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Depuis plusieurs semaines, les Français, comme des milliards d’habitants de la planète, vivent au rythme étrange et singulier d’un confinement quasi mondial. Décidée, dans notre pays, afin de luter autant que faire se peut contre l’impréparation des autorités sanitaires et politiques, afin de soulager le personnel soignant et désengorger l’effet de vague produit par l’épidémie dans les structures hospitalières, cette Grande Claustration, respectée de manière plus ou moins uniforme selon que les lois de la République sont appliquées ou non sur certains territoires, confronte chacun mais aussi la collectivité toute entière à de nombreuses questions d’ordre essentiel.
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Parmi celles-ci, une interrogation fondamentale émerge quant à la valeur de la vie. Il a en effet été décidé de préserver « quoi qu’il en coûte » la vie biologique, en raison d’un virus hélas parfois agressif et violent, mais présentant un taux de létalité relativement faible à l’échelle de l’humanité. C’est un choix qui peut parfaitement se justifier au XXIe siècle, celui de protéger la vie à tout prix, quand bien même cette adhésion unanime a parfois de quoi surprendre lorsqu’elle émane de personnes qui ont été amenées à traiter les légitimes interrogations sur les questions bioéthiques avec une légèreté coupable et idéologique, verrouillant tout débat.
On peut toutefois se demander ce que vaut une vie qui, comme cette émouvante résidente d’un Ehpad, âgée de 97 ans, l’exprimait en des termes bouleversants, serait condamnée à se terminer dans la solitude totale, chaque résident seul face au spectacle de sa propre mort à venir. Quelle plaisante société que voilà ! De nombreuses personnes ont été interdites de voir leurs proches mourants, d’être auprès d’eux dans les derniers moments, ceux où l’on a le plus besoin d’accompagnement et d’amour. Nombreux sont ceux à qui ce qui fait la dignité de l’humain, enterrer ses morts de manière ritualisée et symbolique, a été purement et simplement retiré.
La sécurité sanitaire a ainsi été érigée en ordre tout puissant, au détriment de nombreux marqueurs essentiels de notre commune humanité. Ce moment correspond à ce que le philosophe Michel Foucault, mal lu par le gauchisme culturel, incompris par une certaine droite bornée, a qualifié de « biopouvoir ».
La sécurité sanitaire a ainsi été érigée en ordre tout puissant, au détriment de nombreux marqueurs essentiels de notre commune humanité. Ce moment correspond à ce que le philosophe Michel Foucault, mal lu par le gauchisme culturel, incompris par une certaine droite bornée, a qualifié parfaitement de « biopouvoir », cette gestion statistique des masses humaines, à des fins d’encadrement, de contrainte et sous le prétexte ou au motif de la simple préservation de la vie biologique. La question du sens de cette vie et de sa valeur se trouve mécaniquement écartée, ce que, du reste, la situation calamiteuse des Ehpad a confirmé.
Sous ce prétexte sécuritaire, de nouveaux renoncements se préparent, visant cette fois-ci les libertés publiques si peu chères à l’actuel exécutif qui n’aura décidément eu de cesse de leur opposer quantité de dispositifs liberticides (loi anti pseudo-fake-news, loi Avia, loi pseudo-anti-casseurs, etc.), à travers cette fois la technique du « tracking » qui, bien évidemment, ouvrirait la porte à toutes les dérives ultérieures possibles dans un nouvel ordre sécuritaire et hygiéniste. La question de la définition des biens et activités de « première nécessité » est naturellement elle aussi cruciale en matière de détermination de la valeur de la vie.
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Le zèle de certains membres des forces de l’ordre sur les motifs de sortie de certains citoyens traduit cette réduction du champ éthique : ainsi a-t-on pu voir une femme verbalisée et interdite de venir communiquer derrière la fenêtre de son mari placé en Ehpad tandis qu’un homme fut quant à lui empêché de se rendre au chevet de son père mourant. On ne manqua pas de moraliser sur les achats jugés superflus de certains, s’offrant quelques douceurs plus ou moins gastronomiques selon leurs goûts et leurs moyens. Un délégué syndical d’Amazon (au-delà de l’inégalité flagrante entre commerces fermés et commerces ouverts) ne manqua ainsi pas de fustiger telle une sœur clavière ces clients manifestement irresponsables qui avaient le malheur de commander des sextoys et des drones: il est vrai qu’en plein confinement, on se demande bien à quoi pareils objets auraient pu servir…
Il faudrait voir à ne pas trop s’adonner aux plaisirs de l’existence. De même mais dans un autre domaine, l’art de la dénonciation demeurant visiblement une tradition française bien ancrée chez certains, une célébration religieuse, sans public, fut interrompue, un voisin ayant entendu l’orgue jouer et alerté la patrouille zélée, les forces de l’ordre n’hésitant pas à faire irruption, en armes, dans l’édifice pour interrompre fissa cette manifeste abomination.
Nombreux sont ceux à qui ce qui fait la dignité de l’humain, enterrer ses morts de manière ritualisée et symbolique, a été purement et simplement retiré.
Et certains laïcistes de combat de glapir au non-respect des règles, comme cela fut le cas pour cette grossière fake news au sujet d’une prétendue messe publique à Saint-Nicolas du Chardonnet, qui n’était pareillement, quoi que l’on pense de ses adeptes, rien d’autre qu’une célébration pascale à huis clos. Il ne faudrait tout de même pas qu’au milieu de cet assaut de matérialisme de bas étage réduit à ce que certains ont défini comme de « première nécessité », certains se laissent à aller à profiter du confinement pour entreprendre un quelconque chemin spirituel, religieux, humain, épicurien puisqu’il n’est question ici que de biologique basique. Cette messe-là, au moins, est dite.
Par Anne-Sophie Chazaud
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