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Blanche Streb : vitale

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Publié le

7 mai 2020

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À un certain stade, la souffrance n’est plus quantifiable. Elle n’est plus qu’un bloc, monolithique, lisse, sans aspérité à quoi se raccrocher. Dans certains passages d’Éclats de vie, le livre de Blanche Streb, ce bloc paraît si écrasant que l’espoir en devient humainement absurde voire uniquement dangereux. C’est alors qu’il devient l’Espérance. Comment la vie d’une jeune fille très sage, épanouie dans son travail et dans son couple, a-t-elle pu atteindre de tels sommets de douleurs ?
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Blanche Streb naît dans une famille alsacienne, d’un père ingénieur et d’une mère au foyer. Une famille aimante, qui grandit sous une ombre héroïque. Quelques générations plus tôt, des résistants ont été déportés par la Gestapo. Même s’il n’en est pas question à chaque repas, cet honneur oblige, et Blanche Streb lui attribue une part de sa préoccupation pour l’eugénisme. Elle avait déjà franchi la ligne bleue des Vosges pour faire son Lycée à Épinal, la voici à Nancy pour ses études. À l’époque, la faculté de pharmacie était une filière autonome, menant au domaine médical mais aussi à une filière industrielle. « Puisque j’avais des capacités, du temps devant moi, et parce que ma mère m’y poussait, je m’y suis investie avec passion ».

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Lors de l’année de spécialisation, elle doit choisir une autre faculté. À Lyon, des industriels proposent des emplois en apprentissage : la perspective de l’autonomie financière plus celle d’un travail passionnant dans les cosmétiques emporte son choix pour la ville aux deux collines. C’est alors qu’elle épouse un garçon patient: son mari aura attendu une décennie entre leur première bise et le moment de lui passer l’anneau. Peut-être qu’un tel témoignage d’amour et de confiance était un préalable nécessaire. Leur bonheur vole brutalement en éclats peu après la naissance de leur premier fils. Sans le savoir, elle subit une erreur médicale très grave qui la rend quasiment stérile.

Le couple ne s’en rendra compte que des mois plus tard. Après « une enquête quasiment policière autour de mon dossier médical », pour reprendre ses mots, la vérité la plus cruelle apparaît: pour redonner la vie, il va falloir passer par un tunnel de souffrances abominables. Miraculeusement, elle arrive à tomber enceinte. Après une grossesse très difficile, sa fille Marie décède au cours d’un accouchement prématuré dantesque qui ne lui a laissé aucune chance. Le tunnel devient un gouffre. Au fond du gouffre, Blanche Streb et son mari ont trouvé cette question: faut-il encore espérer, ou faut-il se résigner ? Un dilemme aussi âgé que la création. La lueur de l’espoir vaut-elle la possibilité de la déception ? La paix de la résignation vaut-elle l’amertume de la fin ?

Au fond du gouffre, Blanche Streb et son mari ont trouvé cette question: faut-il encore espérer, ou faut-il se résigner ? Un dilemme aussi âgé que la création. La lueur de l’espoir vaut-elle la possibilité de la déception ? La paix de la résignation vaut-elle l’amertume de la fin ?

Ancrés dans leur foi profonde, ils ont choisi. La vie trouve toujours un chemin. Miraculeusement, encore une fois, Blanche Streb retombe enceinte. La grossesse sera anxiogène et fragile à l’extrême. Immensément dure, physiquement, psychologiquement, spirituellement. Le drame a failli se reproduire. Jusqu’à l’eucatastrophe de la naissance. Comme lors d’un tsunami, pour reprendre une analogie qu’elle aime beaucoup, l’eau se retire des côtes avant d’arriver en une vague immense. Ainsi en est-il de leur bonheur.

Cette histoire, intime entre toutes, n’avait pas vocation à être connue en dehors de la famille et de ses proches. Mais parallèlement à ce récit familial, Blanche Streb commençait à avoir une vie publique. Elle mettait les compétences de son doctorat en pharmacie au service d’Alliance VITA dont elle dirige la formation et la recherche, sensibilisée aux combats bioéthiques par son expérience. Mais surtout, elle multiplie les témoignages, en particulier lors des journées de couples en espérance d’enfants organisée par Mgr Aupetit, médecin également. Deux semaines après que les éditions Artège lui commandent un essai sur la bioéthique, les éditions de l’Emmanuel lui proposent d’écrire un livre pour partager son parcours. Elle répond oui spontanément.

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Les livres de Bernanos, touché par la grâce, décrivent une humanité blessée qui se bat avec opiniâtreté pour chercher du sens dans l’absurdité de la souffrance. Dans les pages haletantes de Blanche Streb, l’émotion est décuplée par la véracité charnelle. Ce livre a été écrit d’une traite, avec les notes qu’elle a prises au jour le jour, pour épauler sa mémoire fatiguée par les traitements. Certaines phrases ou paragraphes ont dix ou douze ans, et ont été écrites avec autant d’encre que de larmes. Des larmes de gratitude. Aujourd’hui Blanche Streb a le regard doux de ceux dont le visage sourit naturellement lorsqu’il est relâché. Elle continue à travailler à VITA, et prend soin de ses fils particulièrement casse-cou. Et témoigne, inlassablement: « Dans mes témoignages, je donne toujours le conseil de prendre soin de ses blessures. Car dans nos blessures la grâce peut s’infiltrer, mais aussi la rancœur, la haine et le mal. Le Seigneur peut faire du beau avec du laid. »

Éclats de vie | Éditions de l'Emmanuel

Éclats de vie

Blanche Streb

Éditions de l’Emmanuel

288 pages, 18€

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