rome, élevée par une mère seule, a su très tôt qu’elle ne pouvait compter que sur elle-même.
Miraculeuse conversion aux valeurs de la droite sociale et conservatrice qui sont celles de la blonde Giorgia Meloni – et accessoirement celle de la Ligue de Matteo Salvini ? Pas vraiment ! Certes, on dit de Giorgia Meloni, à force de travail, de ténacité et de sérieux que c’est une « secchione », une première de classe. Cette romaine qui vient des faubourgs de la Garbatella, quartier populaire de Rome, élevée par une mère seule, a su très tôt qu’elle ne pouvait compter que sur elle-même. Avec 11,3 % d’intentions de votes dans les derniers sondages (sondage TG la 7 du 17 février) elle est en train de réaliser son objectif. Son parti, issu des décombres d’Alleanza Nationale (ex-MSI), devient l’allié incontournable et indispensable du centre-droit, dont le leader incontesté est Matteo Salvini (32,2 % d’intentions de vote), quand la droite purement berlusconienne, incarnée par Forza Italia, poursuit son inexorable déclin (5,7 % dans le même sondage).
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Elle qui était matraquée par la gauche, parce que femme de droite, a en réalité « explosé » lors du meeting de l’Orgueil italien organisé par Matteo Salvini le 19 octobre dernier à Rome, pour regonfler ses troupes après la déconfiture de l’été dernier et réaffirmer la solidité de l’alliance des partis de droite. Lors de ce meeting, on pouvait voir ce petit bout de femme énergique et charismatique électriser la foule : « Moi je suis Giorgia, je suis une mère, je suis chrétienne, je suis italienne », volant la vedette à Matteo Salvini, et réaffirmant avec force les racines communes des deux mouvements: défense de l’identité italienne face aux assauts de l’islamisme, promotion de la famille et réaffirmation de la souveraineté nationale.
Fratelli d’Italia et la Ligue comptent 43,5 % des intentions de vote
De toute évidence ils font peur à la gauche qui, malgré un léger rebond après la victoire aux régionales en Émilie-Romagne (où elle a tout de même perdu 10 points par rapport aux précédentes élections) reste empêtrée dans ses contradictions, miroir des faiblesses structurelles de l’actuelle coalition gouvernementale formée par le Parti démocrate (PD) et M5S (Mouvement cinq étoiles). Une gauche qui, à force de tractations politiciennes et avec l’assentiment objectif du Président de la République Sergio Matarella, tente continuellement de repousser la tenue d’élections anticipées, qui signeraient pour elle une défaite magistrale. En clair, l’Italie, majoritairement à droite, est gouvernée à gauche.
Gianfranco Fini, loin d’avoir le destin national que lui avait fait miroiter une surexposition médiatique bien orchestrée, disparut rapidement du paysage politique, après avoir trahi ses origines ultra-droitières.
Face au péril bleu, dans un bel ensemble, l’intelligentsia de gauche italienne tente de rejouer la partition du duel Berlusconi-Fini sous les nouvelles couleurs d’un derby Meloni-Salvini. Lorsque Berlusconi était au sommet de sa carrière politique, Gianfranco Fini, un ancien du MSI puis d’Alleanza Nazionale passé dans le parti de Berlusconi fut porté au pinacle afin de semer la zizanie. Gianfranco Fini, loin d’avoir le destin national que lui avait fait miroiter une surexposition médiatique bien orchestrée, disparut rapidement du paysage politique, après avoir trahi ses origines ultra-droitières.
Fais attention Giorgia !
Aujourd’hui, la même manœuvre est tentée pour déstabiliser le duo Salvini-Meloni. « Fais attention, Giorgia ! » l’avertit Maurizio Belpietro, figure notoire du journalisme italien, et actuel patron du magazine Panorama et du quotidien La Verità. « Fini a trahi la droite, je ne crois pas que l’on puisse dire la même chose de moi », se récrie la patronne de Fratelli d’Italia. Interrogée quasi-quotidiennement sur ses divergences avec Matteo Salvini, sur les ondes et sur les plateaux, en italien, en anglais et en espagnol, elle répond: « Nous sommes différents mais nous sommes compatibles. Nous nous disputons, mais nous savons que nous gouvernerons ensemble », arguant que « l’avantage du centre-droit est d’avoir une réalité plurielle ». Matteo Salvini, toujours pragmatique, rétorque qu’« un allié à 10 % c’est nettement mieux qu’un allié à 3 % car cela t’aide à vaincre ». Et tous deux publient, le 10 février dernier, un selfie pris ensemble lors de la commémoration du massacre des Foibe. Hilares, ils commentent sur les réseaux sociaux : « À la face de ceux qui voudraient nous voir nous disputer! »
« La droite c’est nous », s’écrie Giorgia Meloni, quand des membres de la Ligue que nous avons rencontrés dans les hautes coursives du palais de Montecitorio, siège de l’Assemblée nationale, rappellent que la Ligue est un parti de gouvernement (depuis 1994) provisoirement dans l’opposition.
