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Maintenant et à l’heure de notre mort

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Publié le

26 mars 2020

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On annonce le rappel à Dieu de (…) – (…) s’est endormi dans la paix du Seigneur. « J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir ». Credo du concile de Nicée, 425.

 

 

Vivre, c’est se dépouiller de tout, jusqu’à la fin. Abandonner et se dessaisir de sa conscience. Renoncer en quelque sorte. Accepter de mourir, c’est accepter la vie. Faire avec, c’est souvent faire sans. Devant la mort, Dieu n’est jamais loin. Le propre de la destruction est de laisser l’espérance ouverte pour la réconciliation avec Dieu. Comme dans l’Apocalypse.

 

 

 

Les adolescents que nous sommes flirtent avec la mort. Elle est « la possibilité extrême de toute possibilité d’existence », écrit Heidegger dans Être et Temps.

 

Le suicide est l’expression de l’angoisse de la mort et la réponse à cette angoisse. L’unique antidote de la mort reste de ne pas naître. D’ailleurs, c’est ce que dit saint Augustin dans Sur le bien du mariage, que tous s’abstiennent d’enfanter afin que la fin du monde s’en trouve hâtée.

Le verbe s’est fait chair. Un peu trop parfois. La nouvelle jouissance morbide demeure parmi nous.

La vie éternelle est un renouvellement. Ce qui arrive quand on met la disquette de secours. L’art cherche à vivifier et à dédramatiser la mort par l’action brute. Des actionnistes viennois aux scènes de crime de Monory jusqu’aux autels sauvages et leurs bouquets fanés, memento mori le long des routes, ou la délectation des accidents de voiture du Crash de Cronenberg, la mort est devenue exhibition. Le verbe s’est fait chair. Un peu trop parfois. La nouvelle jouissance morbide demeure parmi nous.

 

La violence a été intégrée comme moyen désespéré et totalitaire. Les attentats sont les nouvelles apocalypses du devenir. Babel est l’image d’un urbain fou, vaniteux et multiculturel.

Alors que nous devrions retrouver cette part animale qui n’est à chaque instant que ce qu’elle est. On ne peut comprendre le réel qu’à partir de l’irréel. On craint la mort comme on craignait le noir enfant.

Nous vivons dans un bordel individuel, linguistique, politique. La modernité est caractérisée par une rationalisation généralisée : tout doit donner ses raisons. Alors que nous devrions retrouver cette part animale qui n’est à chaque instant que ce qu’elle est. On ne peut comprendre le réel qu’à partir de l’irréel. On craint la mort comme on craignait le noir enfant.

 

Les poètes de l’inconstance noire expriment les fluctuations, le sentiment d’instabilité et de vanité. Tout comme l’image du crâne, méditation et fuite du temps. Les étapes douloureuses à dépasser. Le langage nie la chose pour l’affirmer sans limite, absolument. La littérature est une mise à mort. « La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur », écrit Barthes, pour continuer sur la thématique de la photo dans La Chambre claire: « cette chose un peu terrible qu’il y a dans toute photo : le retour du mort ». La présence a été saisie.

 

Lire aussi : QUE FAIRE APRÈS L’ORGIE ? HERBIER SENTIMENTAL

 

« Dans la nuit de la mise en croix, Dieu de la viande en sang et comme l’ongle souillé d’une femme, est l’abîme dont il est la négation », voilà le blasphème de Bataille, où la destruction est toujours complice de la rénovation.

 

Nous sommes dans les temps de la mort du réel. Le présent est pourtant notre seul lot. La réalité n’est ni stable, ni saisissable. Bien et mal s’échangent et cette réversibilité remet en cause l’idée même de valeur. Peut-on parfaire le monde en le rendant virtuel? « L’extermination serait notre nouveau mode de disparition, celui qu’on aurait substitué à la mort », dit Baudrillard.

 

L’opérateur funéraire offre un large éventail de bois pour ceux qui en ont marre de lutter avec les ridicules. La beauté sera soudée à la mort. Ou à l’amour, qui désirera la beauté qui lui manque.

Cioran n’est que la juste suite de l’Ecclésiaste: « qui accroît son savoir accroît sa souffrance », et il vaut souvent mieux se divertir de façon frénétique. Trouver un moyen de désir et d’exaltation.

Pour Cioran, « on ne peut pas avoir de métier quand on pense à la mort. On peut seulement vivre en marge, comme un parasite ». Quand on commence à vivre de quelque chose, on en voit vite sa terrible nullité. Comprendre les ruines, c’est voir la nullité. Et prendre conscience de la finitude, n’est jamais loin d’une démission identitaire. La conscience aiguë sert d’épreuve morale. Cioran n’est que la juste suite de l’Ecclésiaste: « qui accroît son savoir accroît sa souffrance », et il vaut souvent mieux se divertir de façon frénétique. Trouver un moyen de désir et d’exaltation.

On sait que la corruption et les perspectives fatales créent le plaisir. Taillons dans le vif et brisons pour faire jaillir l’essentiel, qui doit se trouver dans l’expression mystique et le sursaut autoritaire.

« Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? », demandait Nietzsche dans L’Insensé. On sait que la corruption et les perspectives fatales créent le plaisir. Taillons dans le vif et brisons pour faire jaillir l’essentiel, qui doit se trouver dans l’expression mystique et le sursaut autoritaire.

 

 

Stéphanie-Lucie Mathern

 

 

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