Certes, le duo composé de deux personnalités extrêmement fortes, venant d’horizons politiques différents – les origines de la Ligue du Nord, régionaliste et anti-fasciste sont aux antipodes de la tradition post-fasciste dont est issu Fratelli d’Italia – ne s’épargne pas quelques piques lancées çà et là : « La droite c’est nous », s’écrie Giorgia Meloni, quand des membres de la Ligue que nous avons rencontrés dans les hautes coursives du palais de Montecitorio, siège de l’Assemblée nationale, rappellent que la Ligue est un parti de gouvernement (depuis 1994) provisoirement dans l’opposition.
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Récemment, on a vanté l’agenda international de Giorgia Meloni: elle a ouvert la conférence romaine sur le national-conservatisme. L’absence de Salvini au dernier moment a fait les gorges chaudes de toute la droite italienne. Retournant la situation à son avantage avec une belle intuition politique, Meloni, quittant son inénarrable accent « romanaccio » s’est exprimée dans un anglais parfait, citant avec aisance Tolkien et Scruton, avant de s’envoler vers les États-Unis pour le National Prayer Breakfast, rassemblement annuel politico-spirituel du parti de Donald Trump. Le 7 février, Matteo Salvini était interviewé par le New York Times, et Salvini et Giorgetti ont tenu une longue conférence de presse devant les correspondants étrangers à Rome, afin de rendre plus visible leur philo-trumpisme. Matteo Salvini avait d’ailleurs rencontré Donald Trump au tout début de sa campagne de 2016 pour les présidentielles américaines.
Après avoir rencontré Orban lors de son passage à Rome, Giorgia Meloni a affirmé que si le PPE maintenait son ostracisme vis-à-vis du dirigeant hongrois, elle l’accueillerait bien volontiers au CRE, « son habitat naturel ».
Au parlement européen, Meloni et Salvini, malgré leur proximité idéologique, ne siègent pas dans le même groupe : Fratelli d’Italia assure la vice-présidence du groupe des Conservateurs et réformistes européens, le CRE, qui compte également le Parti Droit et Justice (PIS) polonais, quand la Ligue préside le groupe Identité et démocratie dont font partie le Rassemblement National et l’Af D allemande. Après avoir rencontré Orban lors de son passage à Rome, Giorgia Meloni a affirmé que si le PPE maintenait son ostracisme vis-à-vis du dirigeant hongrois, elle l’accueillerait bien volontiers au CRE, « son habitat naturel ».
À la question de savoir si la Ligue est prête à quitter le groupe Identité et démocratie pour passer au CRE où siège déjà Fratelli d’Italia, il répond que « pour lui, cela peut se faire dès demain. Nous ne connaissons que peu les Allemands, et aucun mariage n’est indissoluble ».
De son côté, la Ligue a nommé en février dernier Giancarlo Giorgetti responsable des relations internationales du parti: fidèle entre les fidèles, ancien secrétaire à la Présidence du Conseil du précédent gouvernement et membre de la Ligue depuis l’époque Bossi, Giorgetti est le pilier institutionnel du parti, l’aile modérée. La tâche qui lui est assignée est de montrer à tous, et d’abord à l’Europe que « la Ligue est un parti de gouvernement depuis vingt ans, et non une bande de fascistes comme le répète la gauche de façon fatigante et stupide », comme il l’explique au Corriere della Sera. À la question de savoir si la Ligue est prête à quitter le groupe Identité et démocratie pour passer au CRE où siège déjà Fratelli d’Italia, il répond que « pour lui, cela peut se faire dès demain. Nous ne connaissons que peu les Allemands, et aucun mariage n’est indissoluble ». Il faudra pour cela passer par Fratelli d’Italia et infliger un camouflet au Rassemblement National. Matteo Salvini est-il prêt à lui tourner le dos ? Rien n’est moins sûr; son absence à la conférence romaine sur le national-conservatisme et celle des députés du RN (interdits d’y paraître sur ordre de Marine Le Pen) en disent beaucoup.
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Lorenzo Fontana, très proche de Matteo Salvini, et figure de l’aile conservatrice de la Ligue, se montrait optimiste lors d’un séminaire organisé par le think-tank Destra Liberale et le journal L’Opinione. Selon le site d’information italien Formiche, Ryszard Antoni Legutko, un des leaders des conservateurs polonais n’est pas hostile à ce renforcement du mouvement des conservateurs européens. Ainsi, au-delà des tractations politiciennes, ces mouvements montrent que le conservatisme, s’extirpant du carcan qui lui était assigné par une gauche omnipotente, est en passe de se réinventer, et se positionne comme un des fondements de la post-modernité.
Certes, des frictions entre les deux alliés existent, et les discussions à venir sur les listes à présenter lors des élections régionales du printemps prochain ne sont pas les moindres. Mais bien plus que la doctrine d’une paix armée, celle de l’entente cordiale paraît plus vraisemblable.
Enfin, l’une des clés de compréhension indispensable de ce qui se joue aujourd’hui au sein de la droite italienne est la réelle culture de la coalition qu’ont nos voisins transalpins. Certes, des frictions entre les deux alliés existent, et les discussions à venir sur les listes à présenter lors des élections régionales du printemps prochain ne sont pas les moindres. Mais bien plus que la doctrine d’une paix armée, celle de l’entente cordiale paraît plus vraisemblable.
Marie d’Armagnac
